‹ Le néo-manichéisme et la légende chrétienneChapitre 109 sur 185 · PSEUDO-JÉRÔME ET PSEUDO-D AMASE · texte numérisé non relu

PSEUDO-JÉRÔME ET PSEUDO-D AMASE

utilisaient le mémorandum de 382 qu’avait fait rédiger Damase. Qui sait même si quelques-uns n’appartenaient pas au groupe où fut complété et transformé ce texte fameux?

Nous pouvions le soupçonner jusqu’à présent; en voici une preuve positive. La préface d’un commentaire des épîtres calholiq ues, qui a été publié naguère (1), après avoir copié quelques lignes de l'épître à Paulin, insiste sur la variété de leur forme, les trois aspects de leur doctrine, les villes où elles furent écrites, l’ordre où elles se présentent, les sept dons de l’Esprit-Saint qu’elles contiennent. Antérieur à Cassiodore, qui s’en inspire, le texte semble être postérieur à Eucher, dont il utilise les étymologies. Si j’ajoute que le commentaire des sept épîtres est attribué à saint Hilaire d’Arles, on verra qu’il a sans doute Lérins pour origine et pour date les environs de l’an 5oo. Or, il est apparenté tout à la fois avec les prologues pseudo-hiéronymiens et avec le concile pseudo-damasien. 11 appuie la même idée que le prologue non idem ; il la justifie par deux raisons, l'initiative de l’évêque grec Fidochusa, le jugement de l’Eglise :

(Sciendum) in quibus locis scriptae sunt epistolae. Epistola Jacobi in Hierosalem... Fidochusa episcopus graecorum sacrum earum ordinem composuit, Hieronimus convertit eas.Curin principio ponitur Jacobus? Non apostolorum differentiam, non scribendi ordinem, sed dignationem ecclesiae.

Et il ajoute, nous rappelant ainsi le prologue primum quaeritur :

Ouaeranms alias qui et epistolas Pauli composuit, quae non ut sunt compositae, ita conscriptae sunt.

Aussitôt après il continue :

In his septem epistolis septem dona Spiritus Sancti continentur in prima, spiritus sapientiae, ut est illud : si quis vesirum [ Jac . 1. 5j; in secunda, spiritus intellectus, quia per intellectum Noe arcam fabricavit ut est illud : ciim fabricaretur area [I. Pet. 3. 20] ; in tertia, spiritus consilii, ut consilium dat et dicit : ministrate in fide uestra virtutem [II. Pet. 1. 5]; in quarta, spiritus fortitudinis, ut est illud: quam fortes estis et vicistis malignum[ I. Joh. 2. 14]; inquinta, spiritus scientiae ut : uidele uosmet ipsos ne perdatis quae operati estis [II. Joh. 8]; in sexta, spiritus pietatis ut est illud : fideliter facis quidquid operaris in fratres [III. Jo/u5];in septima, spiritus timoris

(1) Spicilegium Casinense... t. III, 1. p. 207. Mont Cassin. 1897. Le texte est tiré du Cod. Vindobonensis 750. Cf. p. XXII, pp. 241, 256, 258.

l’édition pseudo-hiéronymienne de la bible

ut est illud : ecce venit Dominus facere iudicium contra omnes [Jud. 14-15].

L’anonyme s'intéresse donc aux sept dons de l’ Esprit-Saint ; il met en rapport le spiritus inlelleclus et Noé, alors que rien,, dans la première épître de Pierre, n’impose pareil rapprochement. Sans doute s’inspire-t-il du concile de pseudo-Damase et du traité de Spiritu Sepliformi] tout au moins apparlient-il au groupe qui s’intéresse à ces idées et à ces écrits (î).

La parenté du document pseudo-damasien et de l'édition pseudo-hiéronymienne se marque enfin dans leur commune dépendance par rapport aux textes espagnols. Les prologues nous ont suggéré que pseudo-Jérôme utilisait l’édition de Peregrinus et travaillait à introduire dans le texte sacré des leçons d’origine hispanique. La première partie du concile atteste que pseudo-Damase reflète les mêmes idées que le de Trinitate et ses continuations. Enfin la disposition des livres qu’indiquent pseudo-Jérôme et pseudo-Damase est exactement suivie par de très importants manuscrits espagnols. On peut donc penser queles deux textes sortent d'un même milieu (2), où l’on entretenait à la fois d’étroites relations avec l’Espagne et avec Rome : avec l’Espagne où l’on cherchait des modèles ou des armes, avec Rome qui empruntait ces armes et ces modèles. S'agit-il, ici encore, de la Gaule du Sud, et de Lérins? Rien de plus vraisemblable (3).

Mais on doit aussi, semble-t-il, envisager l'hypothèse d’une origine Cassiodorienne : de toute évidence, elle complète la précédente, sans la contredire; la crise manichéenne, les travaux des Catholiques n’ont pas duré un seul jour. Le livre le plus

(1) Noter, en effet, que le texte écrit spiritus fortitudinis, non virtutis ; il n’écrit pas septiformis. Dans le passage très doclrinae décidant, noter qu’on vise les hérésies, la prophétie; on écrit : in uno quoque testimonio quaerendum est quid sancli canones , quid ratiotinationes... obseruari videatur. L’anonyme ne dispose-t-il pas de documents priscillianistes ?

(2) Noter encore que l’expression pseudo-hiéronymienne epistolae canonicae est peut-être la leçon authentique qu’il faut lire dans pseudo-Damase. Cassiodore avait certainement ce dernier texte sous les yeux lorsqu’il écrivait le premier livre de ses Instituiiones : les descriptions qu'il donne des trois types d’édition sont précédées de deux chapitres de sex modis intelligentiae* et de quatuor synodis receptis [P. L. 70, 1122-1123]; on songe aux deux parties du concile damasien, de septem donis Spiritus et de synodis receptis.

(3) Voir supra , p. 244, n. 3 et 247.

* Expression inspirée peut-être par S. Eucheretson libellas de formulis spiritualis inlelligenliae.

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