PSEUDO-DAMASE
qu’il fait copier laisse Pierre à sa place et refuse aux trois témoins celle qu’ils voulaient usurper.
Cela doit, je crois, nous faire entendre que les Catholiques soucieux du péril manichéen ont donné leurs soins aux prologues qu’ils composaient plutôt peut-être qu’au texte qu’ils disaient réviser : c est par ceux-là qu'ils comptaient surtout conjurer le péril. Nos anonymes rédigeaient eux-mêmes leurs prologues : ils y dévoilaient les intentions de l’ennemi, ils y exposaient la foi traditionnelle. Et c’est à des scribes moins attentifs qu’ils confiaient souvent le travail de la copie (1).
Voici, du reste, un quatrième et dernier indice de l’activité littéraire des Catholiques sur le terrain de l’Écriture. En confrontant avec Cassiodore le décret pseudo-damasien nous préciserons encore l’idée qu’on doit se faire de l’édition pseudo-hiéronymienne de la Bible.
L’ordre des /J4 livres du Vieux Testament que donne Yantiqua translatio de Cassiodore est identique à l’ordre suivant lequel ils sont rangés dans Damase. Voici le texte de Cassiodore:
Genesim, Exodum, Leuiticum, Numerorum, Deuteronomium, Jesu Nauc, Judicum, Ruth, Regum libros quattuor, Paralipomenon libros duos. Psalterii librum unum, Salomonis libros quinque, id
(1) Je ne prétends pas, on le devine, préjuger ici du résultat de recherches que je n’ai point faites, — et affirmer que notre texte de la Bible n’a pas subi de retouches à notre époque. Il m’apparaît, au contraire, qu'il y aura lieu, désormais, dans l’étude du texte biblique latin, si complexe déjà, de tenir compte du fait que je cherche à mettre en lumière : les traductions qui diffèrent de la Vulgate ne sont pas nécessairement plus anciennes que saint Jérôme; elles peuvent lui être postérieures et contemporaines de l’époque ostrogothique, elles peuvent se rattacher à la bataille contre le Manichéisme. Il faudrait étudier surtout les textes pauliniens de Y Amiatinas et du Fuldensis. [Le plus souvent, pense Chapman, Victor aurait fait copier dans le Fuldensis le texte d’un manuscrit donné par Jérôme à Anicia Proba (voir ep. 130), donné ensuite par un descendant de celle-ci à Eugipius, l’ami de Victor, avant 558. Voir la note de 1 ’Epternacensis (B. N. 9 389 lat), f° 222 v]. Je veux seulement ici souligner ce qui semble faire l’importance des prologues. [Sans doute les hérétiques faisaient-ils comme les Catholiques, p. 140-141. L’étude personnelle de la Bible ne peut pas tenter le grand nombre.]
l’édition pseudo-hiéronymienne de la bible
est Prouerbia, Sapientiam, Ecclesiasticum, Ecclesiasten, Canticum Canticorum, Prophetas, id est Isaiam, Jeremiam, Ezechielem, Danielem, Osee, Amos, Michaeam, Joël,Abdias,Jonam, Nahum, Habacuc, Sophoniam, Aggaeum, Zachariam, Malachiam qui et Angélus, Job, Tobiam, Esther, Judith, Esdrae duos, Machabaeorum duos (4).
On trouvera page 168 la liste du concile damasien : elle coïncide avec celle-ci. Et cette coïncidence est d’autant plus remarquable qu’on ne peut pas dire que Cassiodore procède directement de Damase : le texte damasien n’a pas le détail qui et Angélus ; le texte cassiodorien n’a pas Indivision item propheloe, item (i) storiarum.
L’ordre des livres du Nouveau Testament n’est pas identique dans Cassiodore, dans Damase et dans le prologue primum quaentur ; mais les analogies qu’on relève ici et là sont très frappantes. Ici et là, les épîtres catholiques sont rangées avant les épîtres pauliniennes ; ici et là, l’épitre de Pierre est rangée en tête des épîtres catholiques; l’ordre des épîtres pauliniennes selon Damase est enfin, réserve faite des pastorales, identique au classement de ces mêmes épitres dans le prologue primum quaeritur. On voit, dans ses grands traits, la classification des écrits du Nouveau Testament selon l’édition nouvelle (2).
Combien de livres comptait-elle en tout? Soixante-dix, d'après Cassiodore, qui a sauté l’Épître aux Éphésiens ; soixante et onze, d’après Damase qui n’a garde de l’omettre. Laquelle des deux données est sûre ? Je préfère suivre Damase. Il est invraisemblable qu’on ait volontairement éliminé un texte aussi fameux que cette épître ; on doit voir une faute de copiste à l’origine de la leçon cassiodorienne : le moine de Vivarium ne l’aura pas aperçue; il l’aura légitimée en développant le symbolisme du nombre soixante-dix par un recours à l'Exocle. Peutêtre aussi aura-t-on voulu atteindre le nombre soixante-dix et délibérément écarté, pour celle raison, l’épître de Jude par exemple : elle était contestée par beaucoup de gens (3).
Nos auteurs n’innovaient donc pas, ou n’innovaient guère : ils
(2) On s’explique le Ilottement de l’Apocalypse. La version de Cassiodore reste fidèle à la tradition et la range en queue, après les XIV épitres de Paul ; Damase la range entre les Actes et les épitres catholiques, parmi les écrits des Douze. S. Berger écrivait [Vulgate, p. 303] : Des différences insignifiantes séparent seules Cassiodore de Gélase (Damase). Tiennent-elles à C. ou au réviseur du texte damasien?
(3) S. Jérôme : de Tins, 4. Hypothèse de Zahn, G. N. K., II, 207 sq.