LÉRINS ET VIVARIUM
fameux de Cassiodore atteste l’étude qu’il a faite de la Bible et l’intérêt qu’il y attache. Cassiodore est en rapports avec Primasius d’Hadrumète, dont il cite le commentaire sur l’Apocalypse (1), et, sans doute, avec Junilius, qui est un ami de Primasius et, comme Primasius et Cassiodore, un fervent de science biblique (2). Un voisin de Cassiodore, l’évêque de Capoue, Victor, est connu tout de même en raison de ses travaux scripturaires : c’est lui, je le rappelle, qui fit exécuter le célèbre Codex Fuldensis vers 546-547 (3). 11 semble assuré que Victor prenait parfois le pseudonyme de saint Jérôme (4). L’anonyme qui, au début de son commentaire de saint Paul, copie un de nos prologues pseudo-hiéronymiens, connaît très bien Cassiodore et nous a semblé appartenir au groupe de ses disciples (5). C’est à ce même groupe qu’on rapporte et notre version latine du texte fameux appelé le Canon de Muratori , et la collection du Codex Ambrosianus /, 101 sup. où ce texte nous a été conservé (6). Cassiodore tenait à donner à ses moines de Vivarium des manuscrits grecs de l' Écriture, afin qu’ils pussent corriger le texte latin (7). Nous ne connaissons pas encore l’étendue des travaux scripturaires accomplis par ses amis ; mais il est certain qu’il y eut là un groupe de biblistes enthousiastes et travailleurs. Jusqu’à nouvelles découvertes, j’attribuerai à ce groupe aussi (8)
(2) Junilius dédie à Primasius ses Institut a regularia divinae legis libri duo. Voir H. Kihn : Theodor von Mopsuestia und Junilius Afrikcinus als Exegeten, 1880. Freiburg. Voir P. L. 68, 15 (ou 45).
(3) Voir l’édition du Codex Fuldensis par Ranke, 1868, Marburg et Leipzig.
(4) G. Morin : L'auteur de la lettre à Constantius [Revue Bénédictine, 1890, p. 416]. Ce texte sert souvent de préface au Cornes [= liste des lectures assignées aux messes des différents jours de l’année). 11 y a eu un Constantius, évêque d’Aquinum près Capoue, de 525 à 573. 11 est très probable que le Jérôme qui adressa une lettre à Constantius, préface du Cornes (P. L. 30, 487, 501. Voir Codex Parisinus , 9451), est identique à Victor de Capoue. L’auteur est un évêque, qui suit l’usage romain, commence à Noël, ne donne pas le plus souvent la leçon prophétique.
(5) Voir supra , p. 68-70.
(6) Chapmann : L’auteur du canon de Muratori , Revue Bénédictine , 1904, 259. N’est-ce pas à cette nouvelle édition de l’Écriture en latin que l’on doit rapporter les secondes versions du Pasteur, de Bciruch , etc.
(7) Institutiones, I, 14, P. L. 70, 1126, A B. Ideoque uobis et graecum pandecten reliqui comprehensum in li bris 75... — Le prédécesseur de Victor, l’helléniste Germain, le négociateur de 519, en avait réuni beaucoup.
(8) Quels ont été les rapports des moines de Lérins et des moines de Vivarium ? Pour Mabillon, Acta O. S. B. I. 176, le Marinus à qui Eugippius dédie ses Excerpta Auguslini est l’abbé de Lérins de la Vita Eugendi : voir Chapman, 96 et G. M. IL 161-210 et p. 268, n. Les travaux du cin-
l’édition pseudo-hiéronymienne de la bible
une grande part dans la nouvelle édition de la Bible suscitée parla polémique manichéenne.
L’importance n’en est pas minime s'il est vrai, comme il semble, que de cette édition pseudo-hiéronymienne procèdent souvent nos manuscrits de la Vulgate.
Nos manuscrits sont presque tous séparés de saint Jérôme par deux ou trois siècles ; et ils donnent souvent des leçons qui ne concordent pas avec les citations de l’Écriture qu’on trouve dans les œuvres de Jérôme. On a minutieusement étudié à ce point de vue l’épître aux Galates ; et l’on a conclu : « La différence entre la Vulgate et le texte de saint Jérôme est trop considérable pour pouvoir être attribuée au hasard ou au caprice des copistes. Les commentaires de saint Jérôme se rapprochent beaucoup plus que la Vulgate des textes anciens » (1).
Dans quelle mesure l’édition pseudo-hiéronymienne a-t-elle influencé les textes contemporains ? On ne peut, évidemment, rien affirmer ; il est permis de croire, néanmoins, que cette influence ne fut pas nulle. Les prologues qui caractérisaient l’édition combattaient adroitement le Manichéisme ; le Manichéisme était partout à craindre; les Catholiques ont dû partout accueillir avec faveur une édition qui les favorisait. D'autant qu’elle se présentait sous le nom du fameux solitaire et que cette supercherie lui assurait une grande autorité : étaient-ils nombreux ceux qui pouvaient discerner alors un prologue authentiquement hiéronymien d’une préface pseudo-hiéronymienne (2)?
quième siècle ont dû être faits à Lérins, ceux du sixième à Vivarium, ceux du cinquième et sixième dans le groupe d’Eugipius, Marinus, Césaire, Germain, Denis le Petit, Hormisdas, etc. Le milieu du sixième siècle, la mort de Césaire marque peut-être le début de la décadence intellectuelle de Lérins. Vivarium n’en a-t-il pas recueilli l’héritage ? Et des moines de Lérins n’ont-ils pas été attirés à Vivarium par Cassiodore ? — [Le symbole de la peristera, d’un usage assez rare, est mentionné à la fois et à la même époque par Apringius de Béjà (Férotin, p. 5) et par Primasius (Comm. in Apoc., P. L. 68, 932) : Apringius est Espagnol, Primasius se rattache au groupe italo-romain de Cassiodore, Victor, Junilius.]
(1) P. Corssen : Epistola ad Galatas , Berlin, 1885, p. 35 ; Bericht über die lateinischen Bibelüberselzungen [Jahresbericht... Bursian, 1899, tome 101, fasc. 1, p. 57-58]. V. Dobschütz : Sludien zur Textcritik der Vulgata , 1894, Leipzig, trouve des traces d’une recension posthiéronymienne au moins dans les mss. hiberniens [book of Armagh, of Ivelbs, Rushworthianus]. Voir aussi Lejay : Revue critique, 5 mars 1900, 181.
(2) Je ne dis rien, et pour cause, de questions très intéressantes : les données positives manquent. Quand a commencé la révision que j’appelle pseudo-hiéronymienne ; où, dans quelles circonstances exactement ? Combien de temps le travail a-t-il duré ? La papauté est-elle, à un moment