LA CHENILLE À TOILE DE LA BETTERAVE À SUCRE
Je vais donner quelques renseignements sur la chenille à toile de la betterave à sucre (Loxostege sticticalis, L.),.qui a causé certains ravages parmi les cultures de betteraves à sucre, dans le Canada et principalement au Manitoba, à Mélita(Man.), à Deleau (Man.), à Brandon, etc., depuis deux ou trois ans.
Voici les principaux caractères et les mœurs de cet insecte que j'emprunte au rapport de M. Fletcher. Les œufs du Loxostege sticticalis, L., qui sont jaune pâle, sont déposés séparément ou en ligne de deux à cinq, se recouvrant en partie les uns les autres comme des écailles de poisson. Les jeunes larves sont d’abord blanchâtres, à tête noire polie et à taches portant des poils. Elles deviennent bientôt noirâtres, à peau mince, à travers laquelle on voit l'intérieur vert du corps. Elles sont très voraces et défeuillent rapidement les plantes. Elles apparaissent en juillet et au commencement de septembre. La transformation en chrysalide a lieu dans le sol, à deux pouces au plus au-dessous de la surface; par conséquent on peut, les atteindre et les bouleverser avec les dents d’une herse à cheval crdinaire au moment où elles sont à l'état délicatde chrysalide.
M. J. R. Mac-Mullen, de Mélita (Man.), dans une lettre qu'il a adressée à M. le ministre de l'Agriculture du Manitoba, le 45 juin, donnait des détails très intéressants sur une invasion extraordinaire des chenilles en 1902. On peut en juger par les quelques extraits suivants :
« Je n’ayais plus pensé à ces chenilles jusqu'à l'été
dernier. J'avais labouré en juin un champ en éteules et l'avais ensemencé de brome, qui. avait bien levé. Il y avait une quantité d’ansérine blanche haute d'environ quatre ou cinq pouces que je fus surpris de voir attaquée par des milliers ou plutôt par des millions de chenilles qui la détruisirent entièrement. Elles n’en laissèrent pas une seule plante, mais touchèrent très peu aux graminées ou à aucune autre plante. Elles avaient commencé au côté nord dû champ et s’avancèrent vers le sud. Rien ne les détournait. Arrivées à la cuve qui servait d’abreuvoir pour les chevaux, elles grimpèrent en haut sur le côté et tombèrent dans l’eau par milliers; quand elles vinrent à la maison, elles grimpèrent en haut des murs et descendirent tout droit de l’autre côté. Ces chenilles avaient de trois quarts de pouce à un pouce de longueur ; elles étaient de couleur verdâtre, avec bandes jaunes le long du dos et des côtés sur toute la longueur du corps. Sur le dos les bandes étaient élargies ou pointillées en dix ou douze endroits. Lorsqu'elles arrivèrent au jardin, elles ne dévorèrent rien que les betteraves, quoiqu'elles goûütassent quelques autres légumes, mais elles n’en mangèrent guère. Elles vinrent à un grand champ de blé qui venait d’épier, mais n’y firent aucun mal. Au bout de quatre ou cinq jours, elles étaient toutes disparues. L’année passée je ne remarquai point de papillons, mais maintenant (15 juin) il y a des quantités de papillons. J'aimerais savoir quelle est l'espèce. Les chenilles ne m'ont point fait de mal l’année dernière; de fait, elles m'ont épargné un jour ou deux de travail à faucher les mauvaises herbes, mais je pourrais n’avoir pas toujours un champ d’ansérine prêt pour elles lorsqu'elles reviendront. »
Suivant les lettres adressées à M. Fletcher, par divers correspondants, ces derniers signalent les chenilles comme étant d’une couleur verte alors qu’elles sont réellement d’un noir foncé à bandes jaune verdûtre. Suivant une autre lettre de M.J.E. Marples, de Deleau (Man.), il résulte que les chenilles du Loxostege sticticalis s’attaquent à toutes sortes de plantes, principalement aux navets, betteraves, choux, oignons, carottes, groseilliers et dévorent même les feuilles de pommiers crabs: par contre elles touchent à peine aux plantes suivantes : pommes de terre, haricots, maïs, etc., etc., M: Marples employa tous ses efforts pour anéantir le plus possible ces parasites, creusant des tranchées étroites pour les recueillir, essayant même différents poisons, mais sans aucun succès ; c’est alors que l’idée lui vint d'en faire tomber dans des casseroles en ferblanc qu’il vidait ensuite dans des seaux d’eau contenant un peu d'huile de pétrole. De cette manière, M. Marples en ramassa plusieurs seaux pleins en un jour. A la date du 21 juillet elles avaient alors presque complètement disparu, mais lui avaient laissé son jardin entrès mauvais état.
M. Norman Criddle, d'Awémé, a également étudié les chenilles de ce lépidoptère et s'exprime ainsi à leur sujet:
«Il y en a maintenant des nombres énormes, je n’ai jamais rien vu de semblable. Elles font disparaitre devant elles tout ce qui peut se manger et avancent en ligne régulière, toutes dans la même direction. Leur nourriture habituelle parait être de l’ansérine blanche (Chenopodium album L.), mais il n’en reste plus et elles s'en prennent” maintenant à la renouée liseron, aux
asters indigènes, à l’amarante blanche ou roulante, au {|
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cerisier nain, au petit merisier, aux rosiers, àl'’amarante à racine rouge et même au blé et à l’avoine, ainsi qu'à nombre d’autres plantes. Elles ne s’attaqueut au blé que lorsque toutes les autres plantes sont dévorées. Elles passent l'hiver enterrées à environ deux pouces au-dessous de la surface. »
Ce lépidoptère a deux générations chaque année et se multiplie d’une facon tout à fait inquiétante, quoique sa chenille s'attaque en général à toutes sortes de plantes, d’après les notes qui précèdent, c’est surtout à l’ansérine blanche et aux cultures de betteraves à sucre qu’elle occasionne des plus grands dégâts.
Pour la première plante, nous n'avons pas à nous en préoccuper, mais il n’en est pas de même pour la betterave à sucre, que l’on cultive de plus en plus en France et au Canada. On devra donc, lorsque l’on constatera l'apparition de ce fléau, y remédier le plus énergiquement possible. On peut donc en détruire une certaine quantité en bouleversant la terre, comme il est dit plus haut, avec une herse à cheval, lorsque les chenilles se sont enfoncées dans le sol pour y accomplir leur transformation en chrysalide. De plus, M. James Fletcher recommande les pulvérisations de poisons arsenicaux sur les plantes infestées ; celles-ci, dit-il, auraient certainement raison de cet insecte, s’il devenait importun dans les champs de betteraves. Mais il ne faut pas oublier que les poisons arsenicaux ne peuvent être répandus sur toutes les plantes; pour celles dont on ne pourrait s’en servir, on devrait alors essayer différents obstacles tels que les tranchées.
PAUL NoEL.