LE LIBER PONTIFICALIS
Linus, natione I talus, regionis [Tusciae], pâtre Herculano, sedit ann . XI m. III d. XII. Fuit autem temporibus Neronis, a consulatu Saturnini et Scipionis usque ad Capitone et Rufino consulibus. Martyrio coronatur. Hic ex precepto beati Pétri constituit ut millier in ecclesia velato capite introiret. Oui et sepultus est iuxta corpus beat! Pétri in Vaticano VI 1 1 1 Kal. octob.
Le texte ne peut pas être antérieur au temps de Symmaque [498-5 1 4]. Jusque-là, les notices contiennent des erreurs assez graves : c’est ainsi que Théophile d’Alexandrie, mort en 412, est donné comme un contemporain du pape Victor, mort en 198, et que Damase [366-384] est placé sous Julien [-j- 363] ; or certaines de ces erreurs dérivent dedocuments apocryphes rédigés vers 5oi. De plus, l’histoire du schisme acacien est racontée avec des inexactitudes assez graves et des erreurs de date qui s’étendent jusqu’à la biographie de Gélase[*[- 496] inclusivement : la mission du defensor Tutus est indûment placée avant celle de Misenus et de Vitalis. — D’autre part, l’absence de traits byzantins prouve clairement que, au moins dans sa première partie, le Liber Pontificalis n’a pas pu être rédigé après l’établissement de la domination grecque [537-552] : on ne voit jamais, dans les notices antérieures à ce temps, aucun détail qui rappelle la confirmation du pape par l’empereur, ou la disparition du sénat romain, ou l'organisation des patrimoines, ou l’invasion des usages ecclésiastiques orientaux, ou la séparation de l’Italie en deux camps ennemis. Tous ces faits caractérisent l’époque byzantine. Si le livre pontifical eût été rédigé à ce moment, croit-on qu’il ne s’en fût pas ressenti ? Lorsque les hommes racontent les temps anciens sans y apporter un soin et une critique extraordinaires, ilsles représentent toujours comme s’ils étaient tout semblables à ceux où ils vivent. Notre anonyme ne se gène pas pour donner au carême du pape Télesphore la même longueur qu’avait au sixième siècle ce temps de pénitence.
On peut préciser. Les notices des papes qui se sont succédé depuis Anastase II [496] jusqu’à Silvère [f 53y] sont certainement l’œuvre d’un contemporain. Le commencement et la fin de Silvère ont été écrits par deux personnages différents : le premier le détestait et montrait en lui l’homme du méchant Théodat et le tyran du clergé romain ; le second en fait le type du juste persécuté et modèle son histoire sur l'histoire de Jésus devant Pilate. Le siège de Rome en 537 est décrit avec autant d’exactitude que de couleur et de passion ; et il en est de même,
l/ HISTORIOGRAPHIE CATHOLIQUE
Lorsque le rédacteur raconte la compétition de Dioscore et de Bonifsce II, celle de Laurent et de Symmaque ; et les dates consulaires reparaissent à partir de 49$.
Enfin, il’ existe un abrégé du Liber Pontificalis qui s’arrête à la mort de Félix IV [52Ô-53o]. L’origine récente de ce texte court par rapport au texte long est solidement établie : les phrases que celui-ci a de plus que celui-là se rapportent toujours à des faits du même ordre que ce qu’on trouve dans le texte commun aux d.eux rédactions, et ne trahissent nulle part un esprit ou un âge différent ; en outre, le texte court présente des traces évidentes de suppressions arbitraires, faites uniquement en vue d’abréger le texte; enfin, un catalogue pontifical appelé catalogue Libérien h noyau très certain des deux autres textes, se retrouve intégralement dans le texte long et présente, dans le texte court, de très, notables coupures.
Ces faits requièrent une explication, et une seule : il y a eu une édition du Liber Pontificalis qui s’arrêtait en 53o ; fauteur de ce livre avait commencé d’écrire à la fin du pontificat de Symmaque [408-5i4] ou au début du pontificat d’Idormisdas [5l4-ô23] e fil continua son histoire jusqu’en 53o.
On a pourtant contesté cette conclusion et prétendu que les gestes des papes ne pouvaient pas avoir été écrits avant la mort de Grégoire le Grand, 6o4- On fait valoir : 1. la notice de saint Pierre parait, dépendre d’une lettre de Grégoire [VII, 37] ; 2' la notice de Télesphore parle d’un carême de sept semaines, et le carême, au temps de Grégoire, durait six semaines seulement ; 3.des chiffres qui expriment la vacance du siège ne deviennent régulièrement exacts qu’à partir d’Honorius [625-638]; 4- même observation pour les chiffres d’ordination ; 5. il y a des inexactitudes dans les dates obituaires des papes contemporains des Goths ; 6. Tbéodoric est traité d’hérétique, Pierre d’Altinum est, à tort, qualifié cVinras r seclis apostolicae ; 7. le style est barbare et ne convient pas au sixième siècle.
Ces arguments ne touchent en rien les raisons qu’on a dites et qui militent en faveur du temps des Goths ; de plus, elles sont dénuées de toute valeur. 1. Il s’agit des sept ans que Pierre siégea à Antioche: le Libéré, t Grégoire s’accordent en ce point. Pourquoi ne serait-ce pas Grégoire qui dépend du Liber ; ou pourquoi tous deux ne dépendraient-ils pas d’une source commune? — 2. LL est vrai qu’après Grégoire on a allongé de quatre jours le carême de six semaines. Quatre jours font-ils une