‹ Le néo-manichéisme et la légende chrétienneChapitre 145 sur 185 · SANCTUAIRES ROMAINS DES APÔTRES · texte numérisé non relu

SANCTUAIRES ROMAINS DES APÔTRES

nianae... sancti Johannis Evangelistae (1)... — Hic (Simplicius) dedicavit... basilicam beati apostoli Andreae iuxta basilicam sanctae M ariae — Hic (Gelasius) dedicauit... alias basilicas... Andreae

in via Lavicana, in villa Pertusa (3). — Hic (Symmachus) fecit basilicani sancti Andreae apostoli apud beatum Petrum... ; oratorium sancti Thomae apostoli fecit autem oratoria duo, sancti Johannis Evangelistae et... (4).

Ces oratoires et ces églises sont les plus anciens qui aient été, à Rome, consacrés à Jean, à André, à Thomas. L’époque de leur construction est très exactement le temps de la crise manichéenne : on sait quelle activité les hérétiques déployaient à propos de ces apôtres ; les Catholiques, évidemment, ont voulu empêcher leurs ennemis de les confisquer. Gomment ne pas penser que la construction de ces églises a provoqué, plus ou moins rapidement, la rédaction de nos textes ? Maintenant qu’on leur avait rappelé le souvenir de ces glorieux et puissants patrons, les Romains avaient besoin de connaître leur histoire : on la leur donna.

Mais si nos trois textes ont ainsi même origine et sont apparentés l’un à l'autre, cela ne veut pas dire que leur parenté mutuelle soit également étroite : l’influence lérinienne est presque insensible dans André , et Thomas fait un peu bande à part. Au contraire de Jean et d’André (5), il n’a pas de prologue, il n’exprime formellement aucune prétention à l’authenticité, il ne s’abrite pas sous le nom d’un disciple de l’apôtre; il présente, d’une manière inattendue, un trait précisément anti-priscillianiste :

Primo omnium crédité in deum Hebraeorum, et in... Filium..., et in Spiritum sanctum, non ut très deos putetis sed unum, non sic unum ut ipsum putetis Patrem, ipsum Filium, ipsum Spiritum Sanctum (6).

(1) L. P. I, 242. — Sur toutes ces églises, cf. les détails que donne Mgr. Duchesne. — On a retrouvé à Rome, au-dessous de la Scala Santa, dans des salles abandonnées, sur un pilier construit peut-être par Léon III, une fresque qui paraît représenter la mort de Jean et la chute de la manne céleste (dont on conservait un vase parmi les reliques du Sancta Sanctorum) : cette relique remonte sans doute au onzième ou au douzième siècle. Voir Lauer : Trésor du Sca Scor. passim.

(5) Voici deux traits propres à Thomas et à André : 1. l’Esprit procède du Père (on ne parle pas du Fils) ; 2. influence assez nette de pseudo- Linus [cf. les deux hymnes à la croix; l’hisdoire de Migdonia et Trepsia rappelle l’épisode de Xandips, femme d’Albinus].

(6) Bonnet: p. 145, 1. 15-18.

LA LÉGENDE DES APÔTRES

Le culte de Thomas ne semble pas avoir jamais eu, à Rome, la même popularité que le culte d’André, le frère de Pierre, ou de Jean, l’Evangéliste : Thomas n’a qu’un oratoire, Jean deux, André trois. Enfin, — on va le voir, — Thomas , seul, est très étroitement apparenté à Barthélemy , à Matthieu , à Simon-Jiicle.

On peut donc conclure que Jean , André et Thomas ont été rédigés afin d’arrêter le succès des légendes manichéennes, qui répandaient le poison de l’hérésie tout enchantant la gloire des apôtres, environ le temps où les papes inauguraient leur culte et consacraient leurs basiliques à Rome. Les rédacteurs de Jean et de Thomas (1) subissaient l’influence de Lérins (2); l’auteur d’A ndré , plus ancien sans dou te, en est peut-être indépendant . T ous sont des Catholiques enflammés de zèle pour le salut des âmes.

(1) Ne trouve-t-on pas dans le passage suivant un reflet, ou une ébauche, du fameux Quicumque. « Deus... omnes uult saluare credentes in se. Audite ergo, uiri et mulieres... omnes, si uolueritis ad uitam aeternam pertingere : primo omnium crédité in Deum Hebraeorum et in unigenitum filium eius D. N. J. C. et in S. S., non ut très deos putetis, sed unum, non..., sed patrem genitorem filii, filium unigenitum patris, spiritual uero sanctum non nascendo sed procedendo ex pâtre et unam deitatis substantiam in trinitate integra adimplendo. Crédité patrem semper habuisse filium, quia deus immutabilis est et hoc est quod est... » [Bonnet, p. 145, 1. 12 ; Lipsius, I, 143]. — Cf. aussi les 12 vertus énumérées, p. 146. On songe à Césaire.

(2) Tout ce que nous savons de Césaire, de la restauration du vicariat d’Arles en sa faveur ou de la rédaction des Capitula d’Orange, atteste l'intimité des rapports de Rome avec Lérins : sans doute cette situation estelle antérieure à Césaire. [Rome et Lérins, conduits par deux Africains Gélase et Pomère, paraissent se convertir environ le même temps à l’augustinisme strict.] La réalité d’un groupe d’hagiographes romano-lériniens nous paraît prouvée jusqu’à l’évidence.

L’exaltation de la virginité que l’on remarque en Thomas vise sans doute à montrer que l’ascétisme n’est pas le monopole du Manichéisme.

Noter que le prologue pseudo-mélitonien de Jean semble attester la solidarité de nos trois textes, André , Jean, Thomas. Jean serait-il postérieur à Thomas ?

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