‹ Le néo-manichéisme et la légende chrétienneChapitre 123 sur 185 · LÀ MORT DE LÀ VIERGE · texte numérisé non relu

LÀ MORT DE LÀ VIERGE

monde, la Vierge s'établit donc chez les parents de Jean sur le Mont des Oliviers ; et cesl là, vingt-deux ans après V Ascension, qu'un ange lui apporte une palme du paradis dans un flot de lumière: « Salut, 6 femme bénie du Seigneur ! Voici que ton Fils t'attend dans trois jours, entouré des Trônes et des anges et de toutes les vertus du ciel! » — « Je demande, répond Marie, que se rassemblent près de moi tous les Apôtres de Mon Seigneur Jésus-Christ. » — Ils arrivent, en effet, par un effet de Sa puissance. — « Je demande encore ta bénédiction pour qu'aucune puissance infernale ne m'assaille et pour que je ne voie pas le prince des ténèbres quand mon âme quittera mon corps. » — « Aucune puissance d'enfer ne te touchera ; tu es protégée , non par moi, mais par Celui que tu as porté dans ton sein. » Et il disparut. Marie change de vêtements, et prie le Seigneur. Or, comme Jean prêchait à Ephèse, un dimanche, à la troisième heure, un nuage l'enlève et le porte chez la Vierge. .Puis arrivent tous les apôtres , venus des pays qu'ils évangélisent , ainsi que Paul et Barnabé : ils se demandent pourquoi ils sont venus. Mais la Vierge Marie met Jean au courant et le prévient que les Juifs veulent brûler son corps ; et Jean , à son tour, informe les Douze. Tous viennent saluer la Mère e/e- Notre Seigneur et lui disent comment ils sont venus chacun sur un nuage ; puis ils se mettent en prières et voici que , le troisième jour , Jésus arrive à la troisième heure avec une multitude d'anges : « Viens , dit-il , loi que j'ai choisie, toi la plus précieuse des perles », et, après qu'il l'a rassurée au sujet des attaques du démon , qu'il a vaincu sur cette terre, elle se couche sur son lit, rend grâces au Seigneur et rend l'esprit. Les apôtres voient une lumière étinceler , si blanche qu aucune langue humaine ne la peut décrire. Marie est reçue au ciel par saint Michel, le chef du paradis [praepositus paradisi J et le prince de la nation des Juifs ; Gabriel raccompagne . Son corps est porté à l'orient de la ville, dans un monument neuf ; trois vierges le lavent ; la lumière qu' il répand est si étincelante qu elles ne le voient pas. Pierre, le chef des apôtres [praecedi(t) in apostolatu], porte le corps, aidé par Paul ; Jean porte la palme qu'a donnée l’ange, et l'Armée des anges escorte le cortège qui chante Alléluia. Lorsque le prince des prêtres veut jeter le corps à terre, ses mains se dessèchent et adhèrent au lit mortuaire : il est torturé par d' effroyables souffrances. « Sauve-moi », dit-il à Pierre. — « Crois au Fils de celle qui était restée vierge après avoir enfanté. » Il croit, il baise le lit funèbre, et ses souffrances le laissent. Pareil -

LA LÉGENDE DE JESUS

lemenl sont guéris tous tes Juifs qui se convertissent : les anges les avaient aveuglés. Cependant , les apôtres parviennent à la vallée de Josaphat et ensevelissent Marie dans un sépulcre neuf. Arrive le Seigneur entouré de ses anges : Pierre, au nom des apôtres , lui demande la résurrection de la Vierge. Michel archange apporte son âme , Gabriel roule la pierre du tombeau, et Marie se lève à l'appel de son Fils : le contact de l’homme ne l'a pas souillée, elle ne connaîtra donc pas la corruption du tombeau. Elle bénit le Seigneur et l'adore , et le Seigneur lui donne un baiser ; les anges la portent au paradis , tandis que les Apôtres, après avoir reçu le baiser du Seigneur , le voient remonter au ciel sur un nuage entouré des anges qui portent Marie Mère de Dieu. Les apôtres reviennent chacun au pays qu il évangélise, louant Notre Seigneur Jésus-Christ qui vit et règne avec le Père et l' Esprit-Saint dans limité parfaite et l’unique substance de la divinité , dans les siècles des siècles. Amen (1).

Le prologue de pseudo-Méliton offre cinq points de contact avec les prologues de pseudo-Matthieu. Ici et là, le prologue est rédigé sous forme de lettre; les évêques réunis à Laodicée jouent ici le rôle que tiennent, là, Chromatius et Héliodore : ils poussent à écrire un grand personnage de l’Église (2). Ici et là, Fauteur anonyme se propose de réfuter un livre hérétique bourré d’abominables blasphèmes dirigés contre la Vierge. Ici et là, Fauteur du livre combattu est Leucius, l'auteur des gestes des apôtres. Ici et là, on distingue les récits miraculeux de Leucius — qu’on approuve — , des expositions doctrinales qu’il attribue aux apôtres, — que l’on condamne. — Ici et là, on désigne comme manichéenne l’hérésie qui souille les livres de Leucius: la théorie des deux natures de l’homme, l’une bonne et l’autre mauvaise, est un trait spécifiquement manichéen.

D’autre part, voici deux traits dont je ne trouve pas l’équivalent dans les prologues du pseudo-Matthieu. L’auteur supposé prend le nom de Méliton: le nom de Méliton (3) n’a pas, en Occident surtout, la même notoriété que le nom de saint Matthieu ou

(1) B. H. L. 5352. — P. G. 5, 1232-1240 ; Tischendorf : Apocal. Apokr., 1860, p. 124.

(2) Noter que nous avons la lettre de Chromatius et d’Héliodore ; celle des évêques de Laodicée est seulement mentionnée parle contexte. Peutêtre, au lieu d’évêques, faut-il dire : chrétiens.

(3) Sur Méliton, évêque de Sardes dans la seconde moitié du second siècle, cf. Harnack : G. A. L. Chronologie, I, (1897), 358, sq. ; et Bardenhewer : Geschichte der allkirchlichen Litleratur, I, (1902), 547-557.

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