LETTRE DE LEON A THORIBIUS
i. Primo itaque capitulo demonstratur quam impie sentiant de Trinitate divina, qui et Patris et Filii et Spiritus Sancti unam atque eamdem asserunt esse personam, tamquam idem Deus nunc Pater, nunc Filius, nunc Spiritus Sanetus nominetur...
collection Quesnel, où se retrouve la lettre, contient des textes espagnols qui se rapportent au Priscillianisme. — 8. L'abrégé espagnol annonce la lettre au numéro 87 de la table des matières qui se lit en tête, mais il ne la reproduit pas; c’est donc qu’elle n’existait plus. — 9. En 527, Montanus de Tolède s’appuie sur les livres de Thoribius, non sur la lettre du pape ; preuve qu’elle n’existait plus. — Et l’on rappelle que la lettre de Thoribius à Hydace a été arguée de faux par Baluze, et que le symbole de Pastor a passé jusqu’à une époque très récente pour la confession de foi d’un concile de Tolède (400 ou 447). Et l’on explique que l’objet du pseudo-Léon était de collaborer avec les Pères de Braga et de terrasser l'hérésie ; et que l’idée de son faux lui a été suggérée par la disparition du texte authentique et par le passage d’Hydace qui en atteste l’existence.
Ces critiques ne paraissent pas fondées. 1. Le parallélisme des canons de Braga et de la lettre de Léon est, en général, incontestable; il souffre néanmoins huit exceptions, dont on trouvera plus loin [p. 109] la liste, et qui, toutes, semblent déceler l’antériorité de la lettre par rapport aux canons. — Voici qui est très remarquable : Lucretius rappelle explicitement, quia eo ternpore... beatissimus papa urbis Rornae Léo... per Turibium nolarium sedis suae ad synodum Galliciae conlra impiam Priscilliani seclam scripta sua direxit [Mansi, IX, 778] : par ces scripla Leonis — le texte d’Hydace [voir supra, p. 14, n. 1] nous invite à le croire — ne peut-on penser qu’il désigne entre autres choses la lettre à Thoribius ? Peut-être y a-t-il, sur un point, contradiction entre la donnée d'Hydace et la donnée de Lucretius : d’après l’un, c’est Pervincus, diacre de Thoribius, qui apporte les scripla Leonis; d’après l’autre, c’est le notaire romain Turibius. Cette contradiction prouve du moins que Lucretius ni le rédacteur des actes de 563 ne dépendent d'Hydace. — 2. On trouvera p. 16 et p. 62 le texte du 2e chapitre de Léon et du 2e canon de Braga touchant les processions d’éons. Le texte de Léon ne commet pas la bourde d’attribuer à l’arianisme la théorie des éons, il prétend que cette théorie appuie, favorise [ suffraganlur ] la théorie arienne, et qui voudrait le contester? Du reste il la juge d’abord en elle-même, et c’est en elle-même qu’il la condamne comme ineptum vanumque commentum ; sa réflexion touchant les Ariens est expliquée par le mot quoque et parce qu’il a dit d’abord que Priscillien rappelle Sabellius. — 3. L’objection n’a sans doute pas besoin de réponse. — 4. Le prestige de saint Augustin, qui admet le recours à la force, n’est pas moindre que le prestige de saint Martin ou de saint Ambroise. Nul, plus que saint Léon, n’était porté à se servir du pouvoir civil. Niera-t-on qu’il y ait un rapport entre la découverte de 443-444 et la constitution de Valentinien III contre les Manichéens? (Voir la lettre aux évêques d’Italie, In consortium vos. P. L. 54, 621. Notamment la phrase Aliquanti vero...). Oublie-t-on l’affaire de Chetidonius et d’Hilaire ? — 5. L'idée de Vulroque est antérieure au terme lui-même, et commune. Je remarque, d’autre part, que Léon, lorsqu’il écrit, vient de lire un libellus de Thoribius : n’est-ce pas sous l’influence de cette lecture qu’il écrit utroque ? Le mot se retrouve à cette époque dans le texte de Pastor. — 6. Notre lettre quam laudabililer se trouve à sa place dans ï’Hispana , parmi les décrétales de saint Léon, après celles qui touchent au dyophysisme, immédiatement avant la lettre consortium vos adressée aux
LE NÉO-MANICHÉISME AU TEMPS DE SAINT LÉON
2. In secundo capitulo ostenditur ineptum vanumque commentum de processionibus quarumdam virtntum ex Deo, quas habere coeperit et quas essentia sui ipse praecesserit. In quo arianorum quoque suffragantur errori, dicentium quod pater fdio prior sit, quia fuerit aliquando sine Filio, et tune Pater esse cœperit quando Filium genuerit.
évêques d’Italie au sujet des Manichéens [Maassen : Geschichte der Quellen und der Litteratar des ccinonischen Rechis im Abendlande , I, 1870, 694, 703] : elle est suivie par les textes de la Dionysienne. — Les objections 7, 8 et 9 n’ont aucune portée.
Du reste, la théorie de Künstle souffre des difficultés. 1. Les manuscrits témoignent en faveur de l’authenticité de la lettre. On la trouve dans des collections canoniques qui n’ont pas, comme l’Hadriana ou la collection Quesnel, une couleur particulièrement espagnole : celle par exemple du ms. de Freising, de celui du Vatican, de celui de Chieti, etc... (Voir la liste complète dans Maassen, I, 260). On la trouve dans les deux meilleurs ms. des lettres de saint Léon, lesquels n’ont aucun caractère espagnol : le Vaticanus Reg. Suec. 1997 [P. L. 54, 553-554], et le Corbeiensis [P.L. 54, 555-556], [mais non dans le Vaticanus 1342. — Maassen, I, 519-520; P. L. 54, 555-556], sans parler de la collection Quesnel. Et je note encore qu’elle se lit dans les recueils particuliers des lettres de Léon [P. L. 54, 677, note c et 570, 573-576]. — 2. Les actes du concile de Braga et la lettre de Léon divergent en deux points : a. le concile, dont saint Léon ordonne la tenue, doit réunir episcopos Tarraconenses , Ccirthaginenses , Lusitanos atque Galliccs, et, s'il y a obstacle , les seuls sacerdotes gallici se réuniront in unum [d’après la lettre P. L. 54, 692] ; les actes de Braga portent: ( Leonis ) praecepto Tarraconenses et Ccirthaginenses episcopi, Lasitani quoque et Baelici facto inter se concilio... ils ajoutent qu’il y eut aussi à ce moment un synodus gallicicie [Mansi, IX, 773]. Si la lettre avait été fabriquée d’après les canons, on lirait dans la lettre : ordre de réunir deux conciles, un en Galice, un autre pour la Tarragonaise, la Carthaginoise, la Lusitanie et la bétique. Saint Léon n’a pas mentionné la Bétique [Tillemont, XV, 454]. 6. d’après la lettre, les deux évêques les plus qualifiés de la Galice sont Hydace et Ceponius ; d’après les actes de 563, c’est Balconius. Si la lettre avait été fabriquée d’après les canons, on lirait dans la lettre : Galliciae saltem in unum convenicint sacerdotes quibus congregandis [rater nosler Balconius imminebit , conjuncta cum eo instant ici tua. On y lit : Quibus congregandis fratres nostri Idatius et Ceponius imminebunl [P. L. 54, 692, A. B.]. — 3. La lettre demande [688, A.] qu’on brûle les Ecritures hérétiques: coutume qui est attestée solidement à Rome [Voir infra p. 39] plutôt qu’en Espagne. L’auteur doit être Romain. — 4. La lettre distingue notamment [678, B.] epistolae ( familiaris ) sermo , et commonitorii sériés, et libelli textus. Si l’auteur est un faussaire, ne faut-il pas voir ici l’amorce de trois pièces annexes qu’il aura fabriquées de même et qui se seront transmises avec son texte. Où sont-elles ? — 5. La lettre explique [680, A.] les progrès de l’hérésie priscillianiste ex quo multas prouincias hoslilis occupauit irruptio et executionem legum* tempestates inter clusere bellorum. Je trouve une idée toute voisine dans un sermon non contesté de saint Léon : ( Manicheos ) aliarum regionum perlurbatio nobis intulil crebriores [Sermon 16 (15), § 5. P. L. 54, 179]. On sait que saint Léon voit, dans les Priscillianistes et les Manichéens, les mêmes hérétiques ou à peu près. — 6. La lettre cite explicitement, à deux reprises, l’affaire des Manichéens romains de 443-444 ; elle rapproche très souvent les Manichéens des Priscillianistes [682, B. ; 682, G. ; 689, A. B. ; 683, C. ;