LE SOMMEIL DES PLANTES
Depuis six ans environ je possède dans mon jardin quelques beaux pruniers exotiques qui, très régulièrement, me donnent tous les ans des feuilles et pas de fruits,
Les pruniers : Boston, Satzuma, Kelsey, etc., sont dans ce cas.
Dès la fin d'avril, les bourgeons à fleurs apparaissent et dans les premiers jours de mai tout est en fleur.
Maiheureusement, en Normandie, nous avons des gelées de printemps, les saints de glace, qui sont terribles; après le 45 mai, il ne reste plus une fleur, pas un fruit, tout a été perdu par les gelées.
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L'idée me vint alors de retarder la floraison de mes arbres et, depuis deux ans, j'obtiens des résultats si satisfaisants que je n'hésite pas à les faire connaitre à mes lecteurs, bien que cette question s'éloigne un peu de l'Entomologie pratique.
Les arbres sur lesquels j'ai opéré ont six ans de plantation. Le 27 mars 1908, à l’aide d'un bâton, je fis un trou au pied de l'arbre, juste où se trouvent les racines ; ce trou a la largeur du bâton et 35 à 40 centimètres de profondeur ; je verse dans ce trou 200 centimètres cubes d'éther ou mieux de chloroforme, je rebouche d’un coup de talon et voici mon arbre arrêté dans sa floraison, je renouvelle s'il le faut l’opération vers le 15 avril et j’arrive ainsi à faire fleurir mon arbre 45 jours plus tard, c’est-à-dire lorsque les gelées des premiers jours de mai sont terminées.
J'ai dans ces conditions des arbres tellement couverts de fruits que les branches retombhent sur le sol et mes arbres ont l'aspect de pleureurs. J'avais pensé que l'éther comme le chloroforme anesthésiait mes plantes et que peut-être il serait plus simple d'entourer le tronc de mes arbres dans une boite en bois fermée aux deux bouts par du papier, de la paraffine ou du plâtre et de placer à la partie supérieure un flacon rempli d’éther ou de chloroforme fermé par un bouchon donnant passage à un tube serendant dans la boîte pour y déverser les vapeurs d'éther.
Je comptais sur la chaleur solaire pour évaporer l'éther; or, j'ai pu constater que la chaleur solaire en Normandie est trop faible pour faire cette évaporation, plusieurs arbres que j’avais ainsi entourés d'un manchon de bois, ei contenantdes vapeurs d’éther, n’ont nullement retardé leur floraison.
J'avais pensé également à faire un trou dans l'arbre et à lui inoculer un peu d’éther ; au printemps l’ether est absorbé en très peu de temps par les arbres. J'ai pu même faire absorber à un cerisier 1400 centimètres cubes d’éther en moins de huit heures et la floraison a été normale,
Il faut donc conclure que ce n'est pas comme anesthésiant que l'éther agit sur la floraison des arbres, mais bien au contraire en refroidissant la terre par une évaporation rapide.
La terre refroidie, les racines n'’absorbent plus de principes nourriciers et la végétation s'arrête.
C'est ans tous les cas une expérience curieuse et d'une grande utilité pratique et je tenais à la faire connaître à mes lecteurs.
Pauz No.