‹ Le néo-manichéisme et la légende chrétienneChapitre 131 sur 185 · LES PROPHÈTES HÉRÉTIQUES · texte numérisé non relu

LES PROPHÈTES HÉRÉTIQUES

ajouter grand’chose, nous n’y reviendrons pas. Qu’il nous soit permis seulement d’ajouter aux précédents un fait analogue.

La personne de Priscillien a été de bonne heure l’objet d’un culte : Sulpice Sévère le déclare clairement. Priscillien martyr n’eut-il pas ses gestes, comme les autres martyrs ; ses partisans négligèrent-ils de conter sa vie, ses polémiques tenaces, sa mort glorieuse ;de son histoire si controversée était-il difficile de tirer une apologie?

Voici d’autre part, que, — dans le pays même qui fut toujours la forteresse du Priscillianisme, — une légende catholique apparaît, d’abord obscure, bientôt appelée à une éclatante fortune. Un des Douze, saint Jacques le Majeur, le fils de Zébédée et le frère de Jean l’Évangéliste, est vénéré comme l’apôtre del'Espa-

date-t-il pas, comme sans doute Montanus, du temps de saint Grégoire environ? Ici et là, un soldat de l’empereur passe au service de Jésus ; c’est au temps de Grégoire que paraissent avoir été rédigés les gestes longs et poétiques de Félicité et peut-être Euplus C, G. M. R., II, 180 ; un Aurelianus, semblable au nôtre, reparaît dans Agapet G, qui a été remanié dans la première moitié du septième siècle ; le terme civiias Aurélia vise certainement la région de la voie Aurélia, et cette acception de ce terme convient bien à notre époque. Et ce texte poétique n’est-il pas lui-même le remaniement d’un texte perdu, X, qui n’aurait contenu ni vers, ni attaques contre la mythologie, et qui aurait servi de base aux deux autres versions qui nous sont parvenues : l’une et l’autre semblent se désintéresser de la question mythologique [rien sur Jupiter, Junon, Saturne, Apollon, Amphrixus, Admète, la Sybille, Mélicerte, Lanothea, Asclepius] ? — De ces deux versions, celle que donnent les manuscrits de saint Maximin et de Thuringe, B, est antérieure à Raban Maur, P. L. 110, 1150, et au Sacramentaire gélasien [Wilson, 174, 346]: remonte-t-elle à la translation des saints en Lorraine, vers 765, dont parle Raban, ou plutôt ne sort-elle pas des milieux lériniens, au début du sixième siècle, au temps de Processus et d 'Agathe [noter l’incise, § 5,

« Christus, qui ver us est Deus ; le groupement que l’on établit entre les Milanais Nazaire et Nabor, le prologue, le pannonien Cyrinus (Quirinus de Siscia?), l’expression coronati , la finale passi sunt...]. L’appendice Christiani igitur... fait-il partie de la teneur primitive? — La version C (Codex S. Udâlrici) n’est pas homogène : il y a une lacune après les mots in sera civitatem Hierusalem. Avant ce point, C paraît suivre A, ou X [noter les détails touchant la lapidation et les frères de B). Après ce point, appa missent Tripodis et Mandalis, nés sans doute de la déformation du texte du férial (la ville Tripoli devenant un martyr Tripodes) ; mais qui dira la date de cette déformation? Notkerla mentionne. Noter surtout que le saint n’est plus présenté comme un martyr, et qu’on lui donne l’anniversaire du 10, non du 12 juin [IV id. iun, non prid. id.] ; noter la translation qui rappelle Vitus. — Au lieu de dire, comme autrefois, que ces légendes et ces textes dérivent de Manichéens qui veulent populariser parmi les Catholiques le nom de Basilide, [que ces Catholiques avaient sans doute en horreur (voir saint Jérôme)], ne peut-on pas penser qu’ils émanent de milieux catholiques tâchant à balancer efficacement, et précisément, le prestige dangereux du prophète hérétique Basilide ?

LA LÉGENDE DE JESUS

gne ; et c’est en Galice qu’on rencontre le centre de son culte... Et, les Catholiques ont fait de la légende de Cyriaque une réplique

victorieuse à la légende de Mani ....

Le texte le plus fameux qui place en Galice le tombeau de l’apôtre est le passage suivant du libellas de festivitatibus d Adon :

VIII Kal. aug. Natalis b. Jacobi apostoli, fratris Johannis evangelistae, qui decollatus est ab Herode... Huius beatissimi apostoli sacra ossa ad Hispanias translata et in ultimis earum finibus videlicet contra mare britannicum condila celeberrima illarum gentium veneratione excoluntur (I).

Si c’est une attestation tardive que ce texte du neuvième siècle seconde moitié, il n’est pas défendu de croire que la légende est plus ancienne.

On ne voit pas qu’Adon ait dû l’inventer. Il connaît la mission de saint Paul en Espagne, il y rattache même l’évangélisation de Narbonne par Sergius Paulus (2). Dans l’histoire sacrée des hommes de ce temps, l’Espagne ne paraissait pas un domaine sans maître dont pût s’emparer le premier venu.

La mission espagnole de saint Jacques est attestée avant Adon. Florus de Lyon la connaît (3), et Aldhelme de Malmesbury (4), et peut-être Isidore (5), et enfin le Breviarium Apostolorum qui date du sixième siècle (6). On devine qu’il y a lieu de distinguer

(1) P. L. 128, 183. — Je renvoie pour tout ceci au mémoire de Mgr Ducliesne, Saint Jacques en Galice. [Annales du Midi, XII, 1900, 145.] Le silence de Prudence, d’Orose de Braga, d’Idace d’Aquae Flaviae près Compostelle, du Férial, de Grégoire de Tours, de Fortunat parlant à Martin de Braga entraîne nécessairement la condamnation de la légende. Des deux textes de saint Jérôme, Comm. in Is., XII, 42 et X, 36 [P. !.. 24, 425 et 373-374], il n’y a rien à tirer qui puisse la sauver. — Voir encore Lipsius, II, 2, 220.

Je note que, au Concile de Lombers 1165, les Bonshommes se réclamaient souvent de saint Jacques. Ilefele-Delarc, VII, 433.

(2) Notices du 6 juillet et du 22 mars (Libellus). Voir aussi saint Grégoire le Grand, Moralia , XXXI, sub fine.

(3) Quentin, les Martyrologes historiques , 245, 372 (mss. d’Epternach et de Toul. — Paris, 10158]. Cette forme de martyrologe connaît aussi le tombeau espagnol : « Huius beatissimi apostoli sacra ossa ad Hispanias translata et in ultimis earum finibus, videlicet contra mare Britannicum, celeberrima... veneratione coluntur. »

[Voir encore le texte de la liturgie mozarabe cité par Lipsius, II, 2, 218.] Les chartes de 829, 844, 854 sont très suspectes.

(4) P. L. 89, 293. « Ilic quoque Jacobus cretus genitore vetusto... Primitus Hispanias convertit dogmate gentes... Hune trux Herodes... Machaera crudeli morte necauit. »

(5) De ortu et obitu patrum , 141, P. L. 83, 154. « Petrus... Romain accepit..., Jacobus Hispaniam..., Philippus Galliam... (Il dépend du Bréviaire.)

(6) Voir infra , p. 364.

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