LES GESTES DE THOMAS ET DE CECILE
fin, quand l'empereur romain Alexandre revient vainqueur , ayant dompté le roi des Perses , Xerxes , les Syriens le supplient de demander le corps aux roitelets indiens. Le corps est ainsi transporté dans un cercueil d' argent suspendu par clés chaînes d'argent à Edesse ; nul juif , nul hérétique, nul idolâtre n y peut vivre. Les Barbares n'ont pu y entrer, du jour où le roi Abgar a reçu une lettre écrite de la main du Sauveur ; on la fait lire à la porte de la ville par un enfant baptisé, encore innocent , chaque fois que V ennemi menace ; le même jour, l'ennemi est battu, ou sa fureur désarme, grâce à l'écrit du Sauveur et aux prières de son apôtre saint Thomas ou Didyme, celui qui a touché le côté du Seigneur. Grâces à lui, afin d'obtenir le pardon de nos péchés et une part de ses joies par Notre- Seigneur Jésus-Christ qui vit et règne avec le Père et l'Esprit Saint dans les siècles des siècles. Amen (1).
Il est certain que ce texte est très étroitement apparenté aux gestes romains de sainte Cécile : ici et là, le thème légendaire est le même : on enseigne à deux époux à rester vierges (Denys- Pélagie ; Valérien-Cécile) ; ici et là, les anges jouent à peu près le même rôle, et l’on explique dans les mêmes termes le mystère de la Trinité.
Dicit ei Tiburtius : Credendum certe unum esse Deum in caelis asseritis : quomodo nunc esse très testaris?Respondit Caecilia:
Vnus est Deus in maiestate sua quem ita in sancta Trinitatediuidimus ut in uno homine clici— m u s e s s e s a p i e n t i a m un a m , q u a m sapientiam dicimus habere ingenium memoriam intellectum.
Nam ingenio adinuenimus quod didicimus, memoria tenemus quod docemur, intellectu aduertimus quicquid uel uidere nobis contigerit uel audire.Quid modo faciemus? Numquid non ista tria una sapientia in homine possidet ? si ergo homo in una sapientia trinum possidet nomen, quomodo non Deus omnipotens in una deitate suaTrinitatisobti-
Si volueritis ad uitam aeternam pertingere, primo omnium crédité in Deum Hebraeorum et in Vnigenitum Filium eius Do milium nostrum Iesum Christum et in Spiritum Sanctum, non ut très deos putetis, sed unum... :
Spiritum... procedendo ex Pâtre et unam deitatis substantiam in Trinitate integra adimplendo...
Dabo autem uobis exemplum quomodo tria de uno procedunt.
Certe una est sapientia in homine et de una sapientia procedit intellectuset memoria etingenium.
Nam ingenium est ut quod non didicisti adinuenias ; memoria est ut non obliuiscaris quae didiceris ; intellectus uero ut intellegas quae ostendi potuerunt uel doceri. Si ergo tu homo ha-
(1) B. H. L. 8136. — M. Bonnet : Supplementum codicis cipocrijphi. I. Acta Thomae, Lipsiae, 1883, 133-160.
LA LÉGENDE DES APOTRES
net maiestatem. Tune Tiburtius bere potes tria ista in una saprostratus ... — (Gesla Caeciliae, pientia, quanto magis Deus in XVII-XVIII.) una deitate très quidem perso-
nas habere credendus est, sed unam substantiam... — (Bonnet, Passion, 145.)
Ces similitudes d’expression(i) sont d’autant plus remarquables qu’elles ne se retrouvent pas ailleurs ; en semblable occurrence, Augustin recourt à d’autres comparaisons fonte fluvio potione, radice robore ramo (2), igné splendore calore (3), memoriaintelligentiavolantate (\),memoria intelleclii amore (5); Eugyppius reproduit ces derniers mots (6) et Fulgence ceux qui les précèdent (7). Ingenium memoria intellectus ne se lisent que dans Cécile et dans Thomas (8).
Il est encore certain que Thomas est étroitement apparenté à Nérée-Achillée : ici et là, on prône de la même manière la virginité aux dépens du mariage. Qu’on en juge:
•Virginitas omnium virtutum dignitatem excedit : ita ut secundum locum post Martyres teneat et sit inter uirtutes ceteras prima. Seruiunt eniin illi uniuersae uirtutes et quasi Augustae cubiculariae suae ita oboediunt im-
Ecce Thomas apparuit eis dicens :... habetis integritatem, quae est omnium regina uirtutum et fruc-tus salutis perpetuae.
Virginitas soror est angelorum et omnium bonorum possessio ; uirginitas uictoria libidinis,tro-
(1) C'est, je crois, M. Bonnet, qui a, le premier, fait ce rapprochement [Suppl. Cod. ap. I, Acta Thomae, p. XVII-XVIII]. Sur les gestes de Cécile, voir G. M. R. I, 117 et 293.
(2) De Fide et symbolo , 17. — P. L. 40, 189.
(3) De symbolo , sermo ad catechumenas. — P. L. 40, 659.
(4) De Trinitale, X, 11. — P. L. 42, 983.
(5) De Trinitale, XV, 22. — P. L. 42, 1089.
(6) Thésaurus , 247-248. — P. L. 62, 927.
(7) Contra Serm. Fastid., 15. — P. L. 65. 921.
(8) Et, dois-je ajouter, dans un obscur et court symbole que vient de découvrir et de publier Künstle : B. 177-178 : je vise les Similitudines per quas potest christianus firmiter ficlem catholicam credere et cognoscere. On y lit : Unusquisque christianus très in se habet ex quibus facilius credere potest in trinitatem, id est memoriam, ingenium et intellectum : memoriam de praeteritis, ingenium de praesentibus, intellectum de futuris... Il me parait probable que le symbole espagnol dépend de nos gestes, dont il développe la formule : et le fait est intéressant en ce qu’il atteste une large et rapide diffusion de nos légendes. — Voir encore, dans Thomas [Bonnet, 145], le passage suivant qui semble viser des Ariens, tels que les Goths : « Crédité Patrem semper habuisse Filiuin quia Deus immutabilis est...; non enim aliquando fuit quando non esset pater... ; semper etiam fuit et Spiritus Sanctus... (quem) non nascendo sed procedendo ex Pâtre... » — Voir aussi Simon-Jude , infra p. 354.