BARTHÉLEMY ET SIMON-JUDE
Matthieu a prêché en Ethiopie (1). L’anonyme aura suivi et complété ces indications : grâce à lui, les chrétiens savent donc comment la bonne nouvelle fut portée au lointain Orient.
Voici quelques faits qui appuient l’hypothèse ; ils attestent l’étroite parenté de Barthélemy et de Simon-Jade. 1. A la fin du sixième siècle, Fortunat les associe dans cet ordre Barthélemy , Matthieu, Simon- Jude.
Inde triumphantem fert India Bartholomaeum Matthaeum eximium Naddauer alta uirum ;
Hinc Simonem ac Judam lumen Persida gemellum Laeta relaxato mittit ad astra sinu ("2).
Fortunat ne lit-il pas un livre qui raconte, dans cet ordre, l’histoire de Barthélemy, de Matthieu et de Simon- Jude ? — 2. La plupart des manuscrits qui reproduisent ces textes les groupent dans l’ordre que voici : Barthélemy , Matthieu, Simon-Jade) telsles Vindobonenses ^ 97 et358, lesParisini B. N. lat. 12602, 18298, 12604, 1 1750, 5278,5274,973 7, S. G. H. C. 3,9, io,le Guelferbytanus 48, et Y dl et me nsi s 497 (3) ; — 3. les trois textes montrent le dédain qu’ont les apôtres pour les richesses ; — 4- les trois textes connaissent la formule Deus Abraham, Isaac et Jacob ; — 5. les trois textes empruntent à l’ancienne histoire païenne le nom d’un de leurs personnages, ici Astyage, là Xerxès, là Iphigénie; — 5. Barthélemy et Simon-Jude racontent pareillement que les démons deviennent muets à l’arrivée des apôtres ; — 7. Barthélemy et Simon-Jude racontent pareillement l’expulsion des démons sous la forme, ici d’un Ethiopien, là d’un Egyptien ; — 8. Barthélemy et Matthieu racontent pareillement que les apôtres guérissent les victimes des démons.
Mais faut-il dire que c’est Barthélemy qui dépend de Simon- Jude ? ou faut-il inverser le rapport ?
La première hypothèse paraît plus acceptable que la seconde : Matthieu et Simon-Jude formaient un tout autonome ; l’auteur de Barthélemy aura connu le livre, et, avec le dessein qu’on a dit,
(1) Rufin, I, 9 [P. L. 21, 478 B. — Cf. Eusèbe : H. E. V., 10]... Matthaeo AEthiopia eique adhaerens citerior India Bartholomaeo dicitur sorte décréta. — (Ambroise et Paulin attribuent à Matthieu, la Perse : cf. in psalm. 45 ; carmin. 26). Cf. Ducliesne : F. H., p. LXXIX.
(2) Carmina , VIII, 3, 147-150 [cité par Duchesne, F. H., p. LXXIX].
(3) On ne voit pas que ces manuscrits aient été copiés directement l’un sur l’autre ; mais il est très vraisemblable qu’ils dérivent diversement d’un même archétype.
LA LÉGENDE DES APÔTRES
l’aura voulu compléter. Dans l'hypothèse opposée, comment admettre que l’auteur de Barthélemy annonce manifestement t rois légendes, et n’en conte ensuite qu’une seule? pourquoi aurait-il abandonné son projet pour en laisser l’exécution à un autre ? Le plus simple est d’admettre que Barthélemy a suivi et complété Matthieu , Simon-Jude.
Mais, dira-t-on, l’auteur de Barthélemy n’est-il pas identique à l’auteur de Simon-Jude et de Ma'thieii? Je n’oserais l’aflirmer: le troisième livre n’est pas enchaîné aux deux autres comme Matthieu à Simon-Jude. La chose est néanmoins possible: l’anonyme a pris soin d’authentifier Simon-Jude , non Matthieu ; il a complété Simon-Jude par Matthieu : pourquoi n’aurait-il pas voulu compléter de même Simon-Jude Matthieu par Barthélemy ?
A tout le moins on doit penser que ces trois légendes ont été réunies en un même livre et qu’elles sortent d'un même milieu, où l’on s’intéressait à l’histoire ancienne, où l’on insistait sur la vertu de pauvreté, où l’on aimait la formule : Deus Abraham , Deus Isaac , Deus Jacob.
Voici un dernier fait : il continue la parenté des trois textes, il nous fait entrevoir quel est le milieu d’où ils sortent. Simon-Jude , Matthieu , Barthélemy sont apparentés à Thomas : tous ces textes reproduisent la formule Deus Abraham , Isaac , Jacob ; tous empruntent à l'histoire ancienne quelques-uns de leurs personnages (1); tous insistent sur le mépris des richesses (2). Simon- Jude et Thomas offrent encore les points de contact suivants :
1. comparaison de la Trinité à l’esprit, la mémoire, l’intelligence ;
2. introduction d’un temple du Soleil ; 3. translation solennelle du corps des apôtres ; 4- départ de l’apôtre per reuelationem ; 5. un dux ; 6. devoir qui lie le chrétien : rendre le bien pour le mal ; 7. intérêt qu’il y a à se procurer des richesses qui vous suivent après la mort. — Matthieu et Thomas offrent encore les points de contact suivants : 1. nécessité de la chasteté ou de la continence; 2. la formule sedquia longum est... ad rerum exilum succinte pergamus ; 3. mention de l’éléphantiasis ; 4* résurrection de morts. — Barthélemy et Thomas offrent encore les points de contact suivants : 1. ce sont des apôtres de l'Inde, qui portent le colobium et n’usent pas leurs vêtements ; 2. ils semblent supérieurs aux anges qui les servent, sculptent des croix ou gué-
1) Comparer avec l’Alexandre, vainqueur du roi des Perses, Xerxes, Iphigénie, Astyage.
(2) Thomas, Bonnet, p. 142, 1. 13-19.