‹ Le néo-manichéisme et la légende chrétienneChapitre 162 sur 185 · L’HISTORIOGRAPHIE CATHOLIQUE AU SIXIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

L’HISTORIOGRAPHIE CATHOLIQUE AU SIXIÈME SIÈCLE

La lutte du Catholicisme contre le Néo-Manichéisme a exercé, on l’a vu, une influence très notable sur les contemporains. Il semble même qu’elle ait contribué, pour une grande part, à intéresser le peuple chrétien à son histoire, qu’elle ait avivé la curiosité de tous et suscité, en quelque mesure, l’éclosion d’une littérature très particulière (1). — Comment expliquer autrement le synchronisme de la crise manichéenne et de l’épanouissement de l’historiographie catholique ?

C’est en pleine crise manichéenne qu’apparaît le Férial pseaclohiéronymien (2).

(1) Qui visait, non pas à combattre directement l’activité des Manichéens, mais à l’imiter et à la concurrencer.

(2) Martyrologium Hieronymianum, ad fîdem codicum, adiectis prolegomenis ediderunt Joli. Bapt. de Rossi et Ludouic. Duchesne [Acfa Sanctomm Nouembris... Tomi II pars prior. Bruxellis, 1894, in-folio de [LXXXI- 195] pages]. — Nous jugeons vaines les critiques de Br. Krusch : Neues Arch., XX, 437-440, XXIV, 289-337, XXVI, 349-889 et Mittheilungen devienne, XXI, 9-27 ; cf. Duchesne : Analecla Bollandiana , XVII, 437-447. — M. H. Achelis a publié en 1900, Die Marlyrologien ihre Geschichte uncl ihr Wert [Berlin Weidmann] : j’y ai fait quelques emprunts. Mais c’est l’ouvrage de de Rossi et de Duchesne qui reste le livre fondamental : j’y puise presque tous les éléments de ce paragraphe. Cf. encore Theol. Litlztg , 1888, 319 ; Mélanges... Ecole de Borne , V, 123.

LE FÉRIAL PSEUD0-H1ÉR0NYMIEN

Le férial hiéronymien est le plus ancien calendrier universel de

l’Eglise chrétienne. Il commence à Noël, jour de la Nativité de Jésus, et se termine le 24 décembre ; entre ces deux dates extrêmes sont rangés, jour par jour, les saints les plus fameux de Rome, de l’Orient et de l’Occident (1); parfois, au nom du saint est accolé le nom de la ville où le culte se perpétue. Tous les manuscrits qui l’ont conservé dérivent d’une édition faite en Gaule, à Auxerre, à la fin du sixième siècle. Les traces de cette origine gallicane sont aussi certaines que claires. Le ier janvier, par exemple, est consacré, d’après le férial, à la circoncision du Sauveur : or, c’est là une fête gauloise ; à Rome, on célèbre en ce jour l’Octave de Noël. Les deux fêtes que signale le férial à la date du 18 janvier, la Déposition de Marie et la chaire de Pierre, sont inconnues à Rome en ce jour ; et ce sont des fêtes gallicanes (2). Surtout le nombre des saints gaulois dont le férial donne les noms apporte une preuve décisive de son origine gauloise ; et parmi les villes de Gaule, il n’est pas malaisé d’apercevoir celle où travaille le rédacteur anonyme : c’est, évidemment, celle dont le calendrier local se retrouve le plus complet dans le calendrier catholique. Or, les trois églises d’Autun, de Lyon et d’Auxerre ont fourni chacune au férial 25, 26 et 3o fêtes ; le férial mentionne i5 évêques d’Autun, i5 évêques de Lyon, 17 évêques d’Auxerre : il est certain que l’éditeur habitait, non loin de Lyon et Autun, à Auxerre. Auxerre est mieux traité qu’Autun et Lyon, sans avoir l’illustration d’aucune de ces villes ; Grégoire de Tours en parle à peine. En outre, au début de chaque mois, le férial donne la rubrique laetanias indicendas ; et, dans toute l’histoire chrétienne, les litanies mensuelles ne sont mentionnées que dans les gestes des évêques d’Auxerre ; elles ont été établies par l’évêque d’Auxerre Aunachaire, dont le férial, précisément, indique l’ordination épiscopale et non la mort. Tous nos manuscrits dérivent

(1) Ces trois séries de saints correspondent aux trois documents qu’utilisait le compilateur : 1° le calendrier romain continué jusqu’en 422 ; 2° un férial oriental, de la fin du quatrième siècle, contenant des saints romains et persans ; 3° des calendriers occidentaux mal connus. L’ouvrage subit plus tard deux modifications importantes: 1° on y introduisit, dans le plus grand désordre, on ne sait quand, un très grand nombre de saints africains ; 2° à la fin du sixième siècle, on y ajouta systématiquement, en Gaule, un grand nombre de saints gaulois.

(2) Concile de Tours de 567, canon 17 ; Sacramentaire de Bobbio et Lectionnaire de Luxeuil ; Grégoire de Tours : Glor . Mart. 8, et le calendrier de Perpetuus. Duchesne : Origines du culte, 262, 258, 267. — Rossi-Üuchesne, op. laud., p. [XL].

Page 1