SECONDE VERSION DES ENFANCES
tances de la naissance du Seigneur : « Salut, Marie, vierge du Seigneur, vierge pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes, entre tous ceux qui sont nés jusqu'à ce jour... Vierge, vous enfanterez sans péché, vous enfanterez un fils ; on l'appellera le Fils du Très Haut , et son règne n'aura point de fin... » — « Comment cela ? Je ne connais point d'homme ; mon vœu me le défend. » — « Vous ne concevrez point comme les enfants des hommes. Sans vous unir à l'homme, vierge vous concevrez, vierge vous enfanterez, vierge toujours vous nourrirez. L' Esprit-Saint surviendra en vous et le Très-Haut vous couvrira de son ombre puissante. Ce qui naîtra de vous sera donc saint : car, seul, ce Fils aura été conçu sans péché. » — Les mains levées, les geux au ciel : « Voici la servante du Seigneur, répond Marie ; qu'il soit fait selon votre parole. » — Il serait très long, et peut-être ennuyeux, de raconter dans ce petit livre toutes les merveilles qui ont précédé ou suivi la nativité. Négligeant ce que I Evangile détaille, venons-en à ce qu'il saute. Au bout de quatre mois, Joseph arrive de Judée, au moment où l'on s'aperçoit de la grossesse de Marie. Joseph est indigné ; il ne sait que dire. Il va faire, en secret, dissoudre le mariage, quand l'ange du Seigneur lui apparaît en songe : « Ne soupçonne pas la Vierge, clit-il ; n hésite pas à l'épouser ; l'enfant qu'elle porte est le fds, non d'un homme, mais de I Esprit-Saint. Tu rappelleras Jésus, cest-àdire Sauveur : car il sauvera son peuple de ses péchés. » Joseph épouse donc Marie, mais il respecte sa virginité. Neuf mois après la conception, ils vont à Bethléem, sa patrie; et c'est là que, quand le jour est arrivé, elle met au monde son fds premier-né, comme nous I apprennent les saints évangélistes, Notre Seigneur Jésus-Christ qui vit et règne avec le Père et le Fils et l'Espjrit- Saint, lui qui est Dieu, dans tous les siècles des siècles (1).
Aussi bien que le texte précédent, ce texte se présente comme la traduction, faite par saint Jérôme, d’un prétendu livre écrit par saint Matthieu, afin de réfuter l’ouvrage hérétique de Leucius sur la nativité de Marie; le prologue prétend être, comme le prologue précédent, une réponse de Jérôme à la lettre de Chromatius dont il a été question déjà.
Ici comme dans la première version, l’anonyme se propose d’arrêter la diffusion d’un livre hérétique, quodam libelto... milita
LA LÉGENDE DE JESUS
in eo falsa inaeniri. — Et cette hérésie est celle même qui fait horreur à l’auteur de la première version : celle que défend Leucius. 11 est certain, en effet, que notre Seleucus est une faute de texte et qu’il faut corriger Leucius : paléographiquement, l'erreur est facilement explicable ; et la proposition qui passiones ctpostolorum conscripsit achève d’assurer la restitution. Le livre hérétique de Leucius a le même sujet, ici et là : de nativitate Marine.
Bien qu’on applique ici au de natiuitate ce que la première version dit des gesta apostolorum ( de iiirtutibus liera dixit , de doctrina uero eorum plura mentitus est), les deux prologues, jusqu’à présent, sont exactement parallèles.
Voici qu’ils s’accordent en un point capital. L’auteur craint que son livre ne passe pour apocryphe et ne soit rejeté comme tel. Il prétend donc traduire un livre authentique de l’apôtre et évangéliste Matthieu : proindeul in hebraico habetur uerbum ex uerbo transferre curabo , si quidem sanctum euangelistam Matthaeum eundem libelliim liquet composuisse.
Ce prologue présente les mêmes caractères que le prologue de la première version : il est probable qu’il a la même date que lui.
Je remarque, du reste, qu'il paraît être encore plus étroitement apparenté au concile pseudo-damasien : certaines expressions que je relève ici et là ont exactement la même couleur. La première version prétend, non pas à la canonicité , mais à l'authenticité; notre seconde version n’émet que des prétentions beaucoup plus modestes : elle ne réclame plus aussi catégoriquement l’authenticité ! quocl an uerii/n sit... ; ut haec dubia esse pronuncio , ita liquido falsa non affirmo. .. ; siue haec uera sint siue ab aliquo conficta... Pressez un peu l’auteur : il vous confessera sa fraude et reconnaîtra que son texte est apocryphe. Quel besoin avait-il donc d’aller chercher un prétendu livre de saint Matthieu, et pourquoi l’a-t-il fait? Ayant commencé de mentir, pourquoi n'a-t-il pas menti jusqu’au bout? C’est, j’imagine, qu’il ne pouvait pas, de gaîté de cœur, renoncer au prestige que devait donner à sa prose le patronage de saint Matthieu. Et c’est, d’autre part, qu’il écrivait à la même époque, et dans les mêmes circonstances, que l’auteur du texte damasien : les apocryphes pullulaient; le sien, c’était à craindre, n’aurait pas plus de succès et n'obtiendrait pas plus de crédit que les autres. Notre homme est sur le point d’avouer. Et ce remords à moitié vainqueur ne