‹ Le NaturalisteChapitre 262 sur 304 · EST ER A ES US PA PE RER PT · texte numérisé non relu

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C’esttout ce qui nous a été transmis sur le rôle du Hibou, dans l'antiquité pharaonique. Mais peut-être n'est-il pas impossible de trouver, en dehors de l'Égypte, quelques éléments capables de jeter un peu de lumière sur ce sujet.

En empruntant à la vallée du Nil ses nombreuses légendes, les Grecs leur donnèrent une diffusion considérable qu’étendirent encore, surtout du côté de l’Orient, les campagnes d'Alexandre; aussi trouve-t-on dans les livres de l'Inde, parfois très pures, mais souvent fort altérées, la plupart des croyances égyptiennes. Sous le nom de Naktacara, nous y voyons le Hibou jouer le même rôle qu’en Egypte. D’après le Mahabharata, c’est ce strigien qui, la nuit, tue les jeunes corbeaux pendant leur sommeil. De là cette hostilité entre Hiboux et Corbeaux, sujetfamilier des traditions indiennes. Le Rig-Véda voulant donner une idée du monstre rôdant au milieu des ténèbres, le compare au Naktacara. Enfin le Pantchatantra nous montre le roi des Corbeaux comparant au dieu de la mort, Yamana, le Hibou funeste qui se montre à l'entrée de la nuit (1). Cette assimilation du rapace nocturne avec le dieu de la mort, auquel on ne peut méconnaître quelque analogie avec Osiris, nous est également fournie par des statères phéniciens.

La présence au ve et au 1ve siècles de mercenaires grecs dans les armées perses et égyptiennes, le commerce actif qu’Athènes ne cessa d'entretenir avec Gaza oules villes du Delta, furent les causes qui déversèrent l’argent athénien en Palestine, en Arabie, en Égypte, et par la suite entraînèrent les habitants de ces contrées à fabriquer des monnaies semblables dès que le numéraire importé de l’Attique fut devenu insuffisant. L'un de cestypes monétaires, les plus répandus alors, était la Chouette athénienne, Athene noctua. Très populaire, c’est elle qui, pendant longtemps, fut reproduite de préférence par les graveurs orientaux. :

Après la mort de Nectanébo Ier, Tachos, son successeur, aidé de l’Athénien Chabrias et d'Agésilas IT, roi de Sparte, occupa une partie de la Syrie, de la Palestine et probablement aussi la ville de Tyr (2). Obligé de battre monnaie, pour payer ses mercenaires grecs qui ne voulaient recevoir aucune rétribution en nature, mais en numéraire, il créa un nouveau modèle où, avec l’intention, sans doute, de mieux affirmer la souveraineté de l'Égypte sur les provinces conquises, le Hibou égyptien, parfaitement caractérisé par ses deux aigrettes, fut substitué à la Chouette athénienne. Quoique ce changement eût suffi pour bien marquer la différence, l'oiseau y est, en outre, accompagné du hek et du flagellum attributs d'Osiris (fig. 3). Or, ilest bien permis d'admettre que chez un peuple où le symbolisme tient une grande place, ces accessoires ne sont pas un effet du hasard ou d’une simple fantaisie ; s'ils furent associés au Hibou, c’est parce que celui-ci avait probatlement un lien assez étroit avec le puissant dieu des morts. Le Faucon etle Vautour symboles vivants, l’un d’Horus, l’autre de la déesse Mouth, sont quelquefois accompagnés du fléau seulement; si le Hibou réunit le sceptre et le flagellum, dont l’ensemble constitue l’attribut du seul Osiris, on peut donc, je crois, avec quelque vraisemblance, considérer

1) Gusernaris. Zoologie mythologique, Trad. franc., t. II, p- 251 et suivantes.

2) E. BaBeLon. Cataloque des monnaies grecques de la Biblioth. nat. Les Perses achéménides, les Satrapes.. et Phénicie. Introduction, p. Lvr à Lix (1893).

Cypre |

l’'Ascalaphe comme un emblème de cette divinité, à laquelle, sans aucun doute, il était consacré.

P. HiIPPOLYTE-BOUSSAC.

(À suivre.)

LA XYLOCOPA VIOLACEA

On me demande fréquemment des renseignements sur une grosse mouche bleue qui ressemble beaucoup à un gros bourdon.

Cette mouche n’est autre que la Xylocope Violette (Xylocopa Violacea) plus connue sous le nom d’Abeille charpentière.

Voici les quelques renseignements que j'ai pu me procurer sur cet hyménoptère et que je suis heureux de communiquer aux lecteurs du Naturaliste.

La description de la larve de la Xylocopa Violacea est peu connue et jusqu’à présent peu d'auteurs en ont parlé.

Ces larves sont très blanches. Leur tête est très petite et munie de deux dents bien distinctes.

Dans une communication faite à la Société entemologique de France en 1868, M. Lucas donne la description suivante d’une larve de Xylocope dans un état de développement très peu avancé :

« La tête, dit-il, est petite, arrondie et présente de chaque côté une convexité ovalaire très développée et qui semble indiquer la place future que doivent occuper les yeux.

« La lèvre supérieure est très courte, plus large que longue et offre dans son milieu une échancrure assez. profonde.

« Les mandibules sont robustes, allongées, d’un roux foncé et paraissent composées de trois articles; elles sont de consistance cornée, armées de deux épines aiguës. Les mâchoires sont situées sur les parties latérales, audessous des mandibules : elles paraissent être composées de deux articles.

« Le premier de ceux-ci est allongé et de couleur blancjaunâtre testacé; le second est, au contraire, beaucoup plus court et de couleur ferrugineuse. À

« La lèvre inférieure est de forme allongée, trianguliforme et tronquée à sa partie antérieure qui est légèrement teintée de ferrugineux. Le prothorax, le mésothorax et le métathorax sont très courts. »

Telle est à peu près la description que donne M. Lucas sur cette larve; sa longueur est ordinairement de 25 millimètres environ.

La nymphe de cet hyménoptère est d’abord, au moment de sa transformation, entièrement blanche, mais cette couleur se change de jour en jour et, de blanche qu’elle était, elle finit par devenir brune et quelquefois noirâtre.

Sa longueur est généralement de 20 millimètres. environ. À

Sa tête est plus longue que large et entièrement lisse.

Les mandibules sont blanches. Les mâchoires, ainsk que la lèvre, sont d’un brun ferrugineux.

Les antennes sont également blanches, ainsi que le prothorax, le mésothorax et le métathorax; mais, comme je l'ai dit plus haut, ces couleurs changent au fur et à mesure que la nymphe avance en âge et qu’elle est sur le point de se transformer en insecte parfait.

L'abdomen, plus large que long, est finement granuleux en dessus, les segments qui le composent sont très distincts.

Dès sa naissance, la nymphe a les jambes et les ailes d'un brun café, celles-ci se noircissent deux ou trois jours pius tard que le reste du corps.

La Xylocopa Violacea est longue de 2 centimètres à 2 centimètres et demi environ. Son corps est entièrement d’un noir velu à reflets violacés. Ses ailes sont violettes. Ses antennes, de couleur noire, possèdent un anneau roussâtre à leur extrémité.

Le troisième article des antennes est aminci vers la base en forme de pédicule; il est à lui seul aussi long que les trois suivants réunis. L'abdomen du mâle est de forme ovoide, il parait plus court que celui de la femelle. Ses antennes sont courhées à leur pointe en forme d’S et les deux derniersarticles sontcolorés en jaune rougeûtre.

Les Xylocopa Violacea ont sur l'abdomen et sur le corselet de longs poils noirs.

Ces mouches sont fort communes; il n’est pas beaucoup de jardins où l’on n’en puisse rencontrer quelquesunes en différentes saisons.

11 n’est pas beaucoup de personnes qui, en se promenant dans les jardins, n'aient remarqué un gros bourdon noir avec les ailes à reflets violets, et que l’on nomme vulgairement Abeille charpentière ou encore Abeille perce-bois.

C’est, le plus souvent, dès les premiers beaux jours qu'apparait cet insecte. Et lorsqu'il n’y a pas du tout de leurs dans les jardins ou bien que celles-ci y sont très rares, les Xylocopes pénètrent dans les appartements et dans les serres chaudes.

Les femelles, qui sont chargées des soins de la couvée, voltigent avec un bourdonnement autour des perches, des poteaux, des palissades et recherchent toujours les places les plus ensoleillées.

C’est, de préférence, le vieux bois qu’elles recherchent pour accomplir leur travail. Elles n’ont, pour outils, que leurs mandibules qu’elles emploient séparément et qui leur servent ainsi de ciseau.

Ces mandibules réunies ensemble leur servent tenailles.

Les Xylocopes Violettes creusent dans le bois qu’elles ont choisi un grand tube vertical qui peut atteindre environ 31 centimètres de long, et qui est partagé en plusieurs petites loges superposées l'une au-dessus de l’autre et séparées tout simplement par une légère cioison. La première cellule ainsi formée fournit un plancher pour ia seconde qui se trouvera située au-dessus et ainsi de suite jusqu’à ce que le tube soit rempli de cellules.

Chacune de ces cellules reçoit un œuf et une quantité suffisante de pâtée qui servira à nourrir le ver éclos de l'œuf,

Ce qui a étonné le plus tous ceux qui ont étudié cet insecte, c’est l’admirable instinct que possède la femelle. Non seulement celle-ci passe toute son existence à travailler pour construire un abri aux œufs qu’elle va pondre, mais elle connait, chose qui est très curieuse, la juste quantité d'aliments qui sera nécessaire aux vers qui sortiront des œufs jusqu'à ce qu'ils parviennent à leur entier développement, et cette juste quantité de nourriture, elle la dépose, comme je viens de le dire tout à l'heure, dans chaque cellule, en ayant soin de placer l'œuf au milieu de sorte que, dès que le ver éclôt, il trouve de quoi se nourrir, tout autour de lui.

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Lorsqu'elle a accompli son travail, la femelle de la Xylocope est à bout de forces, et elle ne tarde pas à mourir sans même connaître la famille pour laquelle elle a tant travaillé. Le mâle meurt ordinairement après l’accouplement.

Lorsque les Xylocopa Violacea se trouvent dans les serres chaudes, leur présence peut y être fort nuisible; en effet, lorsqu'il s'y trouve des Orchidées, en butinant sur leurs fleurs pour y recueillir un peu de pollen et de miel, ces insectes les fécondent et abrègent de beaucoup leur durée.

Au fur et à mesure que la femelle creuse ses galeries dans le bois, si on l’observe bien, on remarquera qu'à terre tombe de la sciure qui est aussi grosse que celles que les scies à main font tomber et que cette sciure augmente de jour en jour et finit même par faire un tas passablement volumineux.

Elle ne rejette cependant pas toute la quantité de cette sciure, une partie de celle-ci lui sert aussi à faire les cloisons de chacune des cellules qu’elle a perforées dans le bois.

Pour se débarrasser de cet insecte, il n'y a qu'à le chasser à l’aide d’un filet à papillon.

Dans le cas où on reconnaïitrait qu'un morceau de bois renfermerait des œufs déposés par la femelle de cette Xylocope, il suffit, tout simplement, d’enfoncer dans le trou une forte cheville de bois sec.

PAUL NOEL

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