‹ Le néo-manichéisme et la légende chrétienneChapitre 135 sur 185 · LES GESTES DE JEAN · texte numérisé non relu

LES GESTES DE JEAN

le baptême , la rémission des péchés, la communion du corps el du sang sacrés , V onction du chrême, la grâce et la miséricorde du Seigneur ; tous ces biens, le Créateur les dispense à tous sans acception de personne ; pauvres el riches en usent de même. Et qui veut en avoir plus que l'autre attire à lui tous les soucis pour sortir du monde aussi nu quil g est entré. » Viennent à passer les funérailles d'un pauvre jeune homme mort trente jours après son mariage. On se jette aux pieds de Jean , on le supplie. Il pleure à son tour , el prie longtemps , les mains au ciel : « Jeune homme , dit-il , qui par amour de ton corps as perdu ton âme , dis à Alticus el à Eugène quelle gloire ils ont perdue , quel châtiment ils ont encouru. » Stactée ressuscite — c'était le nom du jeune homme — el dit aux disciples de l'apôtre : « J'ai vu pleurer vos anges et se réjouir les anges de Satan ; vous avez échangé les splendeurs el les joies du ciel pour les ténèbresel les douleurs. Il ne vous reste qu'à supplier l'apôtre du Seigneur qu'il vous rende le salut, comme dm' a rendu la vie! » Les deux frères prient l'apôtre d' intercéder pour eux; d font pénitence pendant trente jours , et les baguettes d'or et les pierres précieuses reviennent à leur état primitif . « Tu nous as enseigné , disent-ils à V apôtre, que le Seigneur était miséricordieux ; prouve-le nous aujourd'hui. » — « Le Seigneur Notre Di eu nous disait : je ne veux pas la mort du pécheur, je veux qu'il se convertisse et vive. Sachez donc qu'il vous a pardonné. » En effet, comme auparavant , les deux frères chassent les démons et guérissent les malades.

Et voici que les adorateurs des idoles excitent une sédition: on ti ciîne Jean au temple de Diane ; on veut qu'il sacrifie. « Allons, répond Jean, nous verrons lequel des deux noms , de Diane ou de Jésus, fera tomber le temple ou l'église ». Elle temple s'écroule à sa parole, sans blesser personne : 12.000 païens se convertissent, sans compter les petits enfants et les femmes. Le pontife de toutes les idoles, Aristodime, ne se déclare pas convaincu : que Jean boive un poison sans périr, alors Aristodime confessera son dieu. Deux condamnés à mort que procure le proconsul, boivent le poison el rendent aussitôt l'esprit ; Jean fait le signe de la croix sur le calice, invoque le Père de son Seigneur Jésus-Christ qu'il prie de détruire la force du venin; il se signe la bouche el tout le corps, vide le calice et : « Seigneur, dit-il, qu'il croient en toi et reçoivent leur salut, ceux pour qui j'ai bu le poison! » Et, pendant les trois heures que reste Jean sous les yeux du peuple sans même pâlir, le peuple crie : « il n’y a qu'un el vrai Dieu, celui qu'adore

LA LÉGENDE DES APOTRES

Jean ». Aristodime résiste encore , et demande que Jean ressuscite les deux condamnés. Comme le peuple veut massacrer l'obstiné, Jean F arrête: « Dieu veut que nous soyons patients » dit-il ; et il ordonne à Aristodime détendre sur les cadavres sa tunique qu'il lui donne. Les cadavres ressuscitent . Aristodime adore Jean, et, avec le proconsul qu'il excitait contre lui , il se jette à ses pieds lui demandant pardon.

Jean leur impose un jeiine d'une semaine , puis il les baptise, eux , leurs parents , leurs alliés , leurs serviteurs ; ils brisent leurs idoles et élèvent une basilique au nom de saint Jean. Et c'est là que , à 99 ans, l'apôtre vit lui apparaître le Seigneur: « c'est le moment pour toi de t'asseoir à mon banquet avec tes frères... Tu viendras dans cinq jours, le dimanche de ma résurrection /» Le dimanche suivant, toute la multitude du peuple se réunit dans l' église qui porte son nom ; auchamp du coq, il célèbre les mystères de Dieu et parle au peuple jusqu'à la troisième heure du jour. Puis , il fait faire une fosse carrée près de l'autel, il y descend et prie, les mains tendues vers Dieu : « Tu m'as invité à ton banquet, je viens et je te bénis, Seigneur Jésus! De tout mon cœur tu saisquejele désire ; j'ai vu ta face , et ton parfum a excité en moi des désirs d'éternité ; ta voix a la douceur du miel. Chaque fois que je t'cii demandé de venir , tu m'as dit de délivrer ton peuple et de le convertir. J'ai écrit dans mes livres ce que ta bouche a dit à mes oreilles. Et maintenant, Seigneur je te recommande tes enfants : ton Eglise, vierge et mère, les a régénérés par l'eau et F Esprit Saint. Accueille-moi, ne permets pas aux princes des ténèbres de me toucher, conduis-moi au banquet où sont assemblés tes amis. Tu es le Christ, Fils du Dieu vivant, qui as sauvé le monde sur l'ordre de ton Père et qui nous as envoyé l'Esprit Saint nous donner tes préceptes ; par lui, grâce à toi dans les siècles des siècles. Amen ! » Le peuple répond : Amen ; une lumière éblouissante resplendit sur l'apôtre pendant une heure... Quand elle se dissipe, il n'y a plus dans la fosse cpie de la manne ; aujourd'hui encore la fosse en distille toujours: il s'y opère beaucoup de miracles par l'aicle de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui vit et règne, éternel comme le Père dans l'unité de l'Esprit Saint, maintenant et toujours et dans l'infini des siècles et des siècles. Amen !

Il est certain que cette légende est apparentée à la version pseudo-mélitonienne de l’assomplion de Marie. Voici les points de contact des deux textes: 1. tous deux se présentent comme

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