‹ Le néo-manichéisme et la légende chrétienneChapitre 103 sur 185 · LE PROLOGUE NON IDEM EST OUDO · texte numérisé non relu

LE PROLOGUE NON IDEM EST OUDO

Le Codex Fuldensis et un grand nombre d’autres manuscrits de la Vulgate contiennent encore un autre prologue, fort important (1 ).

Non idem est ordo apud Græcos qui intégré sapiunt et fîdem rectam sectantur epistolarum septem quae canonicæ nuncupantur, qui in latinis codicibus invenitur; quod, quia Petrus primus est in numéro apostolorum, primæ sint etiam eius epistolæ in ordine cæterarum. Sed sicut euangelistas dudum ad ueritatis lineam correximus, ita has proprio ordini Deo nos iuuante reddidimus. Est enim prima earum una Jacobi, Pétri duæ, Johannis très, et Judæ una. Quæ si ut ab eis digestæ sunt ita quoque ab interpretibus fideliter in latinum eloquium verterentur, nec ambiguitaten legentibus facerent nec sermonum sese varietas impugnaret ; illo præcipue loco ubi de unitate Trinitatis in prima Johannis epistola position legimus, in qua etiam ab infidelibus translatoribus multum erratum esse a fîdei veritate comperimus, trium tantum uocabula, hoc est aquæ sanguinis et spiritus in sua editione ponentes, et Patris Verbique ac Spiritus testimonium omittentes, in quo maxime et fides catholica roboratur et Patris et Filii ac Spiritus Sancti una divinitatis substantia comprobatur. In cæteris uero epistolis, quantum a nostra aliorum distet editio lectoris prudentiæ derelinquo. Sed tu, virgo Christi Eustochium...

L’ordre des sept épîtres dites canoniques n’est pas le même dans les auteurs grecs orthodoxes et dans les manuscrits latins : parce que Pierre est le premier des apôtres, on veut que ses épîtres soient classées les premières. Mais, avec l’aide de Dieu, comme nous avons corrigé le texte des Évangiles, nous restituerons l'ordre de ces épîtres : la première est l’épître de Jacques, puis viennent les deux épîtres de Pierre, les trois de Jean, enfin celle de Jude. Si elles avaient été bien traduites, elles n’offriraient pas de difficultés à leurs lecteurs. Dans la première épître de Jean, par exemple, on constate que beaucoup de traducteurs

(1) C’est le numéro 290 du catalogue dressé par Samuel Berger [ Les préfaces jointes... p. 66. — Cf. p. 11. — Voir aussi Künstle : Das Comma Joanneum. Freiburg, l, B, 1905, p. 27-28. Richard Simon: Histoire crit. texte , 206]. Nous donnons le texte de ce prologue d'après Martianay [I, 1667-70. P. L. 29, SCI]. Voir aussi Ranke : op. laad., 399 et Chapman, p. 262.

l’édition pseudo-hiéronymienne de là bible

infidèles se sont éloignés de la vérité de la foi : ils ne parlent que de l’eau, du sang et de l’esprit et omettent le témoignage du Père, du Verbe et de l’Esprit sur l’unité de la substance divine, qui confirme si rigoureusement la foi catholique. Le lecteur jugera lui-même des différences qui séparent mon édition des autres en ce qui est des autres épîtres, etc.

Cette préface se présente comme l’œuvre de saint Jérôme, puisqu’elle se donne comme une lettre adressée à Eustochium par celui qui a corrigé les Évangiles, ad ueritatis lineam correximus.

Par sa date aussi bien que par son caractère pseudépigraphe, elle se rapproche encore de celle qu’on a étudiée déjà : pseudohiéronymienne, elle est postérieure au début du cinquième siècle; comme elle est reproduite par le Fuldensis , elle est donc antérieure à 546. C’est dire qu’elle est contemporaine de la crise manichéenne et de l’époque ostrogothique.

L’anonyme a une double préoccupation. 11 veut d’abord — comme l’auteur, toujours, du prologue qu’on a déjà vu, — justifier la première place qu’occupe un texte dans une des parties de la Bible : c’est l’épître aux Romains, non une autre, qui doit ouvrir le recueil des épîtres pauliniennes ; cest lé pitre de Jacques , non les épîtres de Pierre, qui doit ouvrir le recueil des épîtres. canoniques (1).

11 veut ensuite, et surtout peut-être, faire passer pour authentique l’interpolation priscillianiste du verset des trois Témoins. Comme l’auteur du prologue précédent, c’est donc jqu’il utilise la littérature priscillianiste. — Noter que le Codex Fuldensis r où nous lisons le prologue, ne reproduit pas /’ interpolation (2).

Cette double tendance de l’anonyme invite à penser qu’il n’est pas romain : est-ce un Romain qui voudra ôter à saint Pierre le premier rang qu’011 lui aura quelque part donné? L’interpolation

(1) Sur l’ordre des épîtres catholiques, voir Zahn, II, 375. La première place donnée à Jacques caractérise, en effet, l’ordre suivi le plus souvent par les Grecs et répandu par Jérôme. La première place donnée kPierre caractérise l’ordre suivi par Rufin [ Exp . in Symb. Pet, Jac, Jud ], Damase et Yantiqua translatio [Pet, Jac , Jo ], le 85e canon apostolique et le Jérôme de Cassiodore [Pet, Jo, Jac] Philastre, Augustin et Cassiodore [Pet, Jo, Jud]. Lequel de ces quatres ordres était suivi par les hérétiques ?

(2) Voici le texte de I Joh. 5, 7, tel que le reproduit Ranke, p. 426 : « Hic est qui venit per aquam et sanguinem iehsus christus « Non in aqua solum sed in aqua et sanguine >* Et spiritus est qui testificatur quoniam christus est veritas » Quia très sunt qui testimonium dant. spiritus et aqua et sanguis. et très unum sunt.

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