DATE DE LA VERSION LATINE
renl du 1er septembre 425 au 7 février 426 : ce sont à peu près nos chiffres. On peut môme ajouter que le prologue a été rédigé sans doute entre le 1e1' septembre et le 23 octobre 4a5 ; s'il avait été écrit après le 23 octobre, on eût parlé sans doute de la première, non de la cinquième année de Valentinien.
Mais cette date s’applique à l’original, qui a été écrit en grec. Qui dira la date de notre version latine? Je ne crois pas m’avancer beaucoup en disant qu'elle doit être antérieure ou de peu postérieure au pseudo-concile damasien. Elle devait, en tout cas, exister à la fin du sixième siècle : c’est elle sans doute que vise Grégoire de Tours (1).
Les manuscrits nous ont conservé un certain nombre de textes latins, assez courts en général, et qui montrent combien la légende de Pilate continue de se répandre en Occident, — c’està-dire, sans doute, de s’y développer. Un manuscrit de Tacite, à la Bodléienne, reproduit une lettre de Pilate à Tibère : Pilate reconnaît l’innocence de Jésus et rejette sa faute sur les Juifs (2). — Les gestes de Pierre et de Paul du pseudo-Marcellus ont copié la lettre de Pilate à Claude , roi de la ville de Rome, qui se lit dans le Descensus : Pilate informe son roi de la résurrection du Sauveur et lui signale l’aveuglement des Juifs (3). — Je lis dans la Mort de Pilate que Tibère malade envoie quérir Jésus par un grand officier, Volusien : maisVolusien arrive trop tard. On lui signale, par bonheur, qu’une certaine Véronique garde précisément le voile où Jésus a empreint son image ; il l’emporte à Rome, et Tibère ne l’a pas plus tôt aperçu qu’il se sent guéri. Quant à Pilate, si la tunique sans couture le protège un moment, il est condamné par Tibère qui la lui ôte, et il se suicide ; le corps est jeté au Tibre, puis au Rhône, puis dans un gouffre près Lausanne (4)- — C’est à peu près le même thème
(1) H. F., I, 21, 24. — Noter que saint Léon, écrivant a Thoribius, affirme la réalité de la descente aux enfers. P. L. 54, 690. On a vu plus haut les textes de Rufin; je signale encore les développements de Philastre, licier., 125. P. L. 12, 1250 ou Marx, p. 90; Grégoire d’Elvire [Revue Bénécl., 1908, 454] ; Prudence, Cathem., 9, P. L. 59, 870, et surtout de Césaire, P. L. 67, 1043 (voir P. L. 39, 2059 ; et le texte de Gennadius, Dogm. eccles., cité plus haut p. 51, n. 4).
(2) Tischendorf, Ev. Apocr., 1876, 432 ; Variot, 109.
(3) Tischendorf, Ev . Apocr., 1876, 412 ; Lipsius, Acta Pétri , Pauli..., 1891, 135 ; Variot, 109.
(4) Tischendorf, Ev. Apocr., 1876, 456; Variot, 120.
LA LÉGENDE DE JESUS
qui est traité dans la Guérison de Tibère : Volusien, vir inluster , scicerdos templi, ancien Cornes reipublicae, met un an et trois mois pour aller par mer de Rome à Jérusalem ; à son arrivée les Juifs avertissent aussitôt Pilate eo quod vir nobilis de partibus Romani ae superioris advenisset ; Joseph d’Arimathie et onze autres attestent la réalité delà résurrection; Véronique de Tyr est dénoncée par Marcius ; Pilate est exilé par Tibère à Ameria de Tuscie ; lorsque Néron monte sur le trône et voit lutter Pierre et Paul contre Simon, il mande Pilate d1 Ameria et se fait lire la lettre à Claude : puis Pilate est renvoyé à Ameria où le diable le tue ( i ).
J’ajoute à cette liste Y Evangile de Barthélemy : si nous n’en avons conservé, semble-t-il, aucune version latine, l’existence d’une version latine est attestée par saint Jérôme, par le pseudoconcile damasien et par Bède (2); il est étroitement apparenté,
(1) Dobschütz, Christ usbilder. « Untersuchungen zur christlichen Légende », 1899, Leipzig, t. II, p. 163**. « Factum est autem cum Tiberio et Vitellio coss. »
De ces textes, je dois rapprocher trois autres séries. La première est constituée par des textes latins tout à fait analogues (je juge inutile de les énumérer tous dans le texte) : par exemple la Vengeance de Jésus [remaniement de la Guérison de Tibère où apparaît Titus, roi de Bordeaux en Aquitaine-Libye. Cf. la légende égypto-périgourdine de saint Front. — Tischendorf, 1876, 471 ; Variot, 131]. — La seconde est constituée par des textes non latins analogues, dont on ne connaît pas, jusqu’à ce jour, d’équivalent latin : ce qui ne veut pas dire que ces versions latines n’aient pas existé. Je rappelle les lettres d'Hêrode à Pilate et de Pilate à Ilérode dont nous avons des mss. syriaques ou grecs du septième et du sixième siècle [Variot, 111] ; les Rapports de Pilate à Auguste et à Tibère [Tischendorf, 435, 443] ; YÉvcingile de Gamaliel [Lacau, Mémoires... Institut français du Caire , IX, 1904; Revillout, au tome II de la Pat. orient . ; voir James dans Journ. theol. stucl., 1905, 577; Ladeuze, dans R. H. E., 1906, 245 et von Dobschütz dans la Theol. Littztg., 1909, 50.], le Rapport de Joseph d’Arimathie [Tischendorf, 459 ; Variot, 125] sur la crucifixion et la résurrection de Jésus, sur la délivrance miraculeuse de Joseph [voir le Descensus ], sur l’entrée au paradis de Demas, le bon larron, à qui Jésus a donné une lettre de créance pour les Chérubins [on donne le texte de la lettre ; voir le chirographus de Priscillien le Transitus Mariae, la Visio Pauli, la lettre de Jésus tombée du ciel et la légende d’Abgar]. — La troisième est constituée par les versions latines de la légende d’Abgar que semblent supposer nos textes : la diffusion de cette légende en Occident est attestée, dès la fin du quatrième siècle, par Etheria [éd. du Corpus devienne, t. XXXVIII, 1898], au cinquième par la lettre de Darius à saint Augustin [P. L. 33, 1022], au sixième par le concile pseudo-damasien et les gestes de Thomas [Fabricius, Codex Apocryphus Noui Testam I, 1719, 688 : « Thaddaeum... ad Abgarum... transmittit]. Voir au mot Abgar, Cabrol, Vacant-Mangenot, Herzog-IIauck.
Je note qu’il y a peut-être rapport entre le Volusien de nos textes et le fameux Volusien que convertit sainte Mélanie la Jeune [Rampolla, S. Melania...]
(2) Comm. in Mat., prologue de Jérôme; comm. in Lucam de Bède, ad. I, 1.