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LE PROLOGUE DU FÉRIAL

celle mort, marque la translation cle saint Siméon Slylile, qui date du 5 janvier 460 1). Et peut-être même date-t-il seulement de la fin de l’époque gothique : l’évêque Étienne qu’il rattache à Nicomédie en même temps que l’évêque Anthime au 5 des Kalendes de mai semble devoir être identifié avec le correspondant d’Iiormisdas (2).

Ce qui est très certain, c’est que, quelle que soit sa date précise, la compilation du férial est contemporaine de la crise manichéenne. Les dates extrêmes qui enserrent son apparition nous l’assurent ; et les lettres qui lui servent de préface 11e l’indiquent pas moins clairement.

Chromatius et Héliodore racontent à Jérôme que Théodose , au concile de Milan , a beaucoup loué la coutume de Grégoire de Gordoue : il nommait à la messe tous les saints du jour. Jérôme voudrait-il chercher dans les archives d’ Eusèbe et leur envoyer une liste des fêtes des martyrs ? — Jérôme répond que , grâce à la bienveillance de Constantin et aux enquêtes des juges , Eusèbe a pu se documenter et devenir V historiographe des martyrs. Jérôme puise à Eusèbe ; mais , comme le nombre des martyrs est énorme (il dépasse 3oo.ooo), il choisit ceux dont , en chaque pays , la fêle est le plus célèbre. En tête du livre , il inscrit les fêtes des apôtres (3).

Cette correspondance apocryphe met en scène les mêmes personnages, exactement, que la préface du pseudo-Matthieu ; le synode de Milan fait penser à ce synode mystérieux qui, dans le pseudo-Matthieu, condamne Leucius ; enfin, l’anonyme cite ses sources aussi soigneusement dans notre texte que dans l’autre : preuve qu’il a grand peur d’être traité d’apocryphe et, comme tel, rejeté. Ces écrits sont nettement apparentés : je ne serais pas étonné qu'ils fussent contemporains et qu’ils sortissent d'un même groupe de rédacteurs (4). Si cette préface a été écrite lors

(1) Non. Jan. In Antiochia depositio sancti Symeonis confessoris qui in columna stetit. — Achelis : op. land., p. 92-93.

(2) Collectio Anellcina. (Guenther, p. 713, 24] : exemplum relationis synodi Constantinopolitanae de ordinatione Epiphanii episcopi. — Cf. Lequien, I, 590. — Achelis, p. 93 : Y. Kal. mai. nicom antimi stefani epi et antoni prbi... [Rossi-Duchesne, p. 50].

(3) Cf. le texte infra, p. 378, note. — L’index des apôtres est reproduit par Duchesne : op. taud., p. [LXXV1].

(4) Noter encore le mot historiografus : il se retrouve dans Barthélemy, Simon-Jacle, Symphorose : tous textes qui semblent dater de 520-540. —

l’historiographie catholique

d’un remaniement du férial, vers les années 520-5^0, c’est la preuve que l’histoire de ce texte fameux, dans son cours aussi bien qu’à sa naissance, continuait d’être solidaire de l'histoire manichéenne. Si cette préface a pour auteur le compilateur luimême, c’est la preuve que le férial a été rédigé dans les cercles mêmes que préoccupait le péril manichéen.

C’est en pleine crise manichéenne qu’apparaît le Martyrologe pseaclo-eusébien.

Le martyrologe eusébien est un développement du férial hiéronvmien : à la date de l’anniversaire, au lieu de la fête, au nom du martyr, que fournit en général celui-ci, celui-là ajoutele nom du j uge et les détails du supplice. Ce n’est plus un calendrier gigantesque, c’est une brève histoire des martyrs, disposée du reste clans l’ordre du calendrier. Le martyrologe eusébien est l’ancêtre vénérable des martyrologes de Bède,d’Adon etd’Usuard.

Dans le De Institutione divinarum et saecularium litterarum , Cassiodore écrit :

Nolite amare desidiam...; ideo futurae beatitudinis memores, uitas Patrum, confessiones fidelium, passiones martyrum legite constanter — quas inter alia in epistola sancti Iiieronymi ad Chromatium et Heliodorum destinata procul dubio reperdis, — qui per totum orbem terrarum lluoruere ut sancta imitatio uos prouocans ad caelestia régna perducat. Scientes quia non solum in

Noter que l’auteur des lettres-préface est sans doute originaire du nord de l’Italie, patrie de Chromatius et d’Héliodore, et que c’est donc lui qui a sans doute introduit les translations de saints, à Milan, et la consécration d’une église, à Aquilée, que mentionne le férial. Or, ces reliques qu’on transporte à Milan sont des reliques des apôtres : cette église, qu’on consacre à Aquilée est dédiée aux apôtres. Cette attention portée au culte des apôtres, que les Manichéens tentaient d’accaparer, est l’indice que le texte date de la crise manichéenne. Voici les textes : VII. id. maii, de ingressu reliquiarum apostolorum Johannis Andreae et Thomae in basilica ad portam romanam ; V. K. dec. Mediolano, Lucae, Andreae, Johannis, Seueri, Euphemiae ; III non. sept, dedicatio basilicae Andreae apostoli, Lucae, Johannis, Euphemiae.

J’incline à croire en définitive [voir infra, p, 383] que les lettres-préface [la seconde sous une forme différente] datent de l’édition primitive, laquelle remonterait aux environs de 520, Rome.

LE MARTYROLOGE ESEUDO- EUSÉB1EN

agone sanguinis aut in uirginitate carnis positae sunt coronae (1)...

Cassiodore s’adresse aux moines qu’il a réunis dans le monastère de Vivarium : il les engage à fuir la paresse, le désœuvrement qui mine l’âme et prépare les chutes ; en conséquence il les engage à lire, en vue de se procurer le bonheur éternel, les vies des Pères, les confessions des fidèles, les passions des martyrs qui ont fleuri par toute la terre : le désir de les imiter les conduira au céleste royaume.

L’expression Vitae Patrum se lit dans le pseudo-concile damasien :

Item uitas Patrum, Pauli, Antoni, Hilarionis et omnibus heremitarum, quas tamen vir beatissimus descripsit Hieronymus, cum omni honore suscipimus (2).

Il s’agit donc ici, très certainement, des versions latines des histoires du Désert, et de textes analogues (Rufin).

L’expression confessiones fidelium est plus obscure : peut-être vise-t-elle les Confessiones (3) de saint Augustin, ou les imitations qu’en ont faites Paulin de Pella et Ennodius de Pavie, ou les extraits de son œuvre entière qu’a réunis Eugippius.

La mention des passiones martyrum à la suite des Vitae Patrum et des confessiones fidelium , l’idée générale qui supporte le développement de Cassiodore nous invitent à voir dans ces passiones des textes analogues aux Vitæ Patrum , et dont la lecture soit capable d’émouvoir l’âme, de l’enflammer d’un désir d’émulation et de la conduire ainsi aux cœlestia régna. — Une ligne que Cassiodore ajoute entre parenthèses modifie l'idée en la précisant : « passiones martyrum leyite constanter , écrit-il , quas inter alia in epistola sancti Hieronymi ad Chromatium et Heliodorum destinata procui dubio reperitis. » Nous ne connaissons qu’un seul texte concernant les martyrs que ces termes puissent indiquer: c’est notre férial hiéronymien; Cassiodore le désigne par le titre de sa préface.

(1) Ch. XXXII. [P. L. 70, 1147.]

(3) Confess. X, 3. « Sed quis adliuc sim, ecce in ipso tempore confessionum mearum... ». — Pourquoi fidelium , non sanctorum : le texte est-il sûr?

l’historiographie catholique

Mais s’il est vrai que ce soit ce document que vise Cassiodore dans les mots que nous avons reproduits, s’il est vrai, d’autre part, qu’il entende par là un texte développé et édifiant, on doit nécessairement conclure à l’existence d’une version développée du férial. Peut-on sérieusement soutenir que la vertu d’édification de la version vulgate soit égale à celle de la vie d Antoine ou des Confessions d’Augustin?

Un second fait confirme l’hypothèse. Les lettres-préface du férial hiéronymien (1) décrivent très précisément deux ouvrages

(1) En voici le texte intégral, d’après Duchesne.

« Domino sancto fratri Hieronimo presbitero Chromatius et Eliodorus episcopi in Domino salutem. Cum religiosissimus Theodosius augustus Mediolanensium urbem fuisset ingressus, universosque aepiscopos Italiae ad se invitasset, ob causam aliquantorum aepiscoporum qui ex arriana fece suas animas inquinassent, contigit et nostram parvitatem in eodem devenire concilio. In quo cum dicenda dicta essent et definienda difinita, coepit christianissimus princeps sanctum Gregorium Cordubensis ecclesiae in eo praeferre antestitem, quod omni die sive non ieiunans matutinas, sive ieiunans vespertinas explicans missas. eorum martyrum quorum natalicia essent plurimorum nomina memoraret. Factumque est ut omnes pariter statuerimus ad tuam nos scribere caritatem, ut famosissimum feriale de arciuis sancîi Easebii Caesoricie Palestinae sacerdotis inquirens, martyrum ad nos dirigas testa, ut possit boc officium per tuam sanctam industriam melius et perfectius Dei martyribus exhibe ri. »

« Chromatio et Eliodoro sanctis episcopis Hieronimus in Deo aeterno salutem. Constat Dominum nostrum omni die martyrum suorum triumphos excipere, quorum passiones a sancto Eusebio Caesciriensi episcopo scribtcis repperimus. Nam Constantinus augustus cum Caesaream fuisset ingressus et diceret memorato antestiti ut peteret aliqua bénéficia Caesariensi aecclesiae profutura, legitur respondisse Eusebium opibus suis ditatam aecclesiam nulla petendi beneficii necessitate conpelli, sibi tamen desiderium immobile exstitisse ut quicquid ubique in republica Romana geslum sit erga sanctos dei iudices iudicibus succedentes in universo orbe romano sollicita perscrutatione monimenta publica discutiendo perquirerent et quis martyrum, a quo judice, in qua provincia uel civitcite , quo die qucive passione perseuerentiae suae oblinuerit palmam, de ipsis arcivis sublata ipsi Eusebio regio jussu diregerent. Unde factum est ut idoneus relator exsistens aecclesiasticam historiam retexere, omnium pene martyrum provinciarum omnium Romanorum diligens historiografus declararet. Et quoniam omni die sacrificium Deo offerentes eorum nomina meminisse studetis, qui die ipso quo offertur sacrificium victores diaboli existentes martyrii sui triumpho pollen tes atque ovantes ad regem suum peruenerint Christum, hac de causa singulorum mensium singulorumque dierum festa conscripsimus , ut iubere dignati estis,perennem nostrae parvitatis memoriam fore credentes cum diebus omnibus per tôt anni spatia sanctorum fuerit nominum festivitas celebrata. Et quoniam per singulos dies diuersarum prouinciarum divei sarumque urbium plus quam octingentorum martyrum nomina sunt nominanda, ut nullus dies sit qui intra quingentorum numerum repperiri possit ascribtus, excepto die Kalend. ian., considerans inter innumeras turbas lectorum animum

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