LES IDÉES MÉDICALES DE CARTON
« Sans inquiétude pas de science. Le malheur
DS ñ Ne veut que l'inquiétude se proportionne à la science. » ; | | A. de MONZIE.
Trinité des manifestations. — Tempéraments et leur
diagnostic. — Le quaternaire en biologie et chez les … Anciens. — Läibre-arbitre, consciences, bien et mal, et maladie. — Inspiration et médecine.
. ter à /
I nous faut commencer cette étude par une esquisse de ce que nous pensons être la philosophie de Carton. Cette esquisse est nécessaire pour connaître quelle place il assigne à l’homme dans le monde et quelle idée il se fait de ce monde. Nous avons eru pouvoir reprendre ces idées en fonction des faits plus récents et de recherches faites par l’auteur que nous citions, E. Arnaud, exposées dans l’ouvrage « Le libre-arbitre dans le déterminisme » (1). ie
On peut poser comme une loi générale, sans exceptions, qu’il n’y a pas de manifestation accessible à nos
(1) L'édition du gros traité de ‘médecine naturiste de Carton que nous avons eu en mains remonte à 1920.
sens qui ne soit Je résultat de la sono tot de {rois | facteurs : ces facteurs sont la matière, l'énergie, la pensée. Un objet quel qu’il soit ne peut exister. sans un substratum, il ne peut exister sans une énergie qui à agi sur ce substratum, il ne peut exister sans une pensée qui a dirigé cette énergie. Cela est évident pour tout objet fabriqué de main d’homme: une épingle ne peut être sans un morceau d'acier travaillé dans le but particulier d’épingler. Cela l’est de même pour une pierre, pour une plante, pour un animal, mais tandis que dans la pierre l’aspect matériel de la manifestation est le
OLA . , } » ‘ / plus évident, il existe dans la plante une énergie, une
vie, et chez l’animal un aspect de plus qui est un principe mental lui donnant les éléments d’une vie de relation. Le passage de l’un de ces règnes à l’autre est d’ailleurs, on le sait, difficile parfois à saisir. L’observation nous apprend que si l’on jette un grain de sulfate de cuivre dans une solution appropriée, il est susceptible de « pousser » des sortes de branches, de canaux, comme un végétal; dans quel règne, d’autre part, placer ces êtres qui vivent enracinés à leur rocher dans la mer, comme des fleurs, et ne s’agitent qu’au contact de leur proie qu'ils engloutissent par leur millier de tentacules.
Tandis que dans ces trois règnes on constate à des degrés différents la présence de ces trois facteurs, il existe chez l’homme un caractère de plus. Il dépasse l’animal en intelligence, peut s’acclimater sous toutes les latitudes, fabriquer des objets allant de la pierre taillée à la Victoire de Samothrace, forcer les lois de la nature et forcer celles-ci à le servir; bref, quelqu’excellent que soit l’animal sur certains points, il n’a pas comme l’homme, la faculté de généraliser, de synthétiser, de créer. Comme le dit E. Arnaud, l’animal a contemplé
po en des millénaires les étoiles, il n’en a pas tiré la 2 science des Chaldéens ; il a vu la foudre allumer la forêt, UE n’a pas capté le “ni Sans être taxé d ’anthropocen- = trisme, on peut dire que l’homme a des potentialités absentes chez l’animal. | ÿ 2 1-frexiste quatre tendances primordiales correspondant à à ces quatre plans où se manifeste l’homme: une qui le pousse à s’édifier, à manger, une à respirer, à
-et de la lumière, une troisième le fait entrer en relation avec le monde extérieur, une dernière enfin le pousse à 4e créer, à manifester son moi. À ces quatre instincts EL ES — correspondent quatre appareils: l’appareil digestif et ses glandes, l’appareil cardio-respiratoire, l’appareil # nerveux et l’appareil ostéo-musculaire. A la lumière de ces notions, Carton a pu se rendre compte de la profondeur des vues du Père de la Médecine dans la question es des tempéraments. On saisit immédiatement qu’il y en “6 a quatre primordiaux: le lymphatique (digestif), le 4 - sanguin, le nerveux ou atrabilaire et le bilieux. Ils Le . engendraient pour lui quatre humeurs: la pituite, le sang, l’atrabite et la bile et correspondaient aux quatre 4 éléments: Eau, Air, Terre et Feu.
L. __, Ces quatre humeurs sont-elles réelles et la chimie L. a-t-elle pu leur attribuer, dans le milieu intérieur, une 4 place correspondante. Carton pense que oui; la lymphe D serait la pituite, les globules rouges le « sang », la 4 cholémie la bile; quant à l’atrabile, elle correspondrait aux spécificités sériques, aux anticorps. Les données modernes de la transfusion sanguine paraissent corraborer ces vues. On sait qu’il y a quatre groupes sanguins; pour Carton, le bilieux serait donneur universel L et le lymphatique récepteur universel; on ne peut pré-
puiser comme la plante dans l’atmosphère de l’oxygène'
“ciser pour les autres. don à en: sais dans les statistiques, le pourcentage d'individus des. groupes et des tempéraments correspondants est analogue; il n'existe
pas de tempérament primordial pur. chaque individu Ris
étant un mélange à des degrés divers dé tempéraments plus ou moins accusés, mais il n existe | pas non plus
de groupes purs; on compte ‘environ trente sous a groupes. De plus on peut changer de tempérament :
comme on peut changer de groupe sanguin. et:
L'étude, même superficielle, de cette question, des LR
essais de classification des malades, présentent un véritable intérêt que la pathologie ne partage malheureusement plus. Nous avons noté par exemple que les ulcères d’estomac se présentaient plus souvent chez les individus bilieux, que les sujets nerveux et émotifs ont tendance à avoir le syndrome de déminéralisation décrit par Carton et qui n’est autre que la spasmophilie des. manuels (mais on y cherche vainement une pathogénie plus simple que celle endocrinienne) : il consiste en une hyperexcitabilité neuro-musculaire, des, urines chargées en sels calcaires, des stries blanches sur les ongles, ete... Ces observations sont faciles à faire sans grande perspicacité: elles sont intéressantes parce que l’on ne traite pas un bilieux comme un lymphatique: priver le pre- mier de son activité, c’est diminuer sa résistance, et l’on ne sort pas le second de son empâtement avec de la thyroïde et du dinitro-phénol. Chaque tempérament est exposé à des affections particulières. Le bilieux est menacé du côté de sa glande hépatique à cause de la richesse du métabolisme que réclame son activité, et a tendance à faire de la lithiase biliaire; c’est ce qui lui a fait donner par Hippocrate ce nom qui prête un peu à la eritique. Les individus de ce tempérament comman-
osé aux névralgies
| ragies viscérales, aux affections cardiaques, et le lymee 2 aux catarrhes. CR US
% sanguin un oiseau, le nerveux une pensée, le lymphati- > un poisson. N [ous ne pouvons nous étendre: toutes
: | chaque tempérament dans un livre de Carton. Chacun comprendra l” intérêt qu'il y a à connaître le devenir
Fe diagnostics » et non des malades. |
e A quels signes les reconnaîtrons- nous ? Le plus im- &. portants sont tirés des rapports des dimensions des : appareils considérés. Il n’y a évidemment aucun moyen de mesurer le système nerveux. Mais les anthropologistes ont remarqué que sa longueur était proportionnelle à la hauteur tête-cou de l'individu. Le sternum et son appendice xiphoïde sont un fidèle repère de la tendance au tempérament sanguin. L’appendice xiphoïde est Rae même, pour Carton qui l’a noté le premier, lorsqu'il est : bien développé et ossifié, l’indice le plus sûr de la résistance vitale d’un individu; il témoigne que celui-ci est bâti à chaux et-à sable. — Le visage offre trois étages qui correspondent chaeun à un tempérament puisque répondant de bas en haut aux appareils digestif, respi-
surés, a Le nerveux di aux névrites, aux déséquili- a bres nutritifs, aux susceptibilités humorales (anaphy- 7 laxie), le sanguin aux affections congestives, aux hémor- 7
phatique aux troubles des top 1er Ho
Comme le dit Con, Fe iliens. est une Fes le : ces notions sont exposées avec la conduite à tenir dans
possible d’un individu pour le traiter. et quelle médecine plus personnelle on: fait ainsi, au lieu de « traiter des
Ky
ct 2 de EE . T1 RAR ratoire, nerveux. On pourrait voir dans le développe- Fe ment du front la marque du bilieux et l’on aurait ainsi N. . dans le visage, les quatre tempéraments. Carton n’en ne parle pas; on à cependant remarqué que les fronts hauts étaient plus aptes au commandement. D’autres TER signes peuvent être notés, comme les taches de rousseur du lymphatique; les yeux, les cheveux, les traits ont leur signification. — Sans être chiromancien on tirera de la main un troisième ordre de renseignements: Si 4 l’on ne croit pas (à tort) aux lignes de la main, on pourra , noter les stries blanches, dont nous parlions à propos du : | syndrome de déminéralisation, et qui pour Carton en sont un signe fidèle. On notera aussi la hauteur des. lunules, ces petits croissants de la racine des ongles; elle indique la vigueur de la pousse des tissus. — Sans … | être graphologue, enfin, on pourra lire facilement dans l'écriture des caractères évidents, à défaut d’y lire toute une personnalité : ordre, fermeté, etc.
La présence dans toute manifestation de cétte trinité de principes sans lesquels elle ne peut exister et auxquels vient s’aJouter et s’épanouir chez l’homme le principe créateur, rend claire cette question si difficile et si compliquée avec les générations d’auteurs. Cette notion a même une portée si générale qu’on peut l’appliquer comme une clef sur nombre de sujets d’étude.
La vie s’est manifestée dans le même ordre matièreénergie-pensée-création. L'étude géologique des terrains le confirme. Le primaire est caractérisé par l’exubérance de la vie en milieu aquatique (poissons, luxuriance végétale du carbonifère), dans le secondaire par la vie aérienne (oiseaux, sauriens, reptiles), dans le tertiaire vie terrestre avec règne des mammifères, dans le quaternaire enfin, apparition de l’homme. Le même ordre se
ue 2. Et
Pure are le hear de l bo chez lequel apparaissent successivement le tube digestif, Ra appareil cardio- respiratoire (branchies, puis poumons):
le système nerveux et les membres enfin à la cinquième semaine. L'enfant repasse par ces mêmes stades lorsque,
de lymphatique (vie végétale par ses racines placen-
taires, et aquatique dans le liquide amniotique), sa vie “devient aérienne à sa naissance pour s éveiller à l’ entourage, aux relations et prendre possession de son moi, quand il commence à saisir, à se mouvoir. Dans
l enfance encore, il n’est guère qu’un tube digestif, puis
son thorax s'agrandit aux dépens de son abdomen; dans Vadolescence son système ostéo- musculaire prend forme. On peut appliquer cette clef aux races, aux saisons, au corps social, aux cathédrales, mais la terminologie applicable aux tempéraments perd évidemment sa raison
d’être. On voit done par ce simple trait combien l’hom-
me participe des règles qui régissent le monde.'La trinité des manifestations et l’apparition par étapes suc-
cessives et de plus en plus élevées de la vie, laisse à penser quelle unité de lois il y a dans le cosmos.
| Ajoutons que les anciens connaissaient déjà cette « clef du quaternaire » symbolisée par Pythagore sous
la forme d’une pyramide triangulaire, emblème de Ja
création universelle. Le Sphinx égyptien, les quatre
animaux ‘de l’Apocalypse (IV, 7), représentent de facon allégorique les quatre attributs de la personne humaine :
savoir avec la pensée humaine, vouloir avec la vigueur
du lion, oser avec les aïles de l’aigle, se taire avec la force du taureau. La Genède même paraît se conformer à cette succession des étapes de la vie puisque, après la création dés éléments eau, ciel, terre, Dieu créa, dit-elle, la vie végétale, puis animale; cette dernière elle-même