LÉ RI NS
quam operahis esl unusquisque honio siue bona sine mcila. Omni auîem die ac nocle racionem omnium actorum humani generis offerunt angeli deo...
Ne semble-t-il pas qu’on veuille se servir ici de l'idée d’ange gardien comme d’un levier afin de promouvoir lavie morale etreligieuse du peuple? On pense à la version mombritienne de Vitus (1) ; et l’on se rappelle comment les Lériniens ont voulu faire servir la Légende chrétienne à l’édification des âmes, et combien Cassien, leur maître, s’est intéressé à la théologie des anges, et comme l’histoire de l’édition pseudo-hiéronymienne de l’Ecriture paraît se rattacher à Lérins. Est-ce que notre version de l’Apocalypse de Paul aurait même origine que certains gestes de martyrs et certains prologues bibliques ?
Certains détails font en effet penser aux Lériniens ou àCésaire. On garde précieusement, dans la version latine, le passage du grec qui affirme l’identité de l’eucharistie avec le corps de Jésus (2) ; mais, à la différence du grec, le latin revient sur la même idée à un autre endroit :
Oui dimersi sunt usque ad umbilicum, hi sunt qui, cum sumpserunt corpus et sanguinem Christ i..., fornicant... usque quo morerentur (3).
Certains traits nettement anti-manichéens sont propres au latin : tels ceux qui affirment le libre arbitre ou combattent les jeûneurs orgueilleux (4), ceux qui insistent sur la chair du Christ (5), sur le pouvoir qu’a le corps de vivre la vie éternelle (6) et sur l’identité des deux révélations (7).
On sait combien Césaire se préoccupait des très immondes hérétiques et des communions sacrilèges.
(1) G. M. R., II, 166. Voir P. L. 59. 315. 348, S. Avit montre les anges portant les prières au ciel [de même S. Augustin : Ep. 140. 69].
(2) James, p. 34, § 41 ; Tischendorf, § 41, p. 62.
(3) § 31, James, p. 29 ; voir Tischendorf, p. 57.
(4) Voir supra.
(5) § 41. Ici et là, l’idée générale est la même, mais le grec insiste sur la tkoio/.o; [Tischendorf, p. 62], le latin sur Christum aenisse in carne [James,
(6) § 45, p. 38. Omnes... precati sunt... ut uenires hic in corpore... ;
uolumus... uidere eum in carne constitutum [rien p. 64 dans Tischendorf] .
(7) § 47 [Tischendorf, p. 65], [James, p. 38, 30-31].
Noter que le latin s intéresse plus que le grec à P histoire d’Israël : il parle seul de Loth et de Job, d’Ezéchiel, Amos, Miellée, Zacharie [J 25, 49], seul il distingue les deux groupes de prophètes [§ 25].
l’édition pseudo-hiéronymienne de la bible
La Visio nous montre les souffrances de ceux qui cinie constituta ora soluunt ieianinm [§89]: pareil trait s’explique sans peine si elle sort d’un milieu monastique, tel que les milieux lériniens. — Le rédacteur de la Visio n’hésite pas à mettre en enfer les païens charitables (1) : hi sunt de gentibus qui fecerunt elemosinas et dominum deum non cognoverumt [ §4o p. 32]. Saint Césaire n'était pas plus tendre en pareil cas. Avant la venue du Christ, pense- t-il, « les nations 11’ont pas obtenu le don de la grâce, et semblables aux vases vides que la veuve de l’Écriture emprunte à ses voisins, elles n’avaientni foi, ni charité, ni bonnes oeuvres. Vicini illi inide uasa petebantur populum gentium figurabant. — Ouae tamen uasa uacua exhibebantur... quia omnes gentes , ante quam donum graliae consequantar fuie et caritate et bonis operibus uacuae esse probant ur » (2).
Il est vraisemblable que notre version a pour patrie Lérins, et qu'elle date d’un temps où l’augustinisme a refoulé l’influence de Cassien (3), c’est-à-dire du début du sixième siècle, environ.
(1) On insiste tout particulièrement sur les devoirs envers les veuves, les orphelins, les voyageurs.
(2) Sermon 42. 2, P. L. 39, 1828. Cité par Lejay, dans son étude sur s. Césaire, R. H. L. R. 1905, 232. Lire toute la page.
(3) Noter que, si c’est l’influence augustinienne qui fait damner les païens charitables, c’est l’influence anti-augustinienne de Cassien qui fait accepter la théorie du mensonge pieux, support de toute cette littérature. [Le Parisinius , 1631, N. A., se rattache, directement ou non, à saint Zénon de Vérone.]
Peut-être faut-il dire que la version latine est contemporaine de Cassien, et que les traits qui dénoncent le temps de Césaire ont été rajoutés plus tard. La découverte du livre de Y Apocalypse de Paul rappelle assez la découverte des deux livres qui disent les gestes de Gervais-Protais et les gestes de Nazaire-Celse [G. M. R., II, 38 et 66. Un Volusien est cité dans Pontius] : d’autant que, ici, la découverte est encore datée du règne de Théodose et que, là, elle est suggérée par une vision, laquelle se répète trois fois et manifeste, sinon un ange, du moins s. Paul lui-même. Est-ce que notre texte n’a pas inspiré les rédacteurs de Gervais-Protais et de Nazaire-Celse ? Est-ce qu’il n’y en aurait pas eu deux éditions (début du cinquième, début du sixième siècle) ? — Le plus vraisemblable est pourtant que les rédacteurs de Gervais-Protais et de Nazaire-Celse dépendent d’une version grecque de Y Apocalypse de Paul.
[Noter encore que les gestes de Félix et Fortunat de Valence semblent s’intéresser au mot alléluia (§ 5 : « quisnam sonus aurium mearum sécréta percussit, 23 avril 99) ; leur rédacteur connaissait-il notre apocalypse ?]
Noter le passage bizarre touchant les filles de Loth : que le passage fameux de la Genèse ait alors aussi provoqué les recherches des exégètes, c’est ce que prouve, par exemple, la réflexion de Primasius : Comm. in Apoc., II, P. L. 68, 827 B. : « sed etiam in ipso Loth... aliud aliquid figuratum est. »
Le latin date l’événement de Theudosio Augusto minore et Cynegio,