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LE SACRAMENTAIRE ROMAIN

Ce sacramentaire, comme le férial, a été retouché à différentes époques : on peut discerner lesquelles, on peut indiquer aussi la date de son origine.

La secrète de la messe 28 du mois de juillet, qui fait allusion à un siège, doit être reportée au temps de Pâques. On y lit, en effet :

Munera nomini tuo, Domine, cum gratiarum actione deferimus qui nos ab infestis hostibus liberatos paschale sacramentum secura tribuis mente suscipere.

Or, « les sièges ou pillages de Rome par Alaric, Genseric, Ricimer, se placent tous dans les mois d’été ; il ne peut donc y avoir été fait allusion dans la prière qui nous occupe. Au contraire, le long siège de Vitigès, qui dura une année entière, fut levé au mois de mars. Cette année-là (538), le dimanche de Pâques tombait le 4 avril. La coïncidence est remarquable (1). » Le sacramentaire a donc été retouché en 538, s’il a été composé antérieurement à cette date.

De fait, il a été formé au temps de Simplicius et de son successeur.

Les prières de la dernière messe du mois d’octobre remplacent le nom de Silvestre par le nom du pape Simplicius, mort en 483 (2) : c’est certainement une retouche. Mais voici qui est plus intéressant : les prières de la messe du 22 novembre dépendent des gestes de Cécile ; voici le texte :

Quae dum humanis deuota nuptiis thalamos temporales contemneret, sponsum sibi qui perpetuus esset, præsumpto praemio castitatis, adhibuit et aeternitatem uitae maluit quam ut mundo procrearet originem ; in cuius gloriam etiam illud accessit ut Valerianum, cui fuerat matrimonii iure copulanda, in perpetuum sibi

bernari per quos sumpsit religionis exordium...; et 47, lignes 13-16 : Omp semp Deus qui hune diem beatorum apostolorum Pétri et Pauli mysterio consecrasti da ecclesiam tuam toto terrarum orbe difïusam eorum sequi pia devotione doctrinam per quos sumpsit religionis exordium...

— On a publié naguère une dissertation de Maffeisur notre sacramentaire : Il Sacramentario Veronese e Scipione Maffei [Accademia reale delle scienze di Torino, 1897-98, Torino. Clausen, 1898, 51 p. in-8] : elle est dirigée contre G. Acami : Dell' anlichilà e pregi del Sacramentario Veronese [Roma, 1748]. C’est M. A. Spagnola qui l’a éditée. [Lejay : R.H.L.R. VII, 1902,284-285.]

(1) Ces faits ont été indiqués par Mgr Duchesne, à qui j’emprunte ce passage. Culte, p. 131. Mais je ne saurais admettre la date qu’il assigne au recueil.

(2) Feltœ, p. 148, ligne 11.

3&6 l’historiographie catholique

socians martyr casta consortium secum duceret ad coronam per (1)... »

Or les gestes de Cécile semblent être postérieurs à 486, année où parut l’histoire de Victor de Vite (2). — Je remarque encore une prière du mois de juin ;on y trouve un écho des polémiques auxquelles le décret damasien fait allusion :

Sic dispensatione diversa unam Xri familiam congregantes lempore licet discreto recurrens una dies in aeternum et una corona sociavit per (3) . ..

Voici qui est plus décisif. On a vu plus haut (4) qu’Hilaire [46 1 -468] avait consacré un oratoire à l’apôtre Jean l’Évangéliste, le pape Simplicius [468-483] une basilique à l’apôtre André, auquel le pape Gélase [492-496] élevait également un oratoire, et que c’est seulement au temps de Symmaque [4q8-5i4] que saint Thomas se vit honoré d’un culte particulier. Or le compilateur anonyme ne connaît que deux apôtres, indépendamment de Pierre et de Paul : ce sont Jean et André.

PRID. KAL. DEC. N. SCI ANDREAE APOSTOLI

Da nobis quaesumus Dne Ds noster beati apostoli tui Andreae intercessionibus sublevari (5)...

IN NATALE SCI IOHANNIS EVANGELISTAE

Omp semp Ds qui huius diei uenerandam scamque laetitiam beati apostoli tui Johannis evangelistae festivitate tribuisti (6)...

Aucune prière ne mentionne saint Thomas ; et le fait ne peut pas s’expliquer par une lacune accidentelle de notre manuscrit: Thomas est fêté le 21 et le 28 décembre ainsi que le 3 juin ; les mois de juin et de décembre sont au complet dans le Veronensis (7). Notre recueil est donc antérieur à Symmaque [498-514] et postérieur à Hilaire et Simplicius [461 -483] (8).

(1) Feltœ, p. 149, lignes 12-18.

(2) G. M. R., I, 293-296. Mais ce texte ne dérive-t-il pas d’une interpolation ?

(3) Feltœ, p. 49, 1. 26-27. Cf. supra, p. 199.

(4) Cf. supra , p. 334. La prière mentionnée plus haut peut être antérieure au temps de Symmaque.

(6) Feltœ, p. 156-159 : saint André est très souvent nommé dans ces prières.

(6) Feltœ, p. 164-166.

(7) Les prières du mois de juin occupent 22 pages, les prières du mois de décembre 13, dans l’édition Feltœ.

(8) Depuis que ces lignes étaient écrites, une très curieuse et très minutieuse étude a été faite du Sacramentaire léonien par M. Martin Rule :

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