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LA SPONTANÉITÉ DU MARTYRE

parenté des textes est certaine. Mais comment en rendre compte? — On l’expliquerait bien si l'on attribuait la rédaction de notre texte aux mêmes groupes d’où est sorti, au temps d’Hormisdas, le concile pseudo-damasien, et qui ont vulgarisé la doxologie in unit aie spiritus sancti.

La passion d’André, enfin, est parente de certains gestes romains qu’on peut dater des environs de 5oo : l’idée qui l’inspire apparaît très nettement, quoique beaucoup plus discrètement, dans les gestes de saint Pierre et de saint Silvestre, de saint Clément et de sainte Anastasie, de saint Marcel et de saint Chrysanthe, de saint Alexandre, de saint Pancrace et des saints Pierre et Marcellin (1) ; je veux parier de la spontanéité du martyre. Les Manichéens attaquaient sans doute le culte rendu aux martyrs : on les avait massacrés sans leur offrir la vie sauve moyennant apostasie. Non, répondaient les Catholiques ; s’ils sont morts, c’est de leur plein gré, sponte sua, non inviti. La passion d’André par les pseudo-prêtres d’Achaïe n’est que l’illustration de ce thème anti-manichéen :

Jésus uester, (ait AEgeas), dum praedicaret,... ludaei ilium crucis patibulo adfixerunt. Andréas respondit : O si uellis scire mysterium crucis...; non inuitus secl sponte suscepit ! Ægeas dixit : Cum traditus adseratur a suo discipulo et a Iudaeis tentus..., quomodo tu dicis spontaneum crucis subisse patibulum (2)...

Venit... multitudo paene totius prouinciae ita ut Aegeani uellent occidere et Andream apostolum fractis ianuis carceris liberare... quos sanctus Andréas his uerbis ammonuit: Nolite quietem Domini nostri Jesu Christi in seditionem diabolicam excitare...; habete ergo silentium quietem et pacem et non solum meum martyrium nolite impedire..., uerum (2)...

Mittentes autem manus ad crucem carnifices non poterant penitus contingere eum, et subinde et alii ingerentes se ut soluerent eum, nultas poterat pertingere ad eum : stupebant enim brachia (2)...

Si j’ajoute que je retrouve dans André certains épisodes (3), certaines idées (4), et jusqu’à certaines expressions familières (5) aux rédacteurs des gestes romains de l’époque ostrogothique; si

(2) Bonnet : op. laud., 3-5 ; 16-17 ; 32.

(3) La mort du persécuteur AEgée ; cf. par exemple les gestes de Nérée- Achillée.

(4) Opposition des souffrances qui passent aux souffrances qui ne passent pas. Bonnet: §7, p. 17-18.

(5) Adleta domini. Bonnet, p. 17, 3 ; — amittere gaudia uitae. Bonnet, p. 19,2.

LA LÉGENDE DES APÔTRES

je note que la légende de la Croix a beaucoup de vogue à ce moment (1) dans ces milieux, on jugera sans grande chance d'erreur que c’est là même et au même moment qu'a été rédigé notre texte.

On a vu enfin le curieux passage où l'anonyme insiste avec complaisance, et mystère, sur la communion eucharistique: serait-ce encore un lérinien ?

(1) Sur la légende delà Croix à ce moment, cf. G. M. R. V. Voir encore l’hymne à la Croix dans la version linienne de Pierre.

Gestes de Pierre [Lipsius, p. 13].

« Accedens autem et astans cruci : O nomen crucis, occultum mysterium ! o gratia ineffabilis! in nomine enim crucis pax, o crux quae deo hominem coniunxisti et a dominio diabolicae captiuitatis magnifiée segretasti ! o crux, quae humano generi passionem saluatoris mundi et redemptionem captiuitatis humanae uera comitante fide semper repraesentas incolumem! o crux, quae cotidie carnes immaculati agni fîdelibus diuidis populis et dira serpentis uenenis poculo salutari depellis... ! o crux, quae... »

Gestes d’André [Bonnet, p. 24-25].

« Uidens eam a longe exclamauit uoce magna dicens : Salue crux quae in corpore Christi dedicata es et ex membrorum eius margaritis ornata. antequam te ascenderet dominus, timorem terrenum habuisti, modo uero amorem caelestem obtinens pro uoto susciperis. Sciris enim a credentibus quanta intra te gaudia habeas, quanta munera praeparata... o bona crux quae decorem et pulcritudinem de membris domini suscepisti...

Cf. aussi | 6, p. 13, « agnum..., cuius carnes posteaquam omnis populus credentium manducauerit et eius sanguinem biberit, agnus... integer perseuerat ».

Il est intéressant de comparer ces deux pages, bien qu’on ne puisse pas affirmer qu’aucune des deux ait influencé l’autre. Elles dépendent toutes deux sans doute, à des degrés divers, de quelque hymne gnostique.

Les gestes d’André, comme les gestes de Jean et la plupart de ces récits légendaires, reposent sur des traditions grecques et s’appuient sur des textes grecs : mais dans leur teneur pseudo-...achéenne ils sont un original latin. Le fait, méconnu par Lipsius [I, 564], a été très bien mis en lumière par M. Max Bonnet [La Passion de l'apôtre André. En quelle langue a-t-elle été écrite ? — Byzant. Zeit., III, 1894, p. 458]. M. Bonnet a collationné 11 manuscrits d’une version grecque de notre texte et 7 manuscrits du texte latin. Les manuscrits grecs se groupent en trois familles : A' (type, Paris, gr. 881, s. X), B' (type, Coislin, 121, s. XIV), C' (type : Vatican, Pie II, 22, s. XI). Pour la première partie des gestes (prologue et interrogatoire), on voit que A' est un remaniement de B', et que B et C sont des remaniements du texte latin. L’ordre des mots de C' est tout latin ; l’impropriété des termes, frappante dans C', n’existe pas dans le latin ; l’obscurité de C' disparaît quand on le rapproche du latin. B' est une traduction plus littérale que C' ; « il y a moins d’omissions ; l’ordre des mots est suivi presque invariablement ; les quiproquos sont encore plus ridicules ». Cf. ce que dit Bonnet: Acta Apost. Apocrypha. II, 1 (1898), p. XI-XIV.

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