‹ Le néo-manichéisme et la légende chrétienneChapitre 166 sur 185 · LE FRAGMENT DE LORSCII · texte numérisé non relu

LE FRAGMENT DE LORSCII

nent beaucoup d’autres détails (miracles, famille du martyr, etc.) — et le férial hiéronymien — lequel ne mentionne jamais (1) le nom du juge ni la nature du supplice; — elle ne peut donc s’appliquer qu’à un troisième document, d'un genre intermédiaire, du type de celui, précisément, que nous fait découvrir le texte de Cassiodore. L’hypothèse d’un martyrologe Eusébien antérieur à cet auteur devient très vraisemblable.

Un troisième fait la transforme en une certitude : de ce martyrologe mystérieux nous avons, sans le savoir, conservé des fragments. On relève, en plusieurs endroits du férial, des traces de développement . Je lis au 4 niai :

IIII. non. mai. In Nicomed. Antoninæ Nimiu tortæ. et uariis tormentis afflicte. ab uno brachio trib ; dieb ; suspensæ et in carcere biennio reclusæ Apriscilliano présidé, flammis exusta obiit... Et in Nurico Ripense loco. Lauriaco. natale. Floriani. et principi offîcii. presidis. ex cuius iussu. ligato saxo, collo eius deponente in fluuio anisomis susê oculis. crepantib; precipitatu uidentib ; omnib.; circumstantibus (2)...

C’est exactement un laterculum du férial auquel on aurait ajouté : î, le nom du juge; 2. le genre du supplice ; n’est-ce pas le type même que décrit pseudo-Jérôme ?

En 1882, Stevenson (3) a découvert un fragment de manuscrit du VIIIe ou du IXe siècle qu’avait jadis signalé Schelstrate : une erreur dans la transcription de la cote [283 pour 238] avait empêché de le retrouver plus tôt. Ce fragment, dit de Lorsch, comprend cinq pages insérées dans le Palatinus 238 et reproduit de brèves passiones martgrum (4), rangées dans l’ordre du calendrier, depuis le VIII Kal. ian jusqu’au III non ian. Il faut dire que tous les martyrs de chaque jour ne sont pas également favorisés ; le même fait se retrouve, du reste, dans les martyrologes postérieurs ; et l'on en distingue sans peine la cause : le rédacteur pseudo-eusébien dépend de ses sources; si elles ne lui fournissent pas les renseignements qu’il cherche, il transcrit simplement le férial. Voici ce qu’il donne au IV des Ixalendes de janvier :

(1) Sauf la restriction faite plus bas.

(2) Rossi-Duchesne, p. 54.

(3) Bullet. 1882, 109. — Cf. Schelstrate : Manuscrit de S1 2 3 4 Marc, XIV, 78, p. 37-41, de Rossi-Duchesne, p. x-xi.

(4) De Rossi rapproche également le fragment de Lorsch du texte de Cassiodore [F. H. x-xi]. Ses notices ne sont pas des gloses d’âge postérieur ; on en retrouve la trace dans d’autres manuscrits fcf. prid. non . ian . dans le W]. — Cf. de Rossi: F. H. p. [xi] .

l’historiographie catholique

In Africa Domici Victurini Crescenii [Rossi-Duchesne, 2].

Notre auteur ne sait rien sur ces martyrs.

Voici ce qu’il écrit au II des noues de janvier:

II. Non Ianuar... In ciu Tomis Claudionis Eugeni Rodi et trium fratrum Argei Narcissi et Marcellini pueri Xpiani Fili epi qui sub licinio inter tyrones conphensus cum nollet mililare cessus ad mortem carcere mancipatus missus in ceppo est donec relatione esset responsu dimersoq. in mare delato corpore eius in litore a religiosissimis uiris depositu e in uilla Amanti religiosi uiri ubi fnint orationes magnæ [Rossi-Duchesne, 5].

Notre auteur a trouvé une passion : il la résume selon les règles qu’il s’est fixées.

Si l’on rapproche maintenant les trois faits que j’ai exposés un à un, de nouvelles lumières jaillissent. On s’explique fort bien la parenthèse de Cassiodore ; il veut indiquer à ses moines des livres d’édification; les passions de martyrs lui viennent aussitôt à l'esprit ; il aime autant qu’un autre à comparer Yagon carnis que soutient le moine à Yagon sanguinis que livre le martyr.

Mais aussitôt le décret pseudo-damasien lui revient à la pensée ; il se rappelle les répugnances de l’église romaine pour ces légendes apocryphes, insipides, parfois hérétiques ( î) ; il ne voudrait pas en recommander la lecture à ses compagnons; et il ne peut pas, d’autre part, fermer les yeux sur la valeur édifiante des gestes. C’est alors qu’il indique le martyrologe : on trouve là, en bref, tout l’essentiel des passiones ; on n’y est pas offusqué par ces détails ridicules, ab infîdelibus et idiotis superftua aut minus apta quam rei ordo fuerit... « Lisez le martyrologe ».

Je soupçonne même que l’auteur anonyme avait la même pensée que Cassiodore, et que c’est le décret pseudo-damasien qui l’a poussé à l’écrire. Les amis des gesta martyrum faisaient grand bruit de leur valeur édifiante pour les âmes ; leurs ennemis, qui en voyaient les ridicules et les dangers, étaient gênés pour répondre à l’argument. Ne pouvait-on pas élaguer ces superfluités qui les choquaient, et conserver, pour le plus grand bien des âmes, ces hautes leçons de sacrifice qu’avaient données les martyrs ?

Le martyrologe serait donc postérieur à pseudo-Damase aussi bien qu’à pseudo-Jérôme, et remonterait aux années 52o-53o. Or je remarque que les lettres-préface du férial n’ont pas nécessaire-

(1) Voir supra p. 187.

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