PR 1SCILLIEN ET S. JACQUES
deux stades dans la genèse de la légende : on a d’abord attaché l’apôtre à l’Espagne, on y a ensuite découvert son tombeau.
L’anonyme qui rédigeait le Breviarium avait attribué l’Espagne à Jacques, comme il avait donné les Gaules à Philippe, au caprice de sa fantaisie. Pden ne dit qu’il ait été espagnol, tout porte à croire qu’il n’écrivait pas en Espagne. D'où vient donc la fortune de son invention? Et pourquoi cette disproportion entre l’histoire de la légende de Jacques et l’histoire de la légende de Philippe ?
Quelque cinquante ans après qu’avait paru le Breviarium, c’était l’heure de la suprême bataille que le Catholicisme livrait en Espagne à ses deux ennemis, Arianisme et Priscillianisme ; c'était l’heure des conciles de Tolède et de Braga. N’est-ce pas alors que la donnée du Breviarium aura pris racine en terre espagnole ? Le Priscillianisme avait un caractère national qui pouvait séduire les Espagnols au moment où, dans la décomposition romaine, leur nationalité naissait. N’est-ce pas un héros religieux national à opposer à Priscillien que les Catholiques d’Espagne auront d’abord aperçu en saint Jacques? Le prestige du frère de saint Jean ne pouvait-il utilement balancer le preslige de l’ascètemartyr d’Avila? C’est saint Jacques, l’histoire le disait, qui avait porté l’Évangile à l’Espagne : quel plus puissant protecteur pouvait-on rêver (1)?
Dès lors, et de son mouvement naturel, la légende devait s’épanouir en une translation merveilleuse : dans les idées des hommes de ce temps, onnepossédaitsûrement unsaintque lorsqu’on tenait ses reliques. Et ne voyons-nous pas, dès le sixième siècle, que l’on raconte la translation de saint Barthélemy aux îles Lipari (2). Peut-être y eut-il quelque part, en Galice, quelque martyr ou quelque confesseur peu connu, nommé Jacques, dont le souvenir joua un rôle dans ces obscurs événements? N’est-ce pas lui qui aura été transfiguré en l’apôtre (3) ? La haute Église a beau résister : Isidore de Séville, Julien de Tolède laissent mourir l’apôtre en Orient ; la légende fait peu à peu son chemin : en83o, au cœur de la Galice on découvre le tombeau de Jacques à
(1) Sur le saint protecteur local, voir notre Christianisation clés foules. Paris, 1907, 3e éd., et G. M. R., II, 77.
(2) Grégoire de Tours, Gl. Mart., 33, P. L. 71, 734. Voir P. L. 129, 729.
(3) Noter les polémiques touchant l’activité littéraire de S. Jacques le Mineur, son épitre (authenticité et rang), son évangile (pseudo-Damase), ses actes (Innocent I à Exupère). — [Aucun rapport avec les actes grecs publiés par Ebersolt, Paris, 1902.]
LA LÉGENDE DE JÉSUS
Amaea. — Tout est perdu, par malheur, des textes qui se rapport tent à cette histoire primitive ; c’est seulement par hypothèse que nous pouvons essayer de voir en Jacques de Compostelle le rival heureux de Priscillien (1)..
(1) Il y aurait donc lieu, ce semble, de distinguer deux types d’apostolicisation: 1. l’apostolicisation pour raisons ecclésiastiques [Trophime d’Arles, G. M. R., II, 84] ; 2. raposlolicisation pour raisons doctrinales [Jacques de Galice].