LES GESTES DE MATTHIEU
tuer un innocent n'en est pas moins criminel. Le mensonge en soi est mauvais / dans certaines circonstances il n'en est pas moins légitime , en raison de la fin visée. Voici un homme qui veut tuer son ennemi ; tu le caches , et tu jures que tu ne sais pas où il est : ces deux fautes , mensonge et parjure , aboutissent à une œuvre bonne. Dieu ne nous a pas enfermés en d'étroites limites ; on ne pourra pas lui dire au jugement : c'est pour ne pas mentir que fai livré un homme ! Il n g a pas d'acte mauvais en soi ; les actes ne sont mauvais que de noire fait. Qu'un non-baplisé veuille communier, bien que la communion soit chose bonne, il se damne à jamais.
« Voilà pourquoi , bien que le mariage soit béni et sanctifié par Dieu , il mérite quelquefois la colère de Dieu. » Hyrtacus applaudit bruyamment avec ses comtes: il pense que Matthieu va décider Iphigénie à l'épouser. L'apôtre reprend : « Mes enfants , mes frères, je vous ai dit qu'il y avait des meurtres légitimes, tels les meurtres de. Goliath et de Sisara,d' Aman et d'Holopherne ; de même, il y a des mariages bons et saints. Mais que l'esclcwe d'un roi veuille en épouser la fiancée, on aura raison de le brûler , non parce qu'il se marie, mais parce qu'il se marie avec la fiancée du roi. Moucher enfant Hyrtacus, Iphigénie est fiancée au roi des deux, elle a reçu la consécration du voile sacré ; comment donc pourrais-tu l'épouser ? » Et, tandis que le roi s éloigne, furieux, l' apôtre poursuit , intrépide : « Les rois delà terre n' exercent pas longtemps leur pouvoir; le roi des deux règne éternellement : cest lui qu'il faut craindre, le Seigneur et maître Jésus-Christ Va dit [ Mt . 10, 17, 28] ». Et il impose le voile à Iphigénie et à ses compagnes en appelant sur elles la protection de Dieu, et la grâce qui en fera des vierges parfaites : « que cette pluie céleste éteigne l' ardeur de leur corps ; que leur pudique visage fuie les scandales ; que leur virginité soit prudente, armée d'une foi parfaite, d'une espérance certaine, cl'une charité sincère, quelle surmonte toutes les tentations du diable ; qu'elles préfèrent aux banquets, les jeûnes et les lectures sacrées ; qu elles se nourrissent de prière et d'étucle ! » On célèbre les mystères du Seigneur, mais , une fois l' assemblée congédiée,! apôtre reste près de ! autel où il a suscité le corps du Christ, pour y souffrir le martyre ; et c'est là qu'il est tué parun spiculator envoyé par Hyrtacus, tandis qu'il prie, les mains étendues. Ses disciples, les prêtres et les diacres arrêtent le peuple qui veut massacrer le roi. Iphigénie donne ses biens pour la construction d'une église et le soulagement des pauvres. Si elle est conduite sur le bûcher, la
flamme consume le palais du roi , le démon saisit le fds de ce dernier , qui est lui-même atteint de iéléphantiasis et se lue de désespoir. Et c'est le frère chrétien d' Iphigénie, Beor , qui est acclamé roi : il règne 63 ans sur V Ethiopie ; avant de mourir à 88 ans, il nomme ses fds, F un roi , l'autre duc de son armée ; il avait vu les fds de ses fils jusqu'à la quatrième génération : il avait vécu en paix avec les Romains et avec les Perses. Toutes les provinces d'Ethiopie. , grâce à Iphigénie, sont remplies d'églises catholiques, et le tombeau de l'apôtre voit s accomplir de merveilleux miracles. — Quant à Zaroes et Arfaxat, dès lors que Matthieu a ressuscité le fds du roi, ils fuient d' Ethiopie en Perse où ils continuent leurs méfaits. Mais, comme nous l'avons déjà dit, Dieu s'occupe des hommes et les aime pourvu qu'ils ne s' avilissent pas en le négligeant ; les saints apôtres Jude le Zélote et Simon le Chananéen sont donc envoyés en Perse : leurs luttes et leur victoire font l'objet du prochain livre (î).
Poussés par une révélation du Sainl-Esprif , les apôtres de Noire-Seigneur Jésus-Christ Simon le Chananéen elJude le Zélote arrivèrent en Perse et trouvèrent les deux mages Zaroes et Arfaxat qu'avait chassés Matthieu. Leur doctrine était perverse : ils blasphémaient le Dieu cl' Abraham, le Dieu cl'Isctac et le Dieu de Jacob qu'ils appelaient le Dieu des ténèbres; ils appelaient Moïse un malfaiteur, ils prétendaient que les Prophètes de Dieu étaient les envoyés du Dieu des ténèbres; ils soutenaient encore cpie l'âme est une partie de Dieu, mais que le corps est l'œuvre du Dieu mauvais , et donc que V homme se compose de deux substances contraires ; ils voyaient des dieux dans le soleil, la lune et l'eau , et seulement un [vain ] fantôme en Notre-Seigneur Jésus-Christ ; ils niaient la réalité de son histoire depuis sa naissance virginale jusqu'à sa résurrection. Cette doctrine souillait la Perse; mais, grâce aux apôtres Simon et Jude , ce pays eut le bonheur de trouver un grand Docteur, je veux dire le Seigneur Jésus-Christ . Donc, comme ils approchaient , Simon et Jude rencontrèrent l'armée de Yaradach, duc de Xerxes, roi des Babyloniens, qui allait repousser une invasion des Indiens : on voyait dans sa suite des sacnfca eurs, des devins, des mages, des enchanteurs
(1) B. H. L. 5690. Fabricius : Codex Apocryphus Novi Testamenti [Hamburgi, 1719], II, 636, complété par Lipsius : Die apocryphen Apostelgeschichten... [Braunschweig, 1883], 1, 147-148.