LE PAYS DE CAUX
Géographie physique. — Géologie.
Le pays de Caux comprend l’ancien pays des Calètes de César, d’où son nom; c'est une région de la haute Normandie comprise entre la Seine et la Bresle, petite rivière qui se jette dans la Manche et qui sépare le département de la Seine-Inférieure de la Somme. Cette région comprend les trois arrondissements du Havre, d'Yvetot et de
Dieppe, l’arrondissement de. Rouen appartenant à la région du Vexin et celui de Neufchâtel au pays de Bray. Le pays de Caux est une des régions les plus naturelles de la France, c’est un haut plateau élevé de formation crétacé, délimité du côté de la mer par des falaises coupées à pic d'environ 100 mètres de haut et creusé de vallées étroites et profondes, formant de véritables ravins.
Dans ces vallées, la végétation est luxuriante, le limon des plateaux associé à l'argile à silex formant une terre grasse, convenant à la culture des arbres fruitiers, principalement des pommiers qui font la richesse de la Normandie.
Cependant ces vallées ne sont pas nombreuses; il y à pour une étendue de côtes d'environ 100 kilomètres, seulement sept à huit rivières côtières, et autant d’affluents de la Seine entre Rouen et Le Havre, et qui irriguent la région. Ces rivières n’ont pas d’affluents et elles coulent dans de véritables couloirs creusant la vallée; elles n'ont
pas encore quitté leur période de jeunesse. Par contre,
le reste du pays est très sec et l’on est obligé de recueillir l’eau dans des citernes et les habitants transportent dans des tonneaux l’eau dans leurs champs, pour les besoins de l’agriculture.
Toutes les grandes villes du littoral: Le Havre, Etretat, Fécamp, Saint-Valery-en-Caux, Dieppe, le Tréport, se trouvent à l'embouchure des rivières, mais entre ces vallées s'ouvrent dans la falaise de profonds ravins, sortes de vallées sèches, ou se logent comme dans un nid les ports secondaires : Saint-Jouin, Vaucottes, Yport, Veules, Varangeville, etc.
Tout l’ensemble du pays de Caux, au point de vue géologique, est compris dans la formation crétacée formant la ceinture du bassin parisien. Nous pouvons étudier ces formations allant depuis l'Albien jusqu’à l'Emscherien en suivant les falaises du pays de Caux.
Au cap de la Hève près du Havre, nous voyons, à la base de la falaise, l'infracrétacé représenté par l’Albien comprenant une marne grise renfermant des fossiles transformés en calcédoine, tels que: Schlæmbachia inflata, Hoplites auritus et Turrilites Bergeri. ;
Au-dessus viennent les premièresassisessupracrétacées formant le Cénomanien et comprenant différentes assises de craie. Premièrement une assise de craie meuble, haute de 2 à 4 mètres et reposant sur l'argile albienne renfermant une grande quantité de glauconie ; hydrosilicate de fer et de potasse qui donne à la craie une teinte verte. Cette couche qui se continue sous tout le sol de la Seine-[nférieure, est imperméable et constitue un niveau d’eau très régulier.
Superposée à cette couche, vient une craie dure mouchetée de glauconie, avec silex gris offrant la structure des spongiaires, épaisse d’une dizaine de mètres et surmontée d’une craie grise à gros silex noirs en bande régulière, le tout couronné par 20 mètres d'un véritable tuffeau, c'est-à-dire d’une craie grise micacée, rude au toucher, contenant des silex gris généralement recouverts d’une enveloppe jaunâtre. En allant vers l'Est, les couches du Cénomanien diminuent d'épaisseur, et à Saint-Jouin elles n’atteignent plus que 11 mètres de haut, les couches à glauconie arrivant à la base.
Le Turonien, qui surmonte l'étage précédent comprend la craie marneuse ou craie de Dieppe, renfermant peu de fossiles dans cette région, mais formant sur toute la
-Côte un remarquable niveau d’eau, au contact de cette
couche et de la craie blanche. Cette couche se charge
ant.
gr:
peu à peu de silex et passe à la blanche proprement dite formant l'étage sénonien.
Le Turonien s’observe auprès d'Harfleur et il contient les sources captées dans la vallée de Gournay pour l’alimentation de la ville du Havre. Il forme sur 30 mètres le sommet dela falaise d’Orcher, puis les couches s’inclinent et il ne mesure plus que 20 métres à Tancarville où il se termine par une couche de craie noduleuse très dure, puis à Villequier il ne mesure plus que 10 mètres et il plonge peu après sous la craie blanche.
Au nord du Havre, le Turonien à Saint-Jouin atteint 12 mètres et se fond insensiblement avec la craie blanche, il forme bientôt un synclinal pour se relever après, et atteindre à Fécamp une puissance de 45 mètres, puis bientôt il s'élève à une épaisseur de 70 mètres entre Dieppe et le Tréport et continue par les falaises de la Picardie.
Au-dessus des couches turoniennes, viennent les cou-
ches sénoniennes, divisées en deux étages : l'étage emscherien seul représenté dans le pays de Caux et l'étage aturien.
L’étage emscherien se divise lui-même en {deux parties; les couches supérieures à Micraster coranguinum et les couches inférieures à Micraster cortestudinarium souvent remplacé dans les parties supérieures par Micraster gibbus. Cette craie d’un blanc éclatant, renferme des parties plus dures qui font saillies dans la roche, d’où le nom de craie noduleuse, caractérisée par Micraster cortestudinarium ; elle est parsemée de bancs de silex noirs, mouchetés de taches grisâtres. À Étretat et à Fécamp, on voit la craie noduleuse couronnée par une craie spéciale avec silex zonés en lits de plus de 0,20 d'épaisseur, offrant une nuance blonde et une structure rubannée très caractéristique; c’est la zone à Micraster gibbus.
Si nous examinons en détail ces falaises, nous pourrons y faire deux remarques intéressantes. La première, c’est une ligne continue assez difficile à remarquer à première vue, mais bientôt caractéristique, qui forme, dans la falaise, la limite entre le Turonien etle Sénonien, entre la craie marneuse et la craie noduleuse, et formant un niveau d'eau important pour les localités qui étant au bord de la mer ne sont pas situées à l'embouchure d’une rivière. En effet, la falaise étant coupée à picet la craie marneuse formant un niveau d’eau, l’eau douce s'écoule de la falaise, comme d’une source formant une véritable cascade, comme à Grainval près Fécamp, ou s’écoulant sur la plage, et permettaut aux laveuses de laverleurlinge à marée basse dans l’eau douce de la source, tandis qu’à marée haute elle s'écoule sous les flots, comme à Yport et à Étretat. Le débit de ces sources esttel qu’il a pu être capturé sous les flots au moyen de tuyaux, élevé au moyen de machines et servir à l'alimentation d’une ville de 4.800 habitants telle qu'Yport. La secon£e remarque à faire est relative aux cassures en joints que l’on remarque dans les falaises et quisont de deux systèmes, les premières horizontales dans le sens des couches de craie, les secondes perpendiculaires aux premières. Les eaux de la mer, en battantles falaises, les ont démolies selon ces joints et ont produit ces cassures perpendiculaires qui à Étretat sont si curieuses, faisant desportes et des arches, dans les falaises, et laissant des monolithes d’une structure absolument quadrangulairetels que l’aiguille de Belval, près Étretat, énorme monolithe de craie éloigné de la côte de plus d'un kilomètre, dont la mer baigne éternellement le pied.
Durant la démolition des falaises, il se fait un triage des matériaux, la craie est facilement délayée et entrainée au large; quant aux silex, roulés par les vagues, ils prennent bientôt une forme arrondie et deviennent les galets qui forment les plages de toute cette partie de la Manche bordée par les terrains crétacés depuis Calais. Il faut en excepter les plages de Boulogne, Wimereux,etc., qui, se trouvant au milieu des couches redressées du Boulonnais, appartiennent au terrain secondaire et sont formées de sable.
Si, de l'étude des falaises, nous passons à l'étude de la surface du pays de Caux, nous voyons qu'il est formé presque entièrement par de la craie visible dans les diverses carrières du pays. À la surface, cette craie, par suite d'un phénomène chimique, se transforme en une argile de couleur rouge, renfermant des silex. C'est cet argile qui constitue la surface du pays de Caux, si fertile et nourrissant une population agricole si importante; on peut dire qu'aucun point de cette région n'est perdu pour l’agriculture.
Le pays de Caux n'offre guère d'autres formations géologiques que celles de la craie que nous avons signalée, quelques traces de l'étage thanétien sont visibles près de Dieppe et dans la forêt d'Eu, tandis que les grés qui surmontent la craie, et qui se trouvent aux environs de Bolbec, représentent l'étage sparnacien.
Tel est, dans son ensemble, le résumé géologique d’une des régions les plus intéressantes de la France, formant la ceinture crétacée du bassin parisien.
E. MAssAT.
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IDENTIFICATION DE QUELQUES OISEAUX
REPRÉSENTÉS sur les Monuments pharaoniques
LE Hipou D'ÉGYPTE. Bubo ascalaphus, Savigny. — Dans l'alphabet hiéroglyphique, un strigien du genre hibou constituait l’une des formes de la lettre m, laquelle, indépendamment de sa phonétique propre, servait à exprimer les prépositions en, de, dans, pour, parmi; aussi les inscriptions égyptiennes nous offrent-elles, soit peintes, soit sculptées, des interprétations sans nombre de cetoiseau. Les peintures reproduisent généralement ce rapace d'une manière assez détaillée pour en permettre l'identification avec le Grand-Duc Ascalaphe ou Hibou d'Égypte, connu des Arabes sous le nom de Bouh. Elles nous le montrent la tête pourvue de deux aigrettes, le bec entouré de longs poils, les parties supérieures couvertes d’une teinte jaune, le bas de la face et le dessous du corps d’un blanc pur, strié de brun sur la poitrine (fig. 1).
Les sculptures sont plus sobrement traitées, mais la tête est toujours stylisée de facon à ne rien perdre de son caractère (fig. 2).
Quel que soit leur mode d'exécution, ces diverses images rappellent fort bien l'oiseau vivant. Celui-d, dont la longueur est de 50 centimètres, se distingue, en effet, par deux aigrettes très courtes, placées en arrière des yeux,et un bec presque entièrement caché dans les poils de la face. Le dos, les ailes et la queue sont d'un fauve doré bigarré de noir.et de blanc; le plumage des parties inférieures est d’un fauve clair légèrement rayé de brun;
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une teinte blanche couvre la gorge et le menton; l’œil est jaune, le bec et les ongles sont noirs, les tarses longs et emplumés (1).
Son existence dans l’ancienne Égypte ne saurait être mise en doute, puisqu'un spécimen, incomplet, de cet
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PHippolyte-Boussac del:
Fig. 4. Hibou Ascalaphe. (D'après une tombe de la 5° dynastie.)
oiseau a été trouvé aux environs de Gizeh. Il n’était pas momifié isolément, mais disséminé à l’intérieur de quelques séries de rapaces diurnes. Le tibia mesure 132 millimètres, le tarse 75 (2).
De nos jours encore, cette espèce habite le nord et le nord-est de l'Afrique; elle est, durant l’année entière, abondamment répandue dans toute l'Égypte et la Nubie, vivant dans les montagnes et parmi les ruines. On la rencontre également en Palestine, où les cavernes de la vallée du Jourdain, les ravins de la Galilée, lui offrent
Fig. 2. Sculpture de la 18° dynastie.
‘des retraites sûres et inaccessibles (3). Sa reproduction a lieu au mois de mars.
(4) Savieny. Descriplion de l'Égypte. Hist. nat., Zoologie. Les oiseaux, atlas I, pl. 8, fig. 2.
(2) Lorter et Garrarn. La Faune momifiée de l’ancienne Egypte, p. 167 (1903).
(3) Suerrey. The Birds of Egypt, p. 164 (1872). — TrisTRAN. The Fauna and Flora o* Palestine, p. 93 (1884).
C'est au crépuscule que les oiseaux de ce genre se mettent en chasse; doués d’une ouie délicate et d’un œil excellent, ils entendent le bruit le plus subtil et, malgré l'obscurité, aperçoivent les plus petits animaux. Ils sont à la fois craïintifs, méchants et cruels; poussé dans le silence de la nuit, leur cri a quelque chose de fantastique, propre à inspirer l’effroi au plus courageux, à le glacer d'épouvante. Susceptibles de se passer d’eau pendant des mois entiers, le sang de leurs victimes suffit à étancher leur soif.
Ce sont les félins des oiseaux. Ils chassent tous les vertébrés, grands et petits, attaquentles veaux, les jeunes cerfs, osent même, dit-on, livrer combat à l'aigle et au
Fig. 3. Statère phénicien de la Bibliothèque nationale. (D'après Babelon.)
renard. Leur principale nourriture se compose de rats, de taupes, de mulots, de reptiles et d'insectes. Ils mangent en outre des lièvres, des lapins, des canards, des perdrix et n’épargnent pas les corbeaux, les corneilles et autres oiseaux qu'ils arrachent à leurs nids pendant le sommeil. Aussi sont-ils mortellement hais du peuple ailé; dès que l’un d'eux appparait, les rapaces diurnes manifestent une excitation extrême, les petits poussent des cris d'alarme, tous accourent pour le harceler, les plus forts, oubliant la prudence, l’attaqueut à coups de bec et les corbeaux les imitent.
L'homme, qui devrait le regarder comme un fidèle allié et le protéger pour les services qu'il rend à l’agriculture, en détruisant une infinité d'insectes nuisibles, lui fait aussi une chasse acharnée.
Peu de strigiens sont susceptibles de s’apprivoiser, cependant le Grand-Duc Ascalaphe s'attache plus facilement à l'homme que les autres espèces (1).
Par ses mœurs, le choix deses repaires, son vol oblique et silencieux, ses yeux phosphorescents, son bec aiguisé pour la rapine, ses ongles crochus, son cri sinistre dont il épouvante la nuit, le Hibou fut, dans tous les temp:, considéré comme l’annonciateur de mauvais présages. Chez les Égyptiens, il était le symbole de la mort, laquelle semblable au Hibou surprenant la nuit les jeunes corbeaux, frappe l’homme à l’improviste (2).
(1) Brenm. La vie des animaux illustrée. Les oiseaux, t. I, p. 502-506, Ed. franç. (1869-1870). — AunouIN. Descripl. de l'Egypte, t. XXII, p. 328. Explication des planches d'oiseaux de l'Egypte, publiées par Saviny.
(2) Horororrow, IT, 25. Il l’appelle Nycticorax. — Savicny. Descript. de l'Égypte. Système des oiseaux de l'Egypte, t. XXII, p. 295 (1827). — Cf. Lermans. Horopollinis Hieroghyphica, lib. Il, cap. XXV, p. 321. Le Nycticorax des naturalistes modernes est un héron, le Bihoreau, lequel se nourrit de poissons, de grenouilles, etc., et n’a de commun avec le Hibou que sa chasse nocturne. Les Bihoreaux vont toujours par bandes, le Hibou chasse seul.
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