‹ Le néo-manichéisme et la légende chrétienneChapitre 146 sur 185 · C. — Remaniement cle la Légende · texte numérisé non relu

C. — Remaniement cle la Légende

2° Les Apôtres [suite).

Outre les apôtres de la Grèce, dont l’histoire avait élé défigurée parLeucius, les Catholiques vénéraient les apôtres de l'Inde et en répétaient volontiers la geste merveilleuse : c’était comme un second groupe d’intercesseurs, un peu plus mystérieux que les premiers, mais non moins puissants. Sans doute, les Manichéens n’avaient pas mis la main sur eux : du seul Matthieu ils avaient peut-être exploité la légende (1). Mais qui pouvait dire s’ils ne tenteraient pas un jour, de ce côté, leur œuvre maudite ? De ce côté du moins, les Catholiques devaient ne pas se laisser gagner de vitesse ; et voilà comment, après l'histoire de Jean, d’André et de Thomas, ils rédigèrent celles de Barthélemy de Matthieu, de Simon et de Jude.

Il g a trois Indes : les historiographes ! assurent. La première conduit en Ethiopie , la seconde chez les Mèdes , la troisième est au

(1) Cf. le Matthias (?) d’innocent I, — Les signatures du concile romain de 499 attestent un titulus Matthaei in Merulana, qu'il faut identifier peutêtre avec S. S. Pierre et Marcellin [Duchesne : Mélanges, Y II, 228]. La disparition de ce vocable témoigne, peut-être, de l’insuccès de la légende de Matthieu, à Rome.

LA LÉGENDE DES APÔTRES

bout du monde, car d'un côté elle louche à la région des ténèbres et de l'autre à la Mer Océan. C'est dans celte Inde qu'arriva l'apôtre Barthélemy . Il entre dans le temple de l'idole Asiarolh , et il y demeure, comme un pèlerin. Or, le démon qui se cachait dans cette idole prétendait guérir les malades ; il voulait dire , sans doute, ceux qu'il avait lui-même atteints. Car les Indiens ignoraient le vrai Dieu, il fallait donc qu'ils fussent le jouet des idoles ; tant quon ne connaît pas le vrai Dieu, les faux dieux vous rendent malades , et vous guérissent , et vous ordonnent de leur sacrifier ! Or donc, comme Barthélemy restait là, Astaroth ne pouvait pjlus donner aucune réponse ( à ceux qui la consultaient ) ; elle ne pouvait plus guérir ceux quelle avait rendus malades.

Les malheureux qui remplissent le temple , — ils sont s mirent venus de très loin, — les sacrificateurs qui n obtiennent aucune réponse , malgré tous leurs sacrifices, vont dans une autre cité où l'on adorait le démon Beireth. Ils lui demandent pourquoi Astaroth se tait. « Votre dieu est enchaîné dans des chaînes de feu ; il n ose souffler depuis que I apôtre de Dieu , Barthélemy, est arrivé. » — « Et qui est ce Barthélemy ?» — « C'est l'ami du Dieu tout-puissant, il est venu dans cetle province pour détruire toutes les divinités qu'adorent les Indiens. » — « ^4 quel signe le reconnaître ? » — « Il a les cheveux noirs et frisés, la peau blanche, les yeux grands et le nez droit ; ses cheveux couvrent ses oreilles et sa longue barbe commence à peine à blanchir ; il s' habille d'un colobium blanc bordé d'une bande pourpre et recouvert d'un pallium blanc qui porte à chaque coin des pierres précieuses de couleur pourpre . Depuis vingt-six ans qu'il a ces vêlements, ils ne se salissent ni ne s'usent ; de même ses sandales. Il fait cent génuflexions par jour pour prier Dieu, il prie cent fois la nuit. Sa voix a l'éclat de la trompette . Les anges de Dieu /’ accompagnent , le transportent et le nourrissent. Toujours souriant, il prévoit tout , il connaît tout et toutes les langues , il sait déjà tout ce que vous m avez demandé et ce que je vous réponds. Il peut se dérober aux regards. Je vous en prie, quand vous l'aurez trouvé, demandez-lui de ne pas venir ici ; que ses anges ne me fassent pas partager le sort d Astaroth ! »

Au retour , les Indiens cherchent Barthélemy pendant deux jours parmi la foule des pèlerins; ils ne le trouvent pas. Cependant Polymius, le roi de la province, dont la fille est lunatique, entend parler de Pseustius, possédé, guéri par l'apôtre ; il fait demander celui-ci et Barthélemy guérit sa fille. Mais quand il lui envoie des chameaux chargés d'or, d'argent, et de gemmes, et d' étoffes, on ne

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