‹ Le néo-manichéisme et la légende chrétienneChapitre 139 sur 185 · LES GESTES DANDRÉ · texte numérisé non relu

LES GESTES DANDRÉ

— « Je le sais : clans la cité d'Achaïe [ciuitas Achaïa], tous les temples sont vides. Je veux te faire sacrifier afin de ramener le peuple. » — « Fils de mort, écoute. Je t'ai ménagé jusqu'à présent , croyant te convertir. Exécute maintenant tes menaces !»

— « Prends garde! » — « C'est pour toi que j'ai peur! Mon supplice durera un jour, deux jours au plus. Des milliers d'années passeront sans que le tien se termine ! » On le bat, on le tire sur le chevalet sans clouer ses membres afin de le faire souffrir plus longtemps. En vain le peuple s'agite, André le prie de ne pas empêcher sa mort. Il va, joyeux, triomphant, prêchant toujours , et, quand il est arrivéprès de la croix : « Salut, clit-il, croix consacrée par le corps du Christ, tu as touché ses membres , tu semblés parée de perles précieuses ! On te craignait autrefois, on t'aime aujourd'hui d'un céleste amour ; les croyants savent quelles joies tu contiens, quelles récompenses tu prépares! Je suis tranquille, je suis heureux. 0 croix bonne , je t'ai toujours désirée ! Rends-moi à mon maître qui m'a racheté ! » On le crucifie. La foule — il y avait 20.000 personnes parmi lesquelles Stratocles , frère d' AEgée

— proteste bruyamment : le jugement est injuste, André a toutes les vertus. Bien qu' André prêche pour l'apaiser, AEgée a peur ; il promet de délivrer le saint et il accourt en effet. Mais André l'arrête : « Déjà je vois mon Roi, déjà je l'adore , déjà je suis en sa présence. Je souffre pour toi seul ; la mort éternelle t'attend. Hâte-toi de te sauver ! » Quand les bourreaux veulent dépendre l'apôtre, il leur est absolument impossible de le toucher ; personne ne peut le toucher ; les bras qui se tendent vers lui se raidissent aussitôt. « Seigneur Jésus-Christ , mon bon maître, dit André, ne permets pas qu'on me dépende de cette croix avant que j'aie rendu l'esprit ! » Une lumière céleste l' environne qui dure environ une demi-heure : quand elle se dissipe, il rend l'esprit et remonte au ciel avec elle. A lui gloire dans les siècles des siècles. — AEgée est saisi par le démon et meurt avant d'être rentré chez lui. Stratocles se sauve en portant le corps de saint André. Chacun a si grand’ peur qu' il se convertit ; il n'y a plus personne qui ne croie à notre Sauveur et Dieu, lui qui veut procurer à tous le salut et la connaissance de la vérité. A lui, gloire dans les siècles des siècles. Amen ( î).

Il est très probable que ce texte date des environs de l’an 5oo.

(1) B. H. L. 428. [Bonnet : Acta Apostolorum Apocrypha, II, I (1898). 1-37].

LA LÉGENDE DES APÔTRES

Il présente, en effet, le même caractère pseudé pi graphique que nos pseudo-Matthieu et nos pseudo-Méliton : il prétend être un très authentique document répétant la doctrine et racontant la mort de l’apôtre ; il se donne pour l’œuvre de ses compagnons, témoins oculaires des événements qu'ils rapportent ! Passionem sancti Andreae apostoli quam ocalis nostris uidimus omnes presbiteri et diacones ecclesiaram Achaie scribimus ecclesiis... ; ... ciiius passionem , quam corcim positi uidimus , prout possumus explicamus (1). Ces prétentions à l’authenticité nous sont familières. Notre texte est sans doute parent de ceux où on les retrouve.

Il présente, en second lieu, une profession de foi trinitaire intéressante à retenir: unum deum in trinitate per fectum, uerum patrem ingenitum, uerum filium unigenitum , uerum spiritum sanction proceclentemex pâtre in fdio permanentem ut ostendatur unus spiritus esse in pâtre et fdio et hoc esse unigenitum fdium quod est et ille qui genuit (2). On rencontre une profession de foi trinitaire du même genre dans la version pseudo-mélitonienne du Transitus Mariae et dans les gestes de Censurinus. Ces textes datent des environs de l’an 5oo ; rien d’étonnant que celui-ci trahisse des préoccupations du même genre. Mais la formule qu’il emploie est beaucoup plus explicite et précise. Les termes patêr ingenitus , fdius unigenitus nous rappellent les symboles anti-priscillianistes ; l’expression spiritus sanctus procedens ex pâtre n’a rien de surprenant: l’addition du filioque est, à la fin du cinquième siècle, une innovation récente et rare encore (3). — J’attire l’attention sur les mots qui suivent : in fdio permanentem ut ostendatur unus spiritus esse in pâtre et in fdio ; l’Esprit procède du Père et subsiste dans le Fils, de sorte que l’Esprit du Père et l’Esprit du Fils sont une seule et même et identique Personne. C’est l’idée qui apparaît dans la version de Paris du concile pseudo-damasien, première partie : Spiritus sanctus non est Patris tantummodo aut Fitii tantummodo Spiritus, sed Patris et Filii Spiritus (4). C’est l’idée qui apparaît dans le De Trinitate : probatur quod Spiritus sanctus , Spiritus Paraclitus , Spiritus qui a Pâtre procedit, Spiritus sit Fitii, Spiritus Christi , Spiritus Jesu (5). La

(1) Bonnet: op. laud., p. 1-3, § 1.

(2) Bonnet : op. laud., p. 2, § 1.

(3) Cf. supra, p. 214.

(4) Cf. supra, p. 213.

(5) . Cf. supra, p. 215.

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