VIVANT SUR LES BORRAGINÉES
On connait déjà. plusieurs exemples de mimétisme présentés par des insectes vivant sur les feuilles des Borraginées, G. Breddin en a signalé un très intéressant offert par un hémiptère de la famille des Tetyridæ, le Psacasta exvanthematica, Scop., sur les feuilles de l'Echium vulgare (Zeits.für Naturwissenschaften, 69e volume,1896, livr. 1 et 2; trad. in Bull. mens. Soc. lin. du Nord de la France, XV, 1900, no 327,.p.72). Cette espèce d’hémiptère présente, comme on sait, sur la face supérieure du corps une infinité de petites taches blanchâtres, nettement séparées les unes des autres et dépourvues de poils. « Faisant une excursion dans le Valais, raconte Breddin, je descendais une colline couverte de fleurs, lorsque, dans un buisson d’Echium, je vis se produire ce mouvement rapide comme l'éclair et bien connu de l’entomologiste; un insecte devait être là, un coléoptère sans doute ; craignant quelque surprise, il s'était laissé tombé de sa feuille. Vivement je m'approchai et je vis, au milieu des feuilles sèches qui entourent le pied de la vipérine, notre Psacasta,et en même temps j'avais découvert la solution de l'énigme. Les feuilles de l'Echium vulgare sont. en effet, comme celles de presque tous les représentants des borraginées, couvertes de petits poils raides, serrés comme ceux d’une brosse. La feuille vientelle à se dessécher, aussitôt il se forme à la base de chacun des poils un petit point rond et blanc et la feuille
tout entière se couvre d'une multitude de semblables petites taches. Si nous comparons alors le Psacasta à une de ces feuilles, nous sommes étonnés de voir avec quelle exactitude l'animal est parvenu à imiter la coloration de la feuille et à en rendre les plus petits détails. Des observations répétées me permettent d'affirmer qu'à l'approche du danger, l’insecte se laisse tomber au milieu des feuilles sèches qui entourent le pied de la plante; il trouve là un sûr abri, d'autant plus sûr qu’il a soin de faire le mort. »
Une autre observation du même genre, encore inédite, a été faite par M. Bedel. Il concerne un Cléonien, le Rhabdorrhynchus mixtus, Fabr., que l’on trouve toujours au pied de l'Anchusa italica, parmi les feuilles mortes de la plante, feuilles dont il reproduit absolument l'aspect par son pointillé blanc sur fond brun rosé. Le mimétisme est manifeste et complété par les dimensions et la forme de l’insecte.
Au mois de septembre dernier, dans la vallée du Berlad (Moldavie), M. Montandon a eu l’occasion d’observer eun mimétisme semblable pour une espèce de Ceutorryn hus, le C. Korbi, Schultze, espèce très voisine de notre- C. geographicus, Goeze. Cet insecte, dont notre collègue a capturé une vingtaine d'exemplaires (2 à 5 par plante), vit, comme plusieurs de ses congénères, sur les Echium. Il se tenait caché sous les touffes des feuilles longues et étroites qui s'étaient serrées sur le sol avant l'apparition de la tige florale. Ces feuilles, pour la plupart décomposées et noircies, sont à cette époque presque toutes réduites en petits morceaux, qui ont conservé à leur surface leurs soies couchées restées blanches. Les Ceutorrhynchus étaient parmi ces débris, faisant le mort, les pattes complètement repliées contre le corps;et le dessin à traits blancs sur fond noir qui orne leur prothorax et leurs élytres se confondait tout à fait avec celui des soies blanches des fragments de feuilles, constituant ainsi un cas certainement très curieux de mimétisme.
Tout fait supposer que plusieurs autres espèces de Ceutorrhynchus appartenant au même groupe, à commencer par notre C. geographicus, donneront lieu, par la suite, à des observations semblables.