DATE DU SECOND PROLOGUE
laisse pas que d’être piquant. Comment expliquer autrement, et ces prétentions à l’authenticité qu’implique la fiction du pseudo- Matthieu, et ces demi-aveux que je relève : sine haec liera sint , sine ab ciliquo conficta... ?
Voici qui ne décèle pas moins curieusement l’influence de pseudo-Damase. Après avoir confessé ses doutes, l’anonyme poursuit : ce que tous les croyants admettront, c’est qu’il y a eu de grands miracles au moment de la nativité, c’est que Dieu a le pouvoir de faire de ces miracles, comme ceux que je raconte. Illnd autem libéré dico , quod fidelium neminem negaturum puto, sine haec liera sint sine ab aliquo conficta , sacrosanctam s. Mariae nat iuit atem magna miracula prciecessisse..., et idcirco . .. ab his qui Deum ista facere posse credunt... Pareillement, lorsqu’il parle des gestes des saints martyrs et.de leurs admirables triomphes, l’auteur pseudo-damasien fait appel à la foi de ses lecteurs, en même temps qu'à l’idée de la puissance infinie de Dieu , pour leur faire accepter les miracles qui émaillent les passions des martyrs : Gestci martyrum... mirabilibus confessionum triumphis irradiant. Quis ista Catholicorum dubitet majora eos in agonibus fuisse perpessos , nec suis viribus secl Dei gratia et adjuto-
RIO (l) ?
11 est très vraisemblable que le prologue de la seconde version du pseudo-Matthieu-pseudo-Jérôme est postérieur au premier et qu’il l’utilise; mais qu’il a néanmoins à peu près la même date et la même origine.
Pourquoi donc a-t-il été rédigé ? Ou, en d’autres termes, qu’est-ce que la seconde version comparée à la première ? — J’y vois un abrégé (2), né — comme tous les textes de ce genre — du désir de faire court : la première version était un peu ongue et, vers la fin, assez bizarre.
Notre version courte est-elle antérieure à son prologue, ou orme-t-elle corps avec lui, et a-t-elle même date que lui ? — Elle
(1) P. L. 59, 171-172. [Codex Vaticanus Fontanini.]
(2) Il y a quelques contradictions entre le texte long et le texte court. Dans le texte court, le prêtre qui est au premier plan s’appelle Isachar, non Abiathar ; c’est Isachar, et non Ruben, qui reproche à Joachim sa stérilité ; Marie a sept, non cinq compagnes; on ne dit rien ici de l'enfance de Jésus, des enfants de Joseph, ni de l’ordalie par l’eau, etc... On explique ici, très gauchement, que Joachim et Anne n’usaient pas du mariage. L’analyse du texte long faite plus haut donne la plupart des traits qui sont omis par le texte court.) — Il n’est pas sûr que notre texte court ait été rédigé d’après notre version du texte long.
LA. LÉGENDE DE JESUS
affirme la virginité de Marie in partu , ante et post partum (1) : c’est, évidemment, un écho des polémiques de saint Jérôme et d'Helvidius. Elle entoure la Vierge Marie de sœurs de lait, collactaneae (2). Elle emploie la formule longam forte et quibusdam taediosum erit si... cuncta... insérer e iioluerimus (3). Elle cite le passage d’Isaïe sur les sept esprits de sainteté (4), qui inspire le début de pseudo-Damase. Surtout, elle lie fortement l’idée de péché et l’idée de procréation (5) — en quoi elle suit la tradition augustinienne, — tout en racontant, avec une intention antimanichéenne, peut-être, l’histoire de Joachim renvoyé par Isachar parce qu’il n’a pas d’enfant: interrogans cur inter fecundos infecundus ipse stare praesumeret, dicens : mimera nequaquam Deo digna posse uideri quem ipse proie indignum judicasset, Scnptura dicente : maledictum omnem esse qui non genuisset masculum in Israël. Dicebat ergo prius eum ab hac maledictione , sobolis generatione solvendum (6)...
Cette version a peut-être été rédigée dans la première moitié du cinquième siècle ; peut-être aussi date-t-elle du début du sixième et est-elle contemporaine de son prologue : je n’en veux pas décider. Dans le premier cas, on a écrit le prologue en rééditant la version courte , et afin de lui assurer bon accueil ; dans l’autre hypothèse, on a rédigé la version courte (et son prologue) parce que l’on trouvait l’autre version un peu trop longue (7).
(1) Virgo concipies, uirgo paris, uirgo nutries. § 10. [P. L. 30, S04, B.]
(5) Virum numquam cognoscet ; sed sola, sine exemplo, sine macula, sine corruptione, sine virili commixtione, uirgo filium... generabit, § 5. — P. L. 30, 300, C. Voir Censurinus.
(6) § 3. — P. L. 30, 299, A. — Ce passage semble venir de saint Jérôme : aduers. Jovinicinum. On ne le trouve pas dans la Bible : cf. pourtant, Exod. 23, 26 ; Deuleron., 7, 14.
(7) L’histoire des gestes apostoliques présente un phénomène du même genre.
Il arrive que la version courte du pseudo-Matthieu soit dépourvue de tout prologue ; il arrive qu’elle reproduise le prologue de la version longue. Il serait imprudent de vouloir fixer lequel des deux prologues était primilivemenî attaché à chacune des deux versions.
D’autant que voici un troisième texte du même genre, qu’on a retrouvé, en tête de la version courte accompagnée de la lettre petistis a me ut uobis rescribam, dans le Codex Paris. Cat. 1864 [du quatorzième siècle].
« Incipit prologus sancti Hieronymi de nativitate sanctae Mariae. Petis a me petitiunculam opéré quidem leuem, sed cautela falsitatis admodum gravem. Postulas enim ut stilo digeram, si quid alicubi forte de nativitate sanctae ac beatissimae virginis Mariae usque ad incomparabilem eius partum et prima Christi rudimenta inveni. Bes quidem actu non difficilis,