‹ Le néo-manichéisme et la légende chrétienneChapitre 107 sur 185 · P. L. 70, 1108. BC · texte numérisé non relu

P. L. 70, 1108. BC

(6) P. L. 70, 1124, C, ch. 13.

(7) P. L. 70, 1125, B, ch. 14. Il s’agit évidemment d’une traduction latine antérieure à Jérôme.

l’édition pseudo-hiéronymienne de la bible

prunté par lui à des passages déterminés de ces auteurs? Ou avait-il en main trois éditions de l’Écriture qui en disposaient les différents livres dans l’ordre qu’il dit et qui prétendaient se rattacher à Jérôme, à Augustin, à l’ancienne traduction?

L’édition hiéronymienne qu’il décrit est divisée en 49 livres, dont 22 embrassent l’Ancien, 27 le Nouveau Testament. Cette disposition n’a pas été empruntée par lui au Prologus Galeatus , qui ne s’occupe que de l’Ancien Testament. Elle n’a pas été empruntée à la lettre à Paulin (1) qui ignore la division qu’elle suit (Pentateuque, Prophètes, Hagiographes, Paroles des Jours) ; — qui place Job aussitôt après le Pentateuque et les quatre grands prophètes après les douze petits ; — qui met à part l’épître aux Hébreux ; — qui groupe les sept épîtres catholiques ; — qui range les Actes des Apôtres entre les épîtres pauliniennes et les épît res catholiques. Il n’est pas vraisemblable que Cassiodore ait lui-même emprunté à un texte authentique de Jérôme le classement qu’il lui attribue.

L’édition augustinienne, dont il analyse la disposition, est évidemment inspirée par le De Doctrina Christiana , II, 8; il y a désaccord pourtant entre les deux séries quant à la place d’Esdras et des Macchabées, de Zacharie et d’Aggée. Il n’est pas très certain que Cassiodore ait emprunté sa description au livre de saint Augustin.

L’édition de « l’ancienne traduction », dont il détaille le contenu, se lisait — lui-même nous l’assure — dans un grand manuscrit comprenant 90 cahiers : tertio, uero diuisio est inter alias in codice grandiore, littera clariore conscripto, qui habet quaterniones nonaginta quinque (2). — Cassiodore avait en mains, selon toutes les vraisemblances, peut-être trois, sûrement deux éditions de la Bible.

J’attire l’attention sur cette troisième édition : elle n’est autre, je crois, que cette édition orthodoxe de la Bible que les Catholiques voulaient opposer aux Manichéens.

(1) P. L. 22, 545-549. Jérôme à Paulin, § 8. — Dans l’édition hiéronymienne qu’analyse Cassiodore, Job est placé après les XII petits Prophètes et avant David; les quatre grands Prophètes sont rangés après Ruth et Samuel, avant les XII petits ; les XIV épîtres de Paul sont encadrées entre les 2 épîtres de Pierre et les trois épîtres de Jean ; les Actes et l’Apocalypse sont groupés et terminent les livres du Nouveau Testament.

(2) I, 14. — P. L. 70, 1125 C. Il a fait copier l’édition de Jérôme en

53 cahiers.

l’antiqua TRANSLATIO DE CASSIODORE 253

Après avoir parlé du codex grandior qui la contient, Cassiodore continue :

In quo septuaginta interpretum translatio Veteris Testamenti in libris quadraginta quatuor continetur ; cui subjuncti sunt Novi Testamenti libri uiginti sex fîuntque simul libri septuaginta : in illo palmarum numéro fortasse praesagati quas in mansione Elim înuenit populus Hebraeorum [Exod. 25, °27]. Hic textus multorum translatione variatus — sicut in prologo psalterii position est — patris Hieronymi diligenti cura emendatus compositusque relictus est (1).

La troisième édition que décrit Cassiodore se présentait donc sous le nom de saint Jérôme : hic textus ... patris Hieronymi diligenti cura emendatus compositusque relictus est. — L’œuvre du prétendu Jérôme consistait en une correction d’une traduction défectueuse due à plusieurs traducteurs, multorum translatione. — Elle contenait un certain nombre de prologues, tel que ce prologus psalterii dont il est question.

Ces traits caractéristiques de la troisième édition décrite par Cassiodore rappellent singulièrement ceux des préfaces qu’on a d’abord étudiées: ici et là j’aperçois des prologues (2), qui se prétendent hiéronymiens, et qui ont à peu près même date. II est permis de croire jusqu’à nouvel ordre que ces prologues et cette édition, ayant même date et mêmes caractères, forment une seule et même œuvre : celle à laquelle travaillaient les Catholiques au moment de la crise manichéenne.

Cette conclusion, toutefois, souffre deux difficultés. On s’explique que l’expression epistolae canonicae soit commune à Cassiodore et au prologue non idem est ordo : Cassiodore devait lire celui-ci dans l’édition secundum antiquam translationem. — Mais le prologue non idem est ordo tient à donner à l’épître de Jacques la première place parmi les épîtres catholiques ; or, Vantiqua translatio énumère les livres du Nouveau Testament dans l’ordre que voici :

(1) P. L. 70, 1125, CD. Cassiodure croit évidemment que Jérôme a tout révisé. Les prologues qu’il lisait le lui donnaient à croire. — On admet qu’un exemplaire de Vantiqua translatio a été apporté de Rome à Jarrow ou à Wearmouth en même temps que les trois Pandectes de la translatio noua [Amiatinus ; archétypes de A, S, Y], dont les neuf volumes de Cassiodore donnaient le texte (avec commentaires). Voir Chapman.

(2) Quel est ce prologue du psautier que vise Cassiodore. Je ne risque aucune hypothèse : S. Berger en a compté jusqu a 61. [Les pré/aces... § 67-128, p. 10-46.]

l’édition pseudo-hiéronymienne de la bible

Matthaeus, Marcus, Lucas, Joannes, Actus Apostolorum, Epistolae Pétri ad gentes, Judae, Jacobi ad XII tribus, Joannis ad Parthos, Epistolae Pauli ad Romanos, ad Corinthios duae, ad Galatas una, ad Philippenses una, ad Hebraeos una, ad Thessalonicenses duae, ad Timotheum duae, ad Titum una, ad Philemonen una, Apocalypsis Joannis (1).

L 'antiqua translatio donne la première place à Pierre et non à Jacques ; c’est-à-dire qu’elle est fidèle à l’ordre même que combat pseudo-Jérôme dans la préface non idem est ordo.

D’autre part, l’ordre des épîtres pauliniennes dans le prologue primum quaeritur ne coïncide qu’imparfaitement avec celui-ci, qui est donné par T antiqua translatio :

Prologue primum quaeritur ad Romanos ad Corinthios II ad Galathas I ad Ephesios I ad Philippenses II ad Thessalonicenses II ad Colossenses I ad Hebraeos I

Antiqua translatio ad Romanos I ad Corinthios II ad Galatas I [ad Ephesios (2) I] ad Philippenses I ad Colossenses I ad Hebraeos I ad Thessalonicenses II

La première difficulté est évidemment la plus grave — la seconde tenant, sans doute, à un accident de transcription (2). — Je ne crois pas pourtant qu’elle doive nous faire abandonner l’hypothèse.

Le Codex Fuldensis reproduit le prologue primum quaeritur qui annonce formellement 14 épîtres de Paul, et il en reproduit une quinzième, Yépître aux Laodiciens. Le Codex Fuldensis reproduit la préface qui enseigne V authenticité du verset des trois Témoins ; le même manuscrit , pourtant , ne reproduit pas le passage interpolé par les Priscillianistes touchant le Père, le Verbe et l'Esprit ! Les deux faits sont analogues ; et l’anomalie est d'autant plus remarquable qu’ils ont rapport au même prologue, non idem est ordo . Le pseudo-Jérôme qui l’a rédigé veut: i° mettre l’épître de Jacques à la place de l’épître de Pierre ; 20 faire accepter le verset des trois témoins célestes ; pourtant l’édition

(1) P. L. 70, 1125, BC. — Voir l’écart noté, p. 241, n. 2, entre le Fuldensis et notre Parisinus touchant la place de Thés.

(2) L’édition de Migne saute l’épître aux Ephésiens : cette omission est certainement due à une distraction de copiste. Il a pu oublier pareillement l’épître aux Thessaloniciens et la rajouter à la fin.

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