CARACTÈRES DE BARTHÉLEMY
La piété pratique des Lériniens ne perd jamais une occasion d’insinuer un bon conseil au peuple qu’ils doivent conduire à Dieu (1).
Que dire de Barthélemy ?
On y trouve des formules trinitaires qu’il y a intérêt à comparer avec celles que présente André :
Barthélemy [Bonnet, p. 144].
Deus Abraham et Deus Isaac et Deus Jacob qui ad redemptionem nostram unigenitum tuum fîlium deum nostrum et dominum direxisti ut nos omnes qui eramus serui peccati suo sanguine redimeret et tibi filios faceret, qui uerus deus ex hoc cognosceris quia semper idem es et inmutabilis persévéras, unus cum fîlio pater, unus etiam cum spiritu sancto, et re vera unus deus pater ingenitus et unus filius eius unigenitus dominus noster Jésus Christus et unus spiritus sanctus qui a pâtre procedit, inluminator et educator animarum nostrarum, et est in paire et fîlio tuo domino nostro Jesu Christ o.
André ne s’occupe pas de l’œuvre de Jésus, comme fait Barthélemy. Mais les deux textes insistent sur l’unité du Dieu trine ; ils montrent, l’un [B] l'unité, l’autre [A] l’identité du Père et du Fils ; ils les qualifient pareillement l’un et l’autre [< ingenitus , Unigenitus], ils conçoivent de la même manière leurs rapports avec l’Esprit : l’Esprit procède du Père seul [A, B], il subsiste dans le Fils [A : in fdio permanenlem ; B : est in... fîlio], il est le même
(1) Noter la remarquable théorie de Matthieu touchant l’essentielle relativité de tout acte moral.
André [Bonnet, p. 2].
Unum deum in trinitate perfection uerum patrem ingenitum, uerum fîlium unigenitum, uerum spiritum sanctum procedentem ex pâtre in fîlio permanentem ut ostendatur unus spiritus esse in pâtre et fîlio et hoc esse unigenitum fîlium quod est et ille qui genuit.
LA LÉGENDE DES APÔTRES
Esprit clans le Père et dans le Fils [B: est in pâtre et filio; A : ut ostendatur wuis spiritus esse in pâtre et filio ] (1) ; cette dernière idée est seulement plus explicite dans André que dans Barthélemy.
Le fait s’explique sans doute par une influence littéraire : l’auteur de Barthélemy s’est inspiré d'André ; s’il n’a pas, autant que lui, insisté sur l’unité de l’Esprit, du Père et du Fils, c’est que, lorsqu’il écrivait, cette question était moins actuelle ; mais il n’a pas cru devoir se taire. Le dogme trini taire est toujours menacé dans un pays où les Ariens ne sont pas rares.
Je crois apercevoir un emprunt du même genre dans le passage qui raconte la conception de Jésus par la Vierge. L’auteur puise évidemment à saint Luc, 1, 26, sq. ; il est aussi évident qu’il suit l'Enfance de Marie quand il attribue à la Vierge l’institution du célibat religieux parmi les femmes :
Ipsa seruandae uirginitatis uotum prima deo omnipotenti uouisset — prima autem ideo dixi quia ex quo homo factus est ab initio saeculi nulla hoc votum deo obtulit ; haec ergo prima inter feminas hoc constituit in corde suo ut diceret deo : Domine, offero tibi uirginitatem meam ; cum hoc a nullo homine nec uerbo didicisset nec exemplo ad imitationem invitata, constituit (deus) ut uirgo pro amore dei specialiter permaneret [Bonnet, p. 135].
A entendre notre auteur, c’est donc la Vierge qui, la première depuis l’origine du monde, a eu l'idée de vouer sa virginité à Dieu : et telle est la raison de sa virginité perpétuelle. Ce trait, tel quel, ne se retrouve pas dans les versions que je connais de pseudo-Matthieu pseudo-Jérôme ; on peut en attribuer l’invention aux cercles mêmes d’où émanent ces versions du pseudo-Matthieu.
Et je remarque que notre texte connaît peut-être la légende de Silvestre : le colobiiim que porte l’apôtre rappelle celui dont parle l’évêque (2) ; c’est peut-être à Silvestre que Simon-Jude emprunte de même le personnage de Craton (3), et Matthieu l’idée de sanctifier le samedi (4). — Les démons sont rendus muets parla présence de l’apôtre, selon Barthélemy et selon Simon-Jude , comme
(1) Noter que, ici et là, on emploie la même formule : in pâtre et filio [in n’est pas répété].
(2) Uestitur colobio albo clauato purpura [Bonnet, 131].
(3) Longa narratione scripsit Craton [Fabricius, II, 628, § 20].
(4) Omni die sabbato... uerbum Domini praedicabam [Fabricius, II,