LES PROPHÈTES D’ISRAËL
Comme ils devaient réhabiliter les Prophètes d’Israël, — dont
or, l'indication de Nestle est inexacte. Il n’y a rien dans le Parisinus 4936 touchant les Prophètes. — En revanche, le Parisinus 4886 du onzième siècle (que peut-être voulait désigner Nestle) reproduit deux histoires des Prophètes : la première qui, d'après le catalogue de la Bibliothèque Nationale, IV (1744), 13, aurait été traduite par un certain Théodore, n’a pas son début: elle commence ainsi, folio 56r: « Exordia siue que propter transacto huius mundi figura futura sunt... » [Cf. P. L. 83, 166, g 42, sub fine. Il s’agit d’Isaïe], elle reproduit, quant aux Prophètes, le texte attribué à Isidore de Séville, in libros Veteris ac novi Testamenli proœmia , qui est imprimé dans Migne, P. L. 83, 155. [Or, dans la même collection, même tome 83, col. 131, on lit un second ouvrage attribué à Isidore , le de ortu et obitu patrum qui in scriptura laudibus efferunlur : on y trouve de notables développements, sur les patriarches et les prophètes, depuis Adam jusqu’aux Macchabées, distribués en 64 notices. — Voir le catalogue des œuvres d’Isidore dans la notice de Braulion, P. L. 81, 16-17 ; et Schermann, op laud ., 23, 41, sq. 129, 171, 222, 227 ; mais Schermann ne dit mot, on ne sait pourquoi, des proœmia qui ne l’intéressaient pas moins que le de ortu et obitu patrum ; le de ortu , dit-il p. 129, abrège le texte grec D.] La seconde histoire des Prophètes qui est reproduite par le ms. de Paris commence ainsi, folio 62v :
« Incipit libellus Sci Epiphanii epi priorum prophetarum, quis ubi passus sit martyrium et [ubi] sancta eorum corpora quiescunt. De Æsava. Esayas fuit in ihrslm ibique prophetauit... »
Elle se termine, folio 66y par les mots : « prophetarum et potentissimorum et sanctorum uirorum tantumodo ». — Et le texte est immédiatement suivi par une version du Bréviaire des Apôtres qui est étroitement apparentée au catalogue apostolique de pseudo-Épiphane. Notre texte anonyme inédit reflète la version anonyme grecque D : ici et là, les Prophètes sont énumérés dans le même ordre (sauf que le latin place Michée avant Amos, et ne dit rien de Zadok, ni de Simon fds de Clopas) ; quant à leur contenu, les notices grecques et latines semblent exactement équivalentes.
Or, le Parisinus 4886, qui reproduit deux textes latins touchant les Prophètes, semble provenir d'Espagne. Il contient : 1° une version de la Chronique de Bède continuée jusqu’en 818, et terminée par une dissertation sur la fin du monde, dont le retard engendre le scepticisme, et par une note curieuse sur les vêtements de lin ; 2° texte sur les Prophètes : « exordia siue que propter transacto huius mundi figura futura sunt, liic tamen propter uisioniem iudae » ; 3° Decretale d’Hormisdas de recipiendis libris ; 4° Senlentiae insigniores ad doctrinam morum spectantes ; 5U incipit libellus S. Epiphanii ; 6° Brev. Apost. ; 7° catalogue de saint Pierre à Alexandre II; 8° Commonitorium Palladii ; 9° Dicta Leonis ; 10u de bonis naturis gentium ; 11° prologue sur les épitres de Paul ; 12° note sur les sept degrés de la cléricature ; 13° interrogation sur les deux Testaments ; 14° extrait du quatrième concile de Tolède, touchant les Juifs. — Les textes 2 et 14 sont certainement espagnols ; les textes 10, 12, 13 s’inspirent d’Isidore ou rappellent sa manière. Si notre ms. n’a pas été écrit en Espagne, il est à croire que telle était la patrie de l’archétype. [Voir plus haut ce que je dis des « dicta Leonis »].
Nous savons, enfin, la place que les patriarches et les Prophètes tenaient dans la littérature proscrite. N'est-ce pas afin d'en diminuer la dangereuse expansion que des Catholiques espagnols auront traduit et abrégé le texte grec anonyme D? — Il y aurait eu en Espagne trois livres latins retraçant l'histoire des Prophètes : quel en est le rapport ? Schermann n’en dit mot. Nous comptons revenir ailleurs sur ce sujet.
LA LÉGENDE DE JESUS
leurs adversaires déformaient l’histoire, — les Catholiques devaient attaquer les prophètes du Manichéisme : ses fidèles transfiguraient leur physionomie.
Il y eut peut-être une vie de Simon, il y eut certainement une vie de Mani, rédigées par les Manichéens et circulant parmi leurs églises ; sans doute aussi avaient-ils rédigé des histoires touchant Basilide et touchant Montanus, dont nos légendes gardent le reflet. Nous l’avons montré jadis (1) ; et, n’ayant pas à y
(1) G. M. R., I, 323-343. La diffusion de la légende de Pancrace dans le monde syriaque a été démontrée par l’étude de Macler, Histoire de saint Azazaïl, texte syriaque, trad. fr. Paris, 1902. [Bib. Ec. H. Et., fascicule 141]: Azazaïl a été modelé sur Pancrace. Ce fait ne contrarie pas, il favorise plutôt notre hypothèse qu’une des versions de Pancrace utilise un ouvrage attribué à Simon le Mage, qui traitait du libre arbitre, qui avait une origine orientale, et que nous fait connaître M. Bar Cepha. Remarquer que l’existence d’apocryphes simoniens est attestée, notamment par saint Jérôme, Comm. in Mat., 24, ad verba multi uenienl in nomine weo : Simon Samaritanus... « Haec quoquc inter caetera in suis voluminibus scripta dimittens : ego sum sermo Dei, ego sum speciosus, ego paracletus... » — Voir Harnack, Chron. I. 535.
Je précise ce que j’ai dit, G. M. R., I, 260. La confusion d’un Montanus, martyr local, hypothétique, de Terracine, avec Montanus l’hérétique, aurait été combinée afin de donner au martyr orthodoxe le prestige suffisant pour contrebalancer le prestige de l’hérétique. Noter que, comme saint Grégoire, le rédacteur pseudo-damasien semble rapprocher Montanus de Bonosus. — Notre texte a retenu quelques passages dont l'intention anti-manichéenne est fort vraisemblable. Montanus dit au père de Marguerite, § 16 : « Diabolus quem antea adorabatis nec Deus noster nec creator esse dignoscitur. » [Voir § 5 : « Magnum Deum in unitate cognovisti ; et § 14 : « Praeses, niitu. Dei qui servum suum volebat plus martyrizari : Cf. Cyriaque et le démon, p. 367]. — J’ajoute que ces passages ne sont pas plus nombreux parce que nous avons affaire à un remaniement très édulcoré de deux textes [l’un § l-§ 8 plaçait Montanus au temps de Jésus, de Pierre et de Paul ; l’autre § 9 ad finetn au temps d’Hadrien]. L’homogénéité du texte actuel est très faible : peut-être en était-il de même des deux textes qu’il coud bout à bout : voir le début ; le passage venerabilis in domino..., § 3 ; Marguerite devient Virgo Christi, § 14, puis on la présente, \ 16, comme une démoniaque que Montanus convertit ci la foi chrétienne ; au § 18, on fait allusion à la virginité de Montanus comme si on en avait déjà parlé : ce n'est pas le cas. — Certains passages semblent copiés dans Symphorose, Nérée, Césaire, Pancrace, Agathe , peut-être Basilide , d’autres rappellent les textes grecs (prières exaucées). — La mention de la maison via Appia fait songer aux pèlerinages. — Notre version, telle quelle, date peut-être du temps de saint Grégoire, peut-être du huitième siècle : y a-t-il eu alors translation à Gaëte ? Saint Grégoire, on le verra, s’est préoccupé des Néo-Manichéens, et particulièrement de ceux qui voyaient en Montanus, comme le plus grand nombre en Mani, une apparition du Paraclet. — L’hypothétique martyr de Terracine ne serait-il pas Montanus de Singidunum [G. M. R., II, 237]? — Sur la phrase qui concerne saint Eusèbe, voir G. M. R., VI.
Touchant Basilide, G. M. R., I, 235 et 339, j’ajoute également deux mots. Le texte poétique, qu’a édité Mombritius, A [ cum paganorum persecutio ] ne