E PROLOGUE PSEUDO-D AMASIEN
semaine? — 3-5. Après 53o, le Liber a été interrompu : la rédaction n’en a été reprise que par à-coups, à la fin du sixième et au début du septième siècle ; ainsi s’expliquent les erreurs des notices qui content l’histoire de certains papes, après Félix IV ; les quelques erreurs qui déparent les notices des temps gothiques s’expliquent paléographiquement. — 6. Le Liber a une origine populaire et c’est les milieux populaires qu’il vise. — 7. Les Apocryphes Symmachiens datent certainement du début du sixième siècle; leur langue est beaucoup plus barbare encore que la langue du Liber.
J’ajoute une dernière considération. Le Liber Pontificalis est précédé d’une préface en forme de lettres. En voici le texte:
Beatissimo papae Damaso Hieronimus.
Gloria sanctitatis tuae nostra humilitas deprecatur, ut secundum apostolicae sedis quam cognovimus gubernari per tuam sanctitatem, hoc curvi precamur ut actus gestorum a beati Pétri apostoli principatum usque ad vestra tempora, quae gesta sunt in sedem tuam, nobis per ordinem enarrare digneris ; quatenus nostra humilitas sentire cognoscat, qui meruit de episcoporum supradictae sedis martyrio coronari, vel qui contra canones apostolorum excessisse cognoscatur. Ora pro nobis, beatissime papa.
Damasus episcopus urbis Romae Hieronimo presbitero.
Gaudet Ecclesia tuo fonte iam satiata et amplius sitit curiositas temporum sacerdotalis ut quod dignum est cognoscatur et quod indignum respuatur. Tamen quod gestum est, quod potuimus repperire, nostrae sedis studium ad tuam caritatem gaudentes direximus. Ora pro nobis ad sanctam Resurrectionem, frater et conpresbiter. Yale in Christo Deo domino nostro. Data X Kal. iunias. Accepta VI Kl. oct. Missa de Roma Hierusolima.
[Duchesne, 1, 117.]
Ainsi Jérôme demande à Damase d’écrire l’histoire des papes jusqu’à lui, afin qu’on puisse connaître et ceux qui ont obtenu la couronne du martyre et ceux qui ont violé les canons des apôtres, quatenus nostra humilitas sentire coynoscat qui meruit de episcoporum supradictae sedis martyrio coronari vel qui contra canones apostolorum excessisse cognoscatur. Ce qui suggère immédiatement deux observations : 1. nous connaissons, à l’époque ostrogothique, des préfaces en forme de lettres, qui mettent en scène saint Jérôme ; on n’en connaît pas une qui soit certainement datée du temps d’Honorius ; 2. J’anonyme s’intéresse à la fois aux canons des apôtres et aux gestes des martyrs: on ne voit pas qu’au temps d’Honorius on ait témoigné un inté-
l’historiographie catholique
rêt spécial aux canons apostoliques, tandis que c’est au temps des Goths qu’apparaissent à la fois et la collection de Denvs et les gestes des martyrs. C’est bien sous le pontificat d’Hormisdas qu’on a écrit le Liber Pontificalis.
Il est donc exact de dire que l’époque ostrogothique a vu s’épanouir l’historiographie catholique chez les Latins. Au contraire de ce qu’on eût pu attendre, ce n’est pas à l’époque de s. Léon ni de s. Damase que les Romains ont rédigé les gestes de leurs papes et de leurs saints, mais au temps d’Hormisdas et de Symmaque. Ce fait étrange requiert une explication. N’estce pas l’entreprise des Néo-Manichéens, je veux dire l’usage qu’ils faisaient de l’histoire, la forme historique qu’ils donnaient à leurs écrits de propagande, qui ont attiré de ce côté l’attention des Catholiques romains, les ont pressés de s’intéresser à ce passé qu’il négligeaient, et, par là, ont provoqué l’essor de leurs travaux d’histoire (1)?
(1) Cf. l’influence de la science anti-chrétienne sur l’essor de la science chrétienne à la fin du dix-neuvième siècle.
Je ne prétends pas nier l’action concurrente d’autres causes (voir mes recherches sur l’hagiographie lérinienne, G. M. R. II); j’admettrai d’autant plus volontiers celle-là qu’on aura déterminé celles-ci.