‹ Le néo-manichéisme et la légende chrétienneChapitre 122 sur 185 · MORT DE LA VIERGE · texte numérisé non relu

MORT DE LA VIERGE

Comme nous avons conservé deux remaniements catholiques de l’Enfance de Marie, ainsi nous avons retrouvé deux versions catholiques des vieux textes qui content sa mort. Nous ne dirons rien de la première : on n’a aucune raison d’en placer l’origine à l’époque que nous étudions (1).

sed periculo, ut dixi, ueritatis admodura praesumptuosa. Nam hoc quod a me nunc cano capite exposcis, adulescentulum me in quodam libelle, qui in manus meas incidit, legisse noris ; et ecce tanti temporis intercessu etaliarumnon levium rerum interventu facile aliqua memoria elabi potuerunt. Unde non injuste argui possum, aliqua, si tuae petitioni obtemperavero, aut praetermittere aut addere aut mutare. Quod ut fieri posse non nego, sic me ex voluntate facere non concedo. Itaque tam tuis votis satisfaciens quam legentium curiositaii consulens, tam te quam quemlibet lectorem moneo memoratum libellum, si bene memini, quantum ad sensum pertinet, hujusmodi praefationem habuisse.

Ce texte [B, H. L. 5345. — Calai. Paris , I, 92] ignore Leucius et Matthieu ; pseudo-Jérôme ne dit pas qu’il veut réfuter un livre hérétique. Son objet est de raconter la nativité de la Vierge d’après un livre qu’il a lu autrefois, lorsqu’il était jeune. Mais il ne garantit en rien l’exactitude de ses souvenirs ; il affirme seulement sa loyauté dans une entreprise aussi délicate. — Malgré les différences qui séparent ce prologue des deux autres, il leur est certainement apparenté : il leur est sans doute postérieur, et date d’une époque [d’un pays] où le péril manichéen s’était atténué. De là, sans doute, la disparition de Leucius et de Matthieu.

— Est-ce à cette littérature que se rattachent les apocryphes dont parle Jacques d’Edesse et qui donnent pour père à Joachim Panthir, frère de Melchi et fils de Jani, lequel, par sa femme, se rattache à Lévi ? [Voir l’article de Nau : Revue de l'Orient chrétien , VI, 1901, 512.]

— Je me demande si ce n’est pas au mouvement religieux que cette histoire littéraire décèle qu’il faut rattacher la fixation des dates et l’institution des fêtes que je lis dans le Bernensis :

7 janvier : eductio Jesu de AEgypto ;

1er mai : initium praedicationis clomini ;

24 septembre : Johannis Baptistae conceptio ;

5 janvier : Symeon Senex.

On sait le caractère romain du Bernensis.

(1) Tischendorf : Apocalypses Apokryphae , 1876, 113. Liber a Josephoab Arimathea. « In tempore illo antequam Dns ad passionem veniret et. inter multa verba... » L’histoire que conte le texte est à peu près la même que celle dont pseudo-Méliton a le patronage. Ce texte n’est-il pas une vulgate de pseudo-Méliton : noter la liste des apôtres qu’on y trouve, et qui nous parle de Barnabé, de Nicodème et de Maximien ? noter aussi l’épisode de s. Thomas qui voit monter le corps et reçoit la ceinture de la Vierge.

LA LÉGENDE DE JESUS

La seconde est certainement apparentée aux prologues pseudo-hiéronymiens du pseudo-Matthieu. C’est une prétendue lettre de Méliton à ses frères de Laodicée.

Méliton , serviteur du Christ, évêque de l'église de Sardes à nos vénérables frères de Laodicée , paix et salut !

J'ai souvent écrit au sujet de Leucius qui, comme nous-même , a partagé la vie des Apôtres et a introduit tant d’erreurs dans les livres où il disait leur histoire. Ses récits de miracles sont exacts ; mais la doctrine quil leur attribue est mensongère : il prétend appuger sur leurs paroles ses abominables théories. Et il ne s'en est pas tenu Ici! Il a encore raconté la mort de la bienheureuse Marie mère de Dieu, de telle façon que c’est un crime, non pas même de la lire, mais de l'entendre seulement , Aussi, quand vous nous avez demandé d' écrire ce que nous avons entendu dire ci l’apôtre Jean , nous avons écrit ( nos souvenirs) tout simplement ; nous les envogons à vos fraternités. Nous n acceptons pas les dogmes des hérétiques ; nous crogons au Père dans le Fils, au Fils dans le Père, ci Ici triple et permanente Personne cle la Divinité substantiellement indivisée. Nous n acceptons pas non plus les deux natures humaines, la bonne et la mauvaise ; nous crogons qu'il n g ci qu’une seule nature {foncièrement) bonne, créée par Dieu, corrompue par la ruse du serpent et Ici faute {d'Adcim), réparée par la grâce du Christ (1).

Donc, lorsque le Seigneur et Sauveur Jésus-Christ était suspendu sur Ici croix et crucifié pour le salut du monde, il confia Ici Vierge à Jean qu’il aimait d'une façon particulière : seul parmi les apôtres Jean était vierge. Au moment ou ils se partagent le

(1) « Melito servus Christ! episcopus ecclesiae Sardensis uenerabilibus in domino fratribus Laodiceae constitutis in pace salutem. Saepe scripsisse me memini de quodam Leucio , qui nobiscum cum apostolis conuersalus alieno sensu et aninio temerario disceclens a via iustitiae plurima de Apostolorum Actibus in libris suis inseruit. Et de uirtut ibus quidem eorum mulla et uaria (liera) dixit, de doclrina uero eorum plurima mentitus est , asserens eos aliter docuisse et stabiliens quasi ex eorum uerbis sua nefanda argumenta. Nec solum sibi sufficere arbitratus est, uerum etiam transitum beatae semper Virginis Mariae genitricis Dei ita impio deprauauit stilo ut in ecclesia Dei non solum legere sed etiam nefas sit audire. Nos ergo uobis petentibus quae ab Apostolo Iohanne audiuimus, haec simpliciter scribentes uestrae fraternitati direximus, credentes non aliéna dogmataab haereticis pullulantia, sed patrem in filio,filio in pâtre , deilatis et indiuisae substcinliae trina manente persona : neque duas hominis naluras conditas, bonam scilicet et malam, sed unam naturam bonam a Deo bono conditam, quae dolo serpentis est vitiata per culpam et Christi est reparataper gratiam. [B. H. L. 5851. — P. G. 5, 1231-1232].

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