‹ Le néo-manichéisme et la légende chrétienneChapitre 160 sur 185 · CONTRADICTIONS DES TEXTES · texte numérisé non relu

CONTRADICTIONS DES TEXTES

Alphaei in civitate Joppe. — Simon Zelotes in Cappadocia, civitate Caesarea. — Judas Jacobi in provincia Phœnice civitate Beryto. — Marcus evangelista...

Tout cela ne concorde guère avec notre Breviarium, non plus qu 'avec nos versions lériniennes. Ni les uns, ni les autres ne correspondent exactement à Y index du férial (1), qui groupe Jacques le frère du Seigneur avec Jean l’évangéliste, sans lui donner aucune attache topographique, tandis que c’est Jacques le frère de Jean qu’il ensevelit à Jérusalem, — qui connaît, outre la sépulture de Philippe à Hiérapolis, la translation de Thomas à Edesse, — et qui, du reste, semble refléter le texte du Breviarium quant à Barthélemy, Matthieu et Simon-Jude. Le Bréviaire et les textes lériniens mêlent Astyage à l’histoire de Barthélemy : partout ailleurs, ils divergent ou se contredisent formellement. Les notices relatives à Jean n’ont presque aucun rapport l’une avec l’autre. Le texte des prêtres d’Achaïe n’envoie pas André en Scythie ; les versions qui lui sont apparentées ne localisent pas Thomas en Parthie, en Médie et à Calamnicè, ni Barthélemy en Lycaonie ou en grande Arménie, ni Matthieu en Perse, ni Simon-Jude en Mésopotamie, en Arménie et dans le Pont ; c’est la Perse qu’elles attribuent à Simon-Jude, l'Ethiopie à Matthieu, l’Inde à Barthélemy et à Thomas; dans ces textes à peu près contemporains et contradictoires, nous saisissons les « traditions » naissantes, et qui s’essayent. L’apostolat gaulois de saint Philippe n’obtint, ou je me trompe, que peu de succès, malgré Lréculphe et Guillaume, Orderic Vital et Pierre (2). E11 revanche, quelle admi-

(1) Edition de Rossi-Duchesne, ou Schermann, p. 211-213.

Nous avons un certain nombre de catalogues grecs des apôtres qui n’ont aucun rapport ni avec les légendes leuciennes, ni avec la vieille tradition ecclésiastique : le plus ancien, faussement attribué à Epiphane de Chypre, a sa plus ancienne attestation datée dans Epiphane le moine, vers 800-815 : il a dù être rédigé entre 700 et 800. [Les catalogues de pseudo-Dorothée et de pseudo-IIippolyte en dépendent; etc... Voir L. Duchesne : Les anciens recueils de légendes apostoliques , dans le compte rendu du troisième congrès scientifique international des Catholiques, Paris-Bruxelles, 1894-1895. Cinquième section : sciences historiques, p. 77; — T. Schermann : Propheten und Apostellegenden... Leipzig, 1907; — Lipsius : oplaud., 1 (1883), 179.]

Quel est le rapport du pseudo-Epiphane à notre Breviarium ? — Voici l’ordre dans lequel ils rangent les apôtres :

Ps.-Epiph. — Pierre, André, Jac. Zeb., Jean, Philip., Barth., Thorn., Mat., Jac. fr. Dni., [Sim. Zél .], Thad., Jud., [Sim. Jud.J, [Sim. Can.], Mathias, Paul, Marc, Luc.

rable fortune atteml la légende qui dit l’apostolat espagnol de saint Jacques !

Breu. — Pierre, Paul, André, Jac. Zeb., Jean, Thomas, Philip., Jac. fr. Dni., Barthél., Mat., Sim. Zél . , Jud., Mathias, [rien sur Marc, Luc].

On voit que les deux listes ne coincident guère. — Compare-t-on les notices quant à leur contenu ?

Sept notices n’ont quasi aucun rapport entre elles : Pierre, Paul, André, Jac. Zeb., Jean, Mathieu, Juda. Qu'on en juge par ces exemples :

Ps. Epiph. — ’lixtoSo; 8s ô tou Zs6s8afou, oc8eXy>6; 8s ’Iwxvvou tou suay. Taîç 8ai8sxa ouXaîç Trj; 8;aa:ropa; £/rjpu?£ to sùay. toû y., u~ô 8s cHpoi8ou tou TSTpàpy ou t fj5v Mouoaiwv ocvypéôrj ga/atpa /.ai sxsî et âor) sv Trj Touoata [Sch.

Augusti

Breu. — Jacobus, qui interpretatur supplantatus, fdius Zebedaei, frater Joannis, hic Spaniae et occidentalia loca praedicat et sub Herode gladio caesus occubuit, sepultusque est in Archaia marmarica VIII Kalendas ch. p. 208].

Siaojv 7i£T poç ô tôov (XTïoaToXwv xopuüaîoç &ç 8 ta twv sjnaToXajv auTOu z> aiveiai 8r,Xô5v sv IIovtw xa \ PaXaTta xat Ka7C7:a8oxia xai BiOuvèx xal Iv MtxXG PAa(a

xx'i sv tco ’IXXupixcp ] sxrjpu^s to sùayysXiov, uaTSpov 8s sv 'Pcogr] s~\ Nspcovoç SaaiXsco; crcaupouTai xaTa xscpaXfjç, auTOu oûtco; ;:a9sîv aÇioiaavTo;, Oztz tstxi 8s sv auTrj Trj fPaSgr) arp o Tpuov xaXavStov ’IouX-cov. [Schermann, 107-188 ; (ou 240).]

Lire le texte latin supra p. 365 n.

— Le Bréviaire a en propre : l'interprétation du nom, les détails sur la famille, la patrie, la mention de Simon, deux indications chronologiques, deux détails obscurs (qu’on a essayés d’expliquer plus haut).

— Pseudo-Epiphane a en propre : l’intégralité de son texte sauf les détails communs aux deux traditions : L le nom de Pierre; 2. le séjour à Rome ; 3. la crucifixion sous Néron ; 4. la date de l’anniversaire.

[Il n’y a rien, dans le texte latin, qui rappelle le grec aTaupouTai xa.Ta xsoxXrjç ; ce sont ces deux derniers mots que vise la proposition sui¬

vante, aÙTou outcjüç xtX : l’histoire est bien connue. Les mots ut voluit ne sont donc pas l’équivalent de aÙTou ouiw;...].

Pseudo-Epiphane seul (par rapport au Breuiarium ) envoie André en Sogdiane, à Sébaste..., au pays du Phase et des Ethiopiens ; — il ignore la mission espagnole et occidentale de Jacques fils de Zébédée, ainsi que son anniversaire ; — seul il parle, à propos de Jean, de Trajan, de Patmos et de Gaïus, mais il ignore son anniversaire et le synchronisme de cet anniversaire avec celui de Jean-Baptiste ; — il sait , comme B, que Philippe est originaire de Bethsaïde, mais il ignore la mission de Philippe dans les Gaules, sa crucifixion, sa lapidation, son anniversaire ; — il connaît, comme B, le séjour de Barthélemy iv 3AX6avta de la Grande Arménie , mais connaît seul sa mission en Inde heureuse et sa traduction indienne de l’Evangile de Matthieu; il ignore Astyage, la mission de Lycaonie, l’écorchement, l’anniversaire; — il connaît la mission de Thomas chez les Parthes et les Mèdes, ainsi que la mort à Calanmicè ; il ignore le coup de lance et la sépulture ; il parle seul de Panéas, des Perses, des Germains, des Hyrcaniens, des Bactres et des Mages ; — il sait que Matthieu repose chez les Parthes , mais ignore la Macédoine, la mission de Judée, la vocation de l’apôtre, l’anniversaire, et donne seul, outre l’ensevelissement à Iliérapolis, les détails touchant la rédaction et la traduction du premier évangile ; — il connaît l'histoire de Jacques frère du Seigneur , premier évêque de Jérusalem et son martyre , mais il dit seul que les apôtres l’ont nommé

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