‹ Le néo-manichéisme et la légende chrétienneChapitre 10 sur 185 · LA SITUATION DANS LES PROVINCES · texte numérisé non relu

LA SITUATION DANS LES PROVINCES

lées de semence humaine ; ils se mêlent aux Catholiques, reçoivent le corps du Christ, mais refusent de boire son sang (1).

Que se passait-il dans les provinces ?

Le 3o janvier on l’a vu, Léon envoyait son acolyte, avec une lettre, aux évêques d’Italie: il les avertissait de veiller sur leurs ouailles, afin que le Manichéisme ne se répandît pas ni ne s’enracinât dans leurs églises, necubi manicheae perversitatis ho-

et les Frères du Libre Esprit, etc... Je cite, à titre d’exemple, un passage de la confession de Lepzet [Dôllinger, Beitràge zur Sektengeschichte des M. A ., II, 371] :

« Statim singuli se abuluntur invicem masculi in masculos et feminae in feminam turpitudinem opérantes, et ita consummatum mysterium iniquitatis. » [Voir encore, eod. op., II, 295 : de semine virginis vel de sanguine pueri cum farina conficiunt panem.]

Depuis que ces lignes étaient écrites, le mythe de la séduction des Archontes, explication que la théologie manichéenne fournissait du rite obscène, a été étudié par M. F. Cumont [R. H. L. R., 1907, 135 et Recherches sur le Manichéisme , I. La cosmogonie manichéenne d’après Bar Khôni, 1908, Bruxelles, p. 54] et M. Dousset [Hautprobleme der Gnosis, Berlin, 1908, 76]. Au troisième acte du drame éternel, le Messager [Voir infra , p. 107 n.] a pour mission de dégager l’essence divine, etc. ..Il est appelé parfois la Vierge de Lumière (P. G. 1, 1461, G), il apparaît parfois comme un androgyne (Philastrius, 61), son rôle est tenu parfois par douze Vertus (Trésor, cité par Augustin). Le texte de Théodore Bar Khôni ne laisse pas de doute sur le sens de ce mythe : Beausobre le contestait à tort. Voir aussi le Sikand-Gûmânik-Vizar, dans West : Pahlavi Texts , III, 1885, Oxford, 115.

Le mythe manichéen n’est qu'une forme nouvelle d’un mythe iranien [Nairyô-Safiha, messager d’Ahoura-Mazda, recueille le germe de Zoroaslre s’approchant en vain de Hvogvi, Boundahesh , XXXII, 6-9. Darmesteter ; voir encore la légende de Gayômart] dont la mythologie gnostique donne une réplique [Épiphane, XXVI, 1 ; XXV, 2 ; XXI, 2]. Le mythe primitif a sans doute été inventé afin de justifier des rites obscènes évidemment apparentés aux prostitutions sacrées, dans une humanité simiesque.

[Je n’ai rien trouvé qui rappelle, ou qui annonce, le rite du Chat. Voir Dôllinger, Beitrcige , II, 296.]

(I) Cum... ad tegendam infidelitatem suam nostris audeant interesse conventibus, ila in sacramentorum communione se tempérant, ut interdum, ne penitus lalere non possint, ore indigno Christi corpus accipiant, sanguinem autem redemptionis nostrae haurire omnino déclinent [Sermon 42, § 5. P. L. 54, 279-280. Le vin, pour eux, est le fiel des démons. P. L. 42, 37].

Il semble que les Cathares de l’époque féodale n’aient pas consommé le pain sacré, mais l’aient gardé dans la bouche et, revenus chez eux, brûlé [Dôllinger, Beitrcige , II, 295-296, 372. Cf. Concile de Saragosse de 380.]

LE NÉO-MANICHÉISME AU TEMPS DE SAINT LÉON

mines plebes vestras facultatem laedendi et hujus sacrilegii possint invenire doetores; il leur adressait le procès-verbal des événements de 443, gestorum vos sériés poterit edocere\ il leur recommandait d’agir avec beaucoup de prudence et de soin, sollicitius et cautius , parce que plusieurs hérétiques se sont enfuis, aliquantos cognovimus aufugisse : qu’on les recherche et qu’on ne leur permette pas de se cacher, vigiletis ad investigandos eos necubi occultandi se reperdant facultatem (1). Léon ajoute, afin de stimuler le zèle des évêques, qu’il s’agit ici de l’intérêt de leur troupeau et que Dieu, s’il récompense le zèle, punit la négligence : ut... habebit a Deo dignae remunerationis praemium qui diligenlius quod ad salutem commissae sibi plebis proficiat fuerit exsecutus, ita ante tribunal Domini de reatu negligentiae se non poterit excusare quicumque plebem suam contra sacrilegae persuasionis autores noluerit custoclire (1).

Cela ne semble pas indiquer que le pape eût grande confiance en l’autorité ecclésiastique. On ne peut dire, par malheur, comment elle répondit à son appel. Est-ce pour appuyer son action, est-ce pour y suppléer que Léon recourut au pouvoir impérial ? Le fait est qu’il y recourut.

Déjà, lorsqu’il écrit aux évêques italiens, il songe, semble-t-il, à une intervention de ce genre.

Aliter... nobis commissos regere non possumus, nisi hos, qui sunt perditores et perditi, zelo fidei dominicae persequamur ; et a sanis mentibus, ne pestis hæc latius divulgetur, severitate qua possumus abcindamus (2).

Dans le courant, et, sans doute, dès le début de l’année 44^, Valentinien III fixa son séjour à Rome : saint Léon était en grand crédit auprès de lui comme auprès de Placidie, l’impératrice-mère (3) ; il obtint l’appui du gouvernement, à ce moment même, dans l’affaire fameuse d’ Hilaire et de Chelidonius (4) ; il obtint gain de cause, également, dans l’affaire manichéenne. Une loi confirmait et renouvelait celles qui avaient été rendues

(1) Epistola VII, 2, P. L, 54, 622, A. — Il écrivit des lettres analogues aux évêques des autres provinces : « per (Leonem) gesta de Manichaeis per provincias diriguntur. » llydalii Lemici Chronicon (a. 445). Mommsen, 24.

(2) P. L. 54, 621, B. — Cf. Vacandard, V Inquisition, Paris, 1907, p. 9-15.

(3) Tillemont, Hist. Enip., VI, 239 et 232; Babut, Concile de Turin, 168, note 2.

(4) Duchesne, Fastes, I, p. 116; Babut, op.cit., 154 et sq. — Mai-juin 445.

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