L’APOCALYPSE DE PAUL
d) Contre leur négation de la liberté :
(Deus) dimisit unumquenque in propria uoluntate eligere bonurn et malum [p. 33, §40].
Voici, en second lieu, que l’on relève quelques points de contact entre notre version et la légende de la descente aux enfers : je vise particulièrement la version latine de cette légende (1). Ici et là, il s’agit d’une description du monde infernal, et l’on s’intéresse particulièrement à la résurrection de la chair ; ici et là, des puissances infernales sont personnifiées, ici le Tartare, là la Mort; ici et là, on nous parle de lettres, grâce auxquelles les âmes peuvent échapper aux démons et pénétrer au paradis (2); ici et là, on s’inlerroge sur la signification du mot alléluia , et l’explication qu’on en donne est à peu près aussi fausse ici que là ; ici et là, nous rencontrons un prologue qui vise à authentifier l’apocryphe, qui nous transporte en Orient, et qui prétend dater de Théodose II [4o8-45o]. — J’ajoute aussitôt que les deux textes divergent par ailleurs. Le Descensus se rapporte à un consulat de Théodose et de Valentinien..., non à un consulat de Théodose le Jeune et de Cynegius.Le mot alléluia enseigne la Visio Pauli, dicitur ebrayca loquella dei et angelorum : narracio aulem alléluia haec est : tecel cal marith macha... Imec est Benedicamus eiirn omnes inunum; tandis que, à en croire le rédacteur du Descensus A, alléluia signifie : le Seigneur vient (3). Rien 11e rappelle, dans la Visio Pauli , le rôle que le Descensus attribue à Hénoch et à Elie lors de la venue de l’Antéchrist etc... Le rédacteur de la Visio est distinct du rédacteur du Descensus ; mais qui sait s’il ne lui est pas postérieur et ne s'en est pas inspiré ?
N’est-il pas croyable, dès lors, que l’histoire def Apocalypse de Paul est parallèle à l’histoire de la descente aux enfers : derrière notre texte latin il doit y avoir un texte grec.
Saint Épiphane et Sozomène connaissent, en effet, une apocalypse de Paul. Elle vient des Caïnites et circule chez les Gnosti-
(1) Voir infra , p. 291. 11 s'agit du texte A de Tischendorf.
(2) Il s’agit ici, non du Descensus A, mais d’une pièce évidemment apparentée, la Relation de Joseph d'Arimathie , sur laquelle voir infra , p. 298, n.
(3) Alléluia, je le rappelle, est composé de deux mots hébreux : Halelû , louez [impératif, 2e personne, pluriel du verbe Ilillel] et de Yah, abréviation de Jahvé. Le mot est cité dans les psaumes 104, 105, 106, 111... ; III, Mac., 7, 11 : Tobit , 13, 22 ; Apoc ., 19, 1, 7. — Pour plus de détails, voir l’article de Cabrol, dans Cabrol 1, 1, 1229.
266 l’édition pseudo-hiéronymienne de la bible
ques, assure Épiphane (1) ; on dit qu’elle a été découverte au temps de Théodose I, à Tarse, dans la maison de saint Paul, dans une area de marbre, à la suite d’une révélation : beaucoup de moines la lisent; un vénérable prêtre de Tarse dit qu’on n’en avait jamais entendu parler, que tout cela est un mensonge, inventé sans doute par les hérétiques, — ajoute Sozomène (2).
Le signalement de Sozomène répond fort bien à celui que semble mériter notre texte latin. Mais il y a mieux : nous avons conservé un texte grec (3) qui coïncide avec le précédent: même début ici et là, et même fin subite; même thème et mêmes épisodes; mêmes détails et, le plus souvent, mêmes mots. — Ces correspondances très précises soulignent la valeur des passages qui sont propres au latin : ceux-ci 11e pourront-ils pas nous dénoncer l’origine de ce texte latin?
Lorsqu'il s’agit des anges qui viennent adorer Dieu, le latin insiste plus que le grec. Au lieu de :
IlavTEç ot ayysXot Trj TSTxypEvr] topa aTcavxoKjiv ci; ^posxuv^aiv xto ©sto repoasvsyxEîv éxàaxr;; 7)pt£paç xà spya xcov àv-JptÔTZtov [Tischendorf, § 8, p. 38],
le latin donne [James § 8, p. 25] :
Cura ergo occiderit sol prima hora noctis, in eadem hora angélus uniuscuiusque populi et uniuscuiusque viri et mulieris, qui protegunl et conservant eos , quia imago \dei est hotno ; similiter etiam et hora maiulina quae est duodecima noctis omnes occurrunt deo angeti uirorum et mulierum adorare deum et offerre omnem operam
(1) TtaXiv oi àXXo auvxayp-axojv TcXàxxouatv sç ovopaxoç rcauXou tou à~ . âppT|Toupyt'a; è'u-Xstov, tô xal ol rWaxixol XsyapiEvoi ^ptovxat, 6 ’Ava^axtxov xiaéXou xaXouai, xrjv 7tpo©aaiv Eupobxsç... (II, Cor. 12, 4) Atôaaxouai Ssxauxa..., xoù; Tcovrjpoùç xipuovxsç, xal xoù; ccyaOoù; à“ayopeuovxe; . . . [de Caianis Epiphane : Adv. haer ., 3, P. G. ,41, 656 D.J. Peut-être est-ce ce texte, peut-être est-ce le suivant que vise S. Augustin : Qua occasione vani quidam Apocaîypsim Pauli, quam sana non recepit Ecclesia, nescio quibus fabulis plenam, stultissima praesumptione fînxerunt (II, Cor., 12, 4). [In Joan., t. 99, 16, P. L. 35, 1885.]
(2) xrjv... vuv tbç 5 AtzoxxàuT.v IIxuXou xou ocTtoaxoXou ©spofxévTjv, oùBslç
apyaiojv st8s, TïXstaxot povaytov STïaivouaiv . 1 2 3Etù xauxr,ç 8s xr(ç (3aaiX£ia; •KjyyipîÇovxai xivs; xauxrjv riupr\i Jai X7]v (3l6Xov . Aéyouai yàp sx Qsla; S7ugpav£ia; sv Tapcto x/]; KiXixia; x axa xrjv o’.xtav IlauXou, p.apu.ap(vr,v Xapvaxa urcô yàjv £up-6fjvat xal s v aùxy xt]v (3i6Xov sivat. ’Epogsvw 8 é poi r:ep\ toutou '|eu8o; £©r(a£V sivai y. t'XtÇ 7ip£a6ux£po; xrjç îv TapatjS sxxXr]a/aç...ôaup.àÇ£tv te si pr] xà8£ xpôç aîpsxixtov
àva7UE7cXaaxat. [Sozomène, VII, 15. P. G. 67, 1480.]
(3) A. Tischendorf: Apocalypses apocryphae Mosis Esdrae Pauli Johannis, item Mariae dormitio... Lipsiae, 1866, p. 34 sq. — Nous avons un texte syriaque, intermédiaire entre le latin et le grec : il donne Job, mais non Loth, ignore Temelouchos.