‹ Le néo-manichéisme et la légende chrétienneChapitre 17 sur 185 · LE TITRE DU LIBELLUS DE PASTOR · texte numérisé non relu

LE TITRE DU LIBELLUS DE PASTOR

précisément entre les deux conciles de Tolède de ^oo et de 527 (53 1 ) ;et voici comment ils l’intitulent :

Incipit régula fîdei catholicae contra omnes haereses et quam maxime contra Priscillianos, quam episcopi Tarraconenses, Carthaginenses, Lusitani et Baetici fecerunt, et cum praecepto papae urbis Romae Leonis ad Balconium episcopum Galliciae transmiserunt.

Cette donnée concorde à merveille avec le discours de Lucretius. Les deux textes, pourtant, sont peut-être indépendants l'un de l’autre : notre incipit ignore le notaire Turribius, si Lucretius connaît l’envoi d’une régula fidei aux églises de Galice par l’Église d’Espagne.

On peut donc conclure avec sécurité que saint Léon a fait front, en Espagne aussi bien qu’à Rome, contre le péril manichéopriscillianiste : il l’a fait condamner ici et là par des assemblées conciliaires (î).Mais combien délicate était la lutte: c’est de tout

nous ont été conservés par tous nos manuscrits ; ils ignorent tous la condamnation doctrinale (le texte de celle-ci [Mansi, 111,1004] n’a été conservé que par hasard dans le Codex AEmiliani de YHispana augmentée. [Maassen, 217, et P. L. 54, 1334, note des Ballerini.) On devine ce qui s’est passé : la condamnation du Priscillianisme portée par Symphosius présente un intérêt purement historique, et c’est au point de vue pratique que se placent toujours les auteurs des collections canoniques : ils auront , en conséquence , remplacé le texte de 400 par le texte de 448, celui-ci ayant une portée plus générale que celui-là. Leur conduite s’explique beaucoup mieux dans l’hypothèse qui attribue une origine conciliaire au texte de 448 que dans l’hypothèse contraire.

Il faudrait encore fouiller les manuscrits : Pagi en connaît qui donnent tantôt 12, tantôt 26 anathématismes [cité par Künstle, A. 27, note]. Le texte du Berolinensis 78 ne donne que 12 anathématismes [Künstle, A. 131].

(1) Si l’on en croit les vraisemblances, et le texte formel du Codex Augiensis XVIII [il intitule ainsi le libellus de Pastor : Régula fidei catholicae concilii toletanae civitatis], le concile des quatre grandes provinces ecclésiastiques s’est tenu à Tolède, 448.

Contre notre hypothèse (seconde intervention de Léon, réalité des conciles), on peut faire valoir trois faits : 1. le silence d’Hydace. Nous avons dit ce qu’il en faut penser. — 2. La mauvaise volonté des Ariens. Mais les Ariens, à ce moment, ont peu de pouvoir en Espagne. Depuis le départ des Vandales, 429, jusqu’à la victoire des Goths à Orbega et au sac de Braga, 456, les Suèves dominent l’Espagne ; or, ils se convertissent peu à peu au catholicisme, avec leurs rois, peut-être Rechila 439-448, sûrement Richiaire, 448-456. L’empire ne garde guère que la Tarragonaise, grâce à Asturius et à Vitus, et une partie du sud-est. Peut-être l’avènement de Richiaire a-t-il facilité l’effort catholique. Voir Leclercq : Espagne chrét., p. 226-227. — 3. La lettre à Balconius est un faux fabriqué

LE NÉO-MANICIIÉISME AU TEMPS DE SAINT LÉON

le Christianisme (i) qu’il s’agit; et, en Italie, la plupart des évêques sont tièdes; en Galice, plusieurs évêques trahissent en cachette la foi dont ils ont reçu le dépôt (2) !

après Braga. Mais le peu que nous en savons montre en elle un complément très naturel de la lettre à Thoribius, dont on a dit l’authenticité. Et l’on devrait bien nous fixer un peu précisément sur le bat que poursuivent ces continuateurs plagiaires du Concile de Braga. Que les Pères de Braga, cent ans après saint Léon, rééditent saint Léon, je le comprends; que dix ou vingt ans après Braga, on réédite Braga en faisant faussement intervenir saint Léon, en Espagne, c’est invraisemblable.

(1) « Is contra Evangelium Christi, contra apostolicam doctrinam, contra universalis Ecclesiae symbolum... » [Léon à Thoribius. P. L. 54, GUI, A.]

(2) Aucun texte conciliaire latin, du temps de saint Léon, [autre que ceux qui ont été étudiés dans ce chapitre] ne cite les Manichéens. Mais peut-être ont-ils été plus ou moins directement visés par quelques conciles gaulois de ce temps. La loi du célibat ecclésiastique est plus précisément déterminée, plus rigoureusement appliquée [concile d’Orange de 441 : canons 22, 23, 24, 25 ; cf. canon 28 ; concile d’Arles de 443-452 : canons 2, 3, 4 ; cf. canon 7. Ne pas oublier que l’ascétisme est l'arme la plus prestigieuse des hérétiques]. Les diaconnesses sont supprimées [Orange : canon 26. Les Priscillianistes au moins admettaient les droits sacerdotaux de la femme]. Les inconnus ne doivent être ordonnés prêtres qu’à deux conditions : l’évêque consécrateur prendra d’abord conseil de l’évêque auprès duquel a vécu le clerc inconnu ; l’évêque consécrateur doit se charger du clerc ordonné [Orange : canon 8. Ne pas oublier avec quelle audace les hérétiques se glissaiept parmi les fidèles, et voir la lettre de saint Grégoire le Grand, infra p. 76]. [Rapprocher encore les canons 7 et 8 de Vaison, 442, touchant les évêques coupables de l’attitude incertaine de plusieurs à l’endroit de l’hérésie]. [Voir Mansi, t. VI, passim et Helefe-Leclercq, II, 1, 431-476.] — Et noter que Vincent de Lérins connaît très bien les Manichéens et les Priscillianistes : « Manichaeorum sit ista dementia, qui phantasiae praedicatores aiunt Filium Dei Deum personam hominis non substantia exstitisse, sed actu putativo quodam et conversatione simulasse [Comnion, § 14. P. L. 50, 657]... Quis ante magum Simonem, apostolica districtione percussum — a quo vêtus ille turpitudinum gurges usque in novissimum Priscillianum continua et occulta successione manavit — auctorem malorum id est scelerum, impietatum flagitiorumque nostrorum ausus est dicere creatorem Deum [g 24. P. L. 50, 671]... Lege Pauli Samosateni, Priscilliani opuscula... cernas... prope nullam omitti paginam quae non Novi aut Veteris Testament sententiis fucata et colorata sit [§ 25. Col. 672], — Qui sait si l’évêque gaulois Sabbatius ne vit pas à ce moment? d’après Gennadius, Scrip. Eccl., 25. P. L. 58, 1075, il a démontré l’unité de Dieu et de la création, la réalité de la chair du Christ, la consubstantialité et l’éternité du Père et du Fils dans un traité intitulé de Fide adversus Marcionem [? Marcum?] et Valentinum eius auctorem et adversus Eunomium et eius magistrum Aetium. — Le mystérieux Eusèbe d’Emèse semble ignorer nos hérétiques. Noter seulement avec quelle insistance il combat les orientales haeretici qui nient la réelle maternité de Marie [Bibl. Max. Vet. Patrum , VI, 1677 (Lyon), 619-620: de nativ. Dni ] et précise la doctrine trinitaire [il formule le filioque, col. 769].

C’est avec les mêmes hésitations que je rattacherais à cette époque deux évêques espagnols qui, d’après le témoignage de Gennadius, com-

S \BBATIUS, OLYMPIUS, AUDENTIUS

battirent le Manichéisme : Olympius qui scripsit librum ficlei adversus eo< qui ncituram et non arbitrium in culpam vocant , ostendens non crealione sed inobœdienlia insertnm natnrcie malnm [§ 23. P. L. 58, 1074] ; Audentius qui scripsit adversus Manichaeos Sabellianos et Arianos, maxime quoque speciali intentione contre Photinianos qui nunc vocantur Bonosiaci librum quem praetitulavit de Fide adversum haerelicos... [§ 14. P. L. 58, 1068]. Serait-il d’aventure l’auteur des sept livres sur la Trinité, sur lesquels infra, p. 207, n.

Sur les Regulae definitionum , le contra Varimadum et le contra Felicianum , qui paraissent dater de saint Léon et combattent parfois nos hérétiques, voir infra p. 203, n. Audentius a-t-il écrit un des deux derniers ?

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