SUR
L'HEPIALUS ARMORICANUS
M. Charles Oberthur vient de publier dans le Bulletin de la Société entomologique de France la note ci-après concernant un papillon du genre Hepialus originaire de la Chine occidentale et qui a été capturéen France, à Rennes :
Les Hepialus sont des Lépidoptères généralement abondants aux environs de Rennes. Au printemps, nous pouvons en capturer un certain nombre d'exemplaires, lorsque, vers le soir, ils voltigent autour des prairies, ou bien en les faisant tomber des branches sur lesquelles ils se tiennent reposés en plein jour. À la fin de l'été, les Hepialus volent quelquefois en assez grande quantité autour des lampes électriques et il nous suffit, pendant les soirées chaudes, d'ouvrir les portes de notre maison donnant sur le jardin, pour voir des Hepialus arriver à la lumière.
Comme on rencontre parfois des variétés intéressantes, je m'occupe soigneusement de la capture des Hepialus.
Au printemps de l’année 1895, j'avais pris à Rennes, dans notre jardin, un Hepialus de teinte très foncée, paraissant tout fraichement éclos et dont l’étalage fut effectué sans délai. Quoique cet Hepialus ait voyagé plusieurs fois, il est resté parfaitement bien conservé et il] n’a pas perdu même une patte.
Dès le moment où je le capturai, je le trouvai remarquable et profitant de ce que feu Otto Staudinger m'avait demandé de lui communiquer beaucoup de types de ma collection pour la rédaction du « Catalog » qui parut en mai 1901, je lui envoyai mon Hepialus pris à Rennes, en priant Staudinger de me faire connaître son opinion quant à la détermination à lui appliquer. Mais
Staudinger me retourna l'Hepialus, sans me faire part d'aucune observation le concernant.
En vain j'avais attendu de capturer d’autresexemplaires semblables pour en publier la description, jugeant que j'avais affaire à une espèce nouvelle.
Enfin, désespérant de retrouver un nouvel échantillon conforme, je me décidai à faire paraître dans la IIIelivraison des Etudes de Lépidoptérologie comparée, sous le Ne 135 de la planche XXV, une très exacte figure de l'Hepialus singulier trouvé à Rennes, et je lui donnai le nom d'armoricanus.
Je crois qu'H.armoricanus peut être placé dans le voisinage de H. varians, Stgr (Iris, Dresden; VIII, pl. 5, fig. 42), dont je possède plusieurs exemplaires provenant de Kukunoor. -
Cependant en étudiant des Hepialus récoltés aux frontières orientales du Thibet, dans les environs de Tä-tsienlou et de Tay-tou-ho, j'ai remarqué que des échantillons malheureusement défraiîchis, faute d’avoir été capturés avec tous les soins nécessaires, ressemblaient, pour des détails essentiels, à H. armoricanus et je suis arrivé à la conviction qu'H. armoricanus est une espèce originaire de la Chine occidentale, plutôt que de la péninsule armoricaine.
Mais comment l’exemplaire,qui a été recueilli à Rennes dans un état de fraicheur ne laissant rien à désirer, a-t-il pu éclore si loin de sa patrie, en admettant qu’il soit sorti d'une chrysalide formée en Chine et expédiée avec les herbes sèches qui servent de rembourrage aux boîtes dans lesquelles nos amis les Missionnaires catholiques du Thibet placent le produit de leurs récoltes entomologiques annuelles ? ;
Le voyage de Tä-tsien-lou à Rennes dure plusieurs mois; il est fort accidenté et il y a bien des chances pour qu’une chrysalide si fragile, partant des frontières orientales du Thibet en octobre, parvienne vivante à Rennes en mars, donne son papillon deux mois plus tard, alors qu'aucun soin n’a été pris des emballages qui servaient à caler les petites boîtes dans les caisses où elles étaient contenues, et qu’enfin ce papillon éclos en liberté tombe entre mes mains.
Il m'est arrivé de prendre dans notre jardin, pendant une belle journée de novembre, l’Ocnogyna bætica, voltigeant au soleil, comme s’il avait été en Algérie ; mais j'avais rapporté, à Rennes, des chenilles, une première fois de Grenade, et l’année suivante, de Lambèze et il n'yavait rien d'étonnant à ce que des chenilles d'Ocnogyna, échappées de mes boîtes, aient vécu sur les pelouses du jardin et y aent donné leur papillon. pe
La capture à Rennes d’un Hepialus de Tâ-tsien-lou est absolument anormale et tout à fait invraisemblable. Quoi qu'il en soit, le dessin de l'Hepialus armoricanus ayant paru, mais le texte relatif aux Hepialidæ ne devant être imprimé que dans une livraison subséquente, J'ai cru devoir, sans plus attendre, signaler la réalité dun fait extraordinaire, auquel je suis cependant impuissant à donner une explication satisfaisante.