PARENTE DES TROIS GESTES
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per reuelationem Spiritus Sancti Persidis fuissent regionem ingressi...
Dans Simon- Jade, on retrouve, d’autre part, les mêmes antagonistes de l’Evangile, Zaroes el Arfaxal, que Matthieu mettait déjà en scène. Et voici huit autres traits communs aux deux légendes: i. hommes figés par les sortilèges des mages; 2. dragons et tigresses rendus aussi doux et inoffensifs que des agneaux; 3. hospitalité offerte aux apôtres, là par l’eunuque, ici par Sennen; 4- emprunt à l’histoire païenne de deux noms très fameux et très inattendus, ici Xerxès, là Iphigénie ; 5. les riches ses sont dédaignées par les apôtres ; 6. les apôtres invoquent le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ; 7. un temple magnifique est élevé en l’honneur des apôtres ; 8. les apôtres ou leurs disciples arrachent à la mort ceux qui les persécutent. — Il est vraisemblable que les deux textes ont été rédigés par un seul et même auteur. Mais il n’est pas certain qu’ils soient d'une seule teneur et aient été écrits en même temps. L’épilogue parle d’un ouvrage d’Abdias ; l’intention de l’écrivain est certainement d’authentifier son texte : on vient de voir qu’Abdias a suivi les apôtres depuis la Palestine. Or Abdias est le disciple de Simon et de Jude, il n’est pas le disciple de Matthieu : le certificat d’authenticité ne s’applique donc pas à Matthieu ; il a été rédigé en vue des seuls gestes de Simon-Jude ; à ce momentlà, Simon- Jude et Matthieu ne devaient pas former un seul et même livre. — Qui sait, seulement, si cet épilogue appartient au texte primitif? Le doute est permis, mais l’affirmative est plus probable : la mention du livre de Graton, qui est certainement primitive, est inspirée par le désir d’authentiquer l’histoire des apôtres dans les douze provinces persanes ; Abdias n’en pouvait évidemment rien dire, puisqu’il était évêque de Babylone, et donc y devait demeurer; de là, l’invention de Craton. Pourquoi l'invention d’Abdias ne serait-elle pas à peu près contemporaine et solidaire de l’invention de Graton? L’anonyme a dû écrire d’abord Simon-Jude (y compris l’épilogue) ; puis il aura rédigé Matthieu pour compléter Simon-Jude.
Il est très vraisemblable, pareillement, que le rédacteur auquel nous devons Barthélemy , lisait Matthieu et Simon-Jude , et se proposait de les compléter. Le début de Barthélemy est significatif à cet égard ; qu’on en juge.
Indiae très esse ab historiographis adseruntur : prima est India
LA LÉGENDE DES APÔTRES
quae ad AEtliiopiam mitti t, secunda quae ad Medos, tertia quae finem facit : nam ex uno latere tenebrarum regionem gerit, ex alio latere mare oceanum.
Le rédacteur se souvient du Liber genealogas (1) : il envisage trois Indes, qu’on peut appeler l’Inde éthiopienne, l’Inde médique, l’Inde océanique ; il assigne à Barthélemy l’Inde océanique et ténébreuse et, dès lors, ne souffle plus mot des deux autres. Pourquoi donc en fait-il d’abord mention? — N’est-ce pas parce que, sous le nom de l'Inde éthiopienne, Indiae qucie ad Aethiopiam rnitlit , et de l’Inde Médique, secunda quae ad Medos , il désigne Y Ethiopie où prêche Matthieu, la Perse où prêchent Simon et Jude? Sans doute, l’auteur de Barthélemy écrit Medos , non Persas ; mais je remarque qu’il parle d'Astyage, ce qui nous autorise à penser qu’il connaît la primitive histoire médo-perse, et donc qu’il croit pouvoir écrire l’un pour l’autre les mots Medi-Persae ; je remarque encore que les Indiens envahissent la Perse où les Mèdes les attendent et vont les joindre, ce qui nous invite pareillement à penser que notre auteur place la Médie en Perse : ainsi le pays qui conduit chez les Mèdes conduit chez les Perses. Il faut donc croire que l’anonyme emploie le mot Indiae comme un terme générique et l’applique aux pays lointains ; qu’il vise trois régions distinctes : d’abord la Perse et l’Ethiopie, pays frontières du monde romain où ils sont relativement connus, puis le pays des légendes, le pays des ténèbres et de l’Océan, sur lequel les Romains n'ont jamais eu que de rares nouvelles, je veux dire l’Inde proprement dite. Et il faut croire, encore, qu’il envisage ces régions comme un tout solidaire, et qu’il y voit le pays du mystère et de l’inaccessible : il a dessein de montrer que l’Evangile y a pénétré, là comme ailleurs ; et, puisqu'il a lu l’histoire de Matthieu et de Simon-Jude, l’histoire de la conversion de l’Ethiopie et de la Perse, il complétera ces deux livres en y ajoutant un troisième. Rien d’étonnant, d’autre part, qu’on ait choisi ces apôtres pour leur attribuer cette gloire : à la fin du cinquième siècle, aucun n’était vénéré dans une ville déterminée de l’empire romain. C’était donc hors de cet empire, et du côté des Perses, qu’on devait tendre à les localiser. De fait, Rufin raconte, d’après Eusèbe, que Barthélemy a évangélisé les Indiens ; et il assure, sans indiquer sa source, que
(1) Aaclores Anliquissimi, IX, 165.