‹ Le néo-manichéisme et la légende chrétienneChapitre 156 sur 185 · INFLUENCE DE LERINS · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE LERINS

etiam simul crimen inc avril...

( Crimina ... non lauantur nisi per lacrymas pœnitendo).

Fabricius, II, 655-656.

titatem ante plures dies etiam cum propriis uxoribus custodiat cari tas uestra [P. L., 39, 2024- ; cf. 1760 et 1976] (I).

Pour notre anonyme comme pour Césaire : î. le mariage est licite et légitimé par la procréation des enfants ; 2. il n’en est pas moins impur : d’où l’obligation des aumônes selon l’un, l'exclusion de la femme hors de l’église... selon l’autre ; 3. l'exercice du mariage est suspendu pendant le carême et lors des grandes fêtes (î). Noter que l’anonyme formule une distinction qui est certainement dans l’esprit de Césaire, mais qu’on ne trouve pas, sauf erreur, dans les sermons de celui-ci que nous avons gardés [sarcles, crimen] ; il n’emploie pas la formule césarienne excepta desidena fdiorum uxarem cognoscere ; il insiste plus que Césaire sur la sardes commixtionis , lors même que Dei régula custodilur a canjugibus , et il néglige d’indiquer une pénalité particulière pour celui qui mulierem accipit cimare fdiorum excepta. Il est donc certain que notre anonyme n’est pas à identifier avec Césaire ; mais j’imagine qu’il appartenait à son entourage.

Voici diverses confirmations de l'hypothèse. Je rapproche de certaines pages de Césaire le petit discours de Matthieu à Iphigénie : c’est une exhortation aux vierges sacrées déguisée dans une prière à Dieu :

Omnem genuinum calorem imber gratiae tuae caelestis extinguat, lumen vero perpetuae castitatis accendat. Faciès scandalis pudica non pateat, nec incautis occasionem praebeat negligentia delinquendi, sitque in eis cauta rirginitas, et ornata pariter et armata fide integra, spe certa et charitate sincera : ut praeparatis animis ad continentiam virtus tanta praestetur quae superet diaboli uniuersa fîgmenta, atque... : conlemnendo praesentia futura sectentur , ieiunia epulis carnalibus praeferant et lectiones sacras conviviis et potalion:bus anteponant ; ut orationibus pcistae et eruditionibus expletae, inluminatae vigiliis, opus gratiae virginalis exerceant [Fabricius, II, 663].

Césaire demande pareillement aux vierges, quae integritatem carporis Deo auxiliante custodiunt ..., lectioni et aratiani insistere (2). Il leur dit ailleurs :

(1) Pour plus de détails, cf. Lejay: R. H. L. R. X. (1905), 454 sq.

Noter que certaines expressions ou certaines idées de Césaire se

retrouvent dans Matthieu : ainsi l’évocation du Jugement dernier (textes cités, p. 355).

Contempsistis libidinis incendium et ad castitatis refrigerium peruenistis... sed rogo uos..., ut quanto estis securae de praeteritis , tanto silis sollicilae de futuris... Imprimis ergo omnis anima quae religionem servare desiderat, gulae concnpiscentiam vincere el ebrietatem vilare tota fïdei virtute contendat, et ita temperatum convivium mensamque mediocrem habere studeat... Lectionem aut ipsa frequentius légat, aut legentis uerba toto pectore aviditate suscipiat — Sic leclioni et orationi debetis incumbere... Quid prodest virgini integritatem corporis custodire, si oculorum concupiscenlias noluerit evitare (1) ?

La règle qu'il impose aux vierges réunies dans un de ses monastères leur ordonne de consacrer deux heures par jour à la prière [§ 17], de veiller soigneusement à leurs regards [§21] et de se méfier grandement des banquets [§ 36] (2). Tous ces conseils s'inspirent des mêmes observations et trahissent les mêmes méfiances que ceux de saint Matthieu à la sœur de Beor. L’anonyme tenait évidemment à insérer dans son travail ces salutaires recommandations : la trame du récit ne les rendait pas très nécessaires.

Dans Césaire et dans Simon-Jude , voici deux idées présentées de la même manière :

Simon-Jude [ Fabricius, II, 627].

Audite: omnes filii hominum qui ad imaginem Dei facti estis... ; considerate feras quae numquam mansuescere consueverant, audito nomine D. N. J. C. in agnos conuersae sunt ; et homines in tanta adhuc perdurant obtinatione ut non intelligant. . . deos non esse fîgamenta haec...

Césaire.

Reuera, fratres, si animalia sine inlellectu non se contingunt, nisi certo et legitimo tempore, quanto magis homines qui ad imaginem Dei facti sunt , hoc observare deberent ? [P. L., 39, 2300, § 7.] Cura enim cuncta animalia tempus suum custodiant... sine dubio amplius hoc homines ad Dei imaginem facti custodire deberent [ Revue bénédictine , XVI (1899), 97, publié par d. Morin].

Simon et Jude expliquent, comme Césaire, l’obligation de rendre le bien pour le mal :

(2) P. L. 67, 1109, 1110, 1114. — Noter aussi les textes suivants :

Césaire, P. L. 67, 1128 A.

« Regis mulier ad servos non deflectitur et Christi sponsa ad mortales non respicit. »

« Matthieu, Fabricius*, II, 660.

« Si hodie desponsatam regis usurpare audeat... Ita..., o rex Hyrtace, sciens Iphigeniam . .. sponsam regis caelestis esse effectam...

INFLUENCE DE CESAIRE

Simon Jade [Fabricius, II, 615J.

Disciplina magistri nostri lias leges tenet ut non solum nialum pro malo non cédât sed etiam bona pro malis restituet... Diligimus inimicos nostros et benefacimus his qui nos odiunt et oramus Dominum pro calumniantibus et persequentibus nos.

Césciire.

Dicit aliquis : nulla ratione possum inimicos meos diligere.

In omnibus scripturis Deus tibi dixit quia potes: tu e contrario non posse respondes. Considéra nunc utrum Deo an tibi debeat credi. Et ideo quia mentiri non potest Veritas... [P. L., 39, 2257, | 2. — Cf. 2250-2259.]

Simon et Jude, — comme Matthieu, du reste, — méprisent les richesses qu’on leur offre et veulent qu’on les donne aux pauvres (î), conformément à ce qu’enseignent Salvien et Césaire (2). Simon-Jade et Matthieu datent sans aucun doute du temps de Césaire, du milieu ou de la fin de son long épiscopat [5o3-543] ; c’est un de ses disciples qui les a écrits.

Notons encore ce trait, qui paraît d’abord insignifiant. L’anonyme nous dit que Matthieu, après avoir célébré les mystères de Dieu, reste près de l'autel, parce qu’il veut y mourir ; cumque,.. mysteria Domini ( fuissent ) celebrata ..., retinuit se Matthaeus ut iuxta altare... martyrium apostolicum exultaret (3). Et il insère dans sa phrase, après celebrata , le détail suivant : et missam suscepisset omnis ecclesia ; on semble nous dire que l’apôtre congédiait l’assemblée, et donc que celle-ci ne se séparait pas avant d’avoir été congédiée par l’apôtre. Plusieurs sermons de Césaire montrent que ses ouailles n’étaient pas aussi pieuses : il les sup-

(1) Fabricius, II, 617. Nulla ratione possumus accipere uel aurum... Eroga pauperibus, eroga uiduis et orphanis.

(2) P. L. 39, 2248, § 2. Si... communicare (aliis) cœperis, non eris ille praedo et ille raptor qui necessariis pauperum tamquam rebus alienis incubât.

Notre auteur devait connaître encore Jean ( ps . Meliton ) et Nérée. Qu’on rapproche des descriptions du paradis citées page 320, celle que voici : « Non aves terrentur ad sonitum hominis et adspectum, non spinae nascuntur et tribuli, non ibi rosae marcescunt, non liïia, non aliqui ibi praetereunt flores, non labor fatigationibus subjacet, non infirmitas aliqua sanitati succedit ; tristitia et fletus et mors ibi penitus locum non habent : aurae enim quae ibi sunt blandiuntur potius quam perflant et aeternitatem naribus inferunt ; nam sicut, thymiamatis fumus excludit putores, ita nares ibi uitam exspirant aeternam, quae non permittit hominem neque fatigationemincurrere nec dolorem, sed semperaequalem semper juuenem, semper laetum et semper immobilem permanere. Sonant ibi organa angelorum et uoces mellitluae auribus inferuntur. Serpens ibi locum non habet... ; famulantur ibi hominibus leones et tigrides... [Fabricius, II, 645- 646]. Il s’agit ici du paradis adamique.

(3) Fabricius, II, 664.

LA LÉGENDE DES APÔTRES

plie souvent de ne pas quitter l’église avant la fin de l’office (1).

J’ajoute que trois traits font penser à saint Avit. Eugénie a peut-être été écrite dans l'entourage de ce dernier (2) : on y trouve le même Zaroès que dans Matthieu. Eugénie et Matthieu ont pour auteur un latin qui n’ignorait pas tout à fait le grec : le jeu de mots sur Mélanthie, l’église de la Résurrection (c’est-à-dire de r’Avofcrraffiç) le prouvent. Pour achever de nous peindre la félicité de Beor, l’anonyme écrit: habuit pacem firmissimam cum Romanis et Persis (3); la lettre d’Avit à l’empereur Anastase, lorsqu’il le félicite d’avoir rétabli la paix entre Rome et la Perse, s’inspire de la même idée (4) : ce sont les deux plus puissants empires du monde.

J’attire enfin l’attention sur le texte suivant :

Si aliquis prius cibum carnalem accipiat et postea, ipso die quo iam cibo naturali refectus est, cibum spiritalem praesumat, ex utroquo cibo reus criminis et inhonestatis et praesumtionis efficitur, non ideo quia manducavit sed quod contra ordinem et contra justitiam et contra regulam Dei cibo carnali prius refectus est.

[. Matthieu , 10. — Fabricius, II, 656-657.]

Nous avons ici une prescription formelle ordonnant de communier à jeun et, semble-t-il, de communier chaque jour; pareillement, ailleurs, on trouve des recommandations touchant la communion quotidienne (5) ou la communion in extremis (6).

(1) P. L. 39, 2278-2280 et 2276.

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