LE DE FIDE CATHOLICA
dum, nativitas; tercium, passio; quarta, mors; quintum, resurrectio; sextum, gloria; septimum, regnum. Hec ergo Chrislus dum per hominem cuncta compleret, omnia que in Scripturis erant clausa atque signata aperuit atque signauit.
5. 12. P. 72. In fîde D. N. I. C. omnem patriarcharum chorum mansisse significat.
5. o. P. 28. Intelligi voluit omnem predicationem veterum Apostolorum etiam celestem sanctamque doctrinam Dei iuditio et Dei inspiratione procedere... Omnia hec ex uno auctore Deo procedere confitemur (1).
Est -ce Montanus, est-ce Thoribius le jeune, est-ce Apringius, est -ce un de leurs amis qui rédigea le traité de fuie catholica longtemps attribué à Boèce? J’imagine que c’est du moins à leur époque et dans leur pays qu’il en faut chercher l’auteur.
Le de fuie catholica (2) est une exposition d’ensemble de la foi chrétienne : cette foi repose sur l’autorité des deux Testaments et enseigne le dogme de la Trinité, « forteresse de notre religion » ; on résume alors l’histoire des choses, la création, la révolte des anges, la création des hommes, leurs remplaçants, la chute d’Adam, le péché originel, le choix d’Abraham et la formation d'Israël; on en vient ensuite à l’Incarnation, à la naissance, à la prédication et à la résurrection de Jésus et l’on dit comment se perpétue son œuvre rédemptrice par le baptême, l’enseignement, les miracles, la médecine des sacrements.
Cet exposé général est nuancé de telle sorte qu’il vise à la fois les Ariens, les Priscillianistes et les Manichéens. — Il vise les Ariens :
— Divinam P. et F. ac S. S. exstitisse substantiam ita ut deum dicat P., deum F., deum S. S., nec tamen très deos sed unum [p. 175]; P. itaque habere F. ex sua substantia genitum et sibi... coaeternum.
(1) Noter deux passages dirigés contre les Ariens : , 8, p. 5, perys-
tera... divinitatem... S. Spir. in trinitatis unitate commendat. — V, 5, p. 4. Verbum... ante adsumptionem carnis erat apud Patrem in gloria.
Voir encore (I, 1, p. 2) : non aliquibus falsiloquis scripta carminibus. Ces carmina falsiloqaa ne sont-ils pas des hymnes priscillianistes ou manichéens ?
(2) Le texte se lit dans l’édition de la Philosophiae Consolatio (de Boèce) de R. Peiper, Lipsiae, 1871. On en a un ms. du huitième siècle. Rand a démontré que, pour des raisons philologiques, le texte ne pouvait pas être de Boèce, Jahrbücher fur classische Philologie..., XXVI. Supplementband, 401. — Künstle, A. 202, tient pour l’origine gauloise du texte : l’origine espagnole me parait plus vraisemblable.
— I)e qua (Trinitate).. . multi carnaliter sentientes aduersa locuti sunt ut Arrius qui, licet Deum dicat Filium, minorem tamen Pâtre... [p. 176J.
Il vise les Priscillianistes :
— Quem F. eatenus confitetur (christiana fides) ut non sit idem qui P. est, neque P. aliquando fuisse F..., neque F... aliquando fîeri P. [p. 175-176].
— Sabelliani quoque non très existentes Personas sed unam ausi sunt affîrmare, eundem dicentes P. esse qui F. est eundemque F. qui P. est, atque S. S. eundem esse qui P. et F. est [p. 176].
— (Jésus) dat ergo formam discipulis suis baptizandi [p. 183, 1. 216. — Voir infra, p. 61 et p. 21, 23, pour ce que nous savons de la forma du baptême priscillianiste.]
Il vise les Manichéens :
Manicliei quoque qui duo prineipia sibi coaeterna et adversa profîtentur unigenitum dei esse non credunt. indignum enim iudicant, si deus habere filium uideatur, niliil aliud cogitantes nisi carnaliter, ut quia haec generatio duorum corporum commixtione procedit, illic quoque indignum esse intellectum huiusmodi applicare; quae res eos nec uetus facit recipere testamentum neque in integro nouum... error eorum... ex uirgine generationem filii non uult admittere, ne humano corpore polluta uideatur dei fuisse natura. Sed de bis hactenus [pp. 176-177].
— Quamvis nomen ipsum Christi vêtus intra semet continuent instrumentum [p. 175, 1. 2-3].
— Haec tamen ut credantur uetus ac nova informât instructio [p. 176].
— Hoc est principale religionis nostrae ut credat non solum animas non perire, sed ipsa quoque corpora quae mortis adventus resolverat in statum pristinum futura de beatitudine reparari
— (Hominem) arbitrii libertate decorauit (Deus) [p. 177, 1. 69].
— (Jacob) quoque XII patriarchas genuit, non (scilicet nihil) reputante Deo in eorum numéro, quos more suo natura produxe*rat [p. 180, 1. 144-146].
— (Dieu auteur de l’histoire d’Israël.)
D’autre part, le texte paraît postérieur au milieu du cinquième siècle.
— Sanctum vero Spiritum... a P. quoque procedentem uel F. [p. 176, uel = et, dès Priscillien. Voir l’index de Schepps].
l’afrioue
— (La vraie nature de Lhomme-Dieu a été défigurée par beaucoup, notamment par Nestorius et Eutyches) [p. 183].
— On semble attendre la fin du monde. « Sola ergo nunc est fidelium expectatio qua credimus affuturum finem mundi, omnia corruptibilia transitura... solumque esse praemium beatitudinis : contemplatio conditoris (1). »
L’Afrique, dont l’histoire paraît toujours si étroitement liée à l’histoire d’Espagne, ne semble pas avoir échappé en ce moment à la contagion de l’hérésie. Mais il s’en faut que les Catholiques aient alors pu la combattre : ils étaient persécutés eux-mêmes. Le roi vandale Hunéric, un arien fougueux, mettait la force au service de son orthodoxie; Manichéens et Catholiques pâtissaient également.
(Hunericus), ut se religiosum ostenderet, statuit sollicitius requirendos haereticos Manichaeos ex quibus multos incendit, plurimos autem distraxit navibus transmarinis ; quos pene omnes Manichaeos suae religionis invenit et praecipue presbyteros et diaconos, arianae haereseos (2).
Les Manichéens furent traqués, brûlés, exilés : la persécution semble avoir été particulièrement violente. Et l’intention que Victor de Vite prête à Hunéric lorsqu’il la déchaîna paraît
(1) Noter ce que dit le texte des deux sens de la Bible, allégorique et historique [p. 178. Cf. Junilius et Cassiodore] ; son insistance anti-pélagienne [pp. 179, 183] qui favorise l’hypothèse d’une origine gauloise [voir p. 57, n. ce que je dis d’Arles et de Lérins, et de leurs rapports avec l’Espagne de 510 à 540 environ] ; l’affirmation de la triple virginité de Marie [p. 182, lignes 190-194]. Aucune allusion aux luttes entre Catholiques et Ariens de 540 à 589 : le texte leur est sans doute antérieur.
J’incline à rapprocher du de Fide catholica une courte profession de foi — qu’a conservée VAugiensis XVIII — et qui expose la foi catholique touchant la Trinité à l’encontre des Ariens et des Priscillianistes. J’y relève une expression tout à fait pareille à celle qu’on remarque dans le de Fide catholica et que je cite dans le texte : Hoc enim fidei nostrae secundum evangelicam et apostolicam doctrinam principale est, dominum nostrum J.-C. et dei filium a pâtre nec honoris confusione nec virtutis potestate nec substantiae diuinitate nec interuallo temporis separari. [C’est le texte Clemens trinitas una diuinitas.... unus fons, una..., et très unum sunt... Sed... discreti nominibus..., distinct i personis..., très quoque. — Il est imprimé dans Künstle, B. 147 et A. 65.]
(2) Pers. Vand., II, 1. P. L. 58, 201. — La profession de foi des évêques catholiques à la conférence de 484 condamne nettement les tendances sabellianistes: mais ces précisions visent moins, semble-t-il, à réfuter des Priscillianistes qu’à bien marquer les points de contact entre l’arianisme et le catholicisme [Hahn, 218-220].
indiquer encore et la puissance de l’Église proscrite, et l’horreur qu’elle inspirait.
Vigile de Thapse l’attaque en passant, quand il combat l’Eutychianisme : les deux hérésies ne témoignent-elles à la matière et au corps la même méfiance?
Manichaeum itidem cum de veritate dominici corporis obtundo, quod non fallaci simulatione et quibusdam illusionum praestigiis fuerit susceptum, tumentem Virginis alvum allego (1).
Fulgence de Ruspe atteste que l’hérésie est toujours vivante au début du sixième siècle : il n’oublie pas, à l’occasion, de noter et de condamner ses doctrines (2).
(1) Contra Eutychetem libri quinque , I, 3. P. L. 62, 96 ; voir I, 7 (col. 97) . « In quo me loco ( Phil. , 2, 7) Manichaeus strangulat » et II, 3 (col. 105) : « Item Manichaeus, dum tantarum virtutum miracula respicit quae Dei Filius operatus est, non vult eum hominem confiteri.» — Noterencore l’antimanichéisme latent du livre III. Pourquoi Vigile n’a-t-il pas insisté davantage sur les points de contact du Manichéisme et de l’Eutychianisme ?
(2) Dualisme : de Incarn. 32-33. Quisquis est Ecclesiae qui... ilia proposuit, asserens muscas, scorpiones, pulices et cimices, non a Deo sed a diabolo facta, cautelam gérât ne Manicheorum mortifera fallatur ac decipiatur astutia, qui deum lucis et deum tenebrarum... nituntur inducere et duo naturaliter sibi contraria principia praedicare... Illas (naturas dicunt) malas quibus sensus eorum offenduntur... — (Non) duae naturae sunt lux et tenebrae... Sunt... contraria, non tamen per proprias naturas, sed per habitum et privationem... P. L. 65, 591-592. [Voir G. M. R. II. 170 et 283; Dôllinger : Beitrdge... II, 283; Lejay, dans Revue Critique , 1907. II. 487; Isaie 7, 18 ; une chanson obscène, entendue au camp de S. Médard le 27 oct. 1908, dont j’ai retenu ce vers : Satan créa le pou, la puce, la punaise]. — l’âme partie de Dieu : de veritate praedest , 34. Animam vero partent Dei esse id est unius cum Deo esse naturae, caeca Manichaeorum sentit impietas : quae Dei substantiam non solum in corporibus hominum, pecorum... verum etiam in lignis et herbis... aestimant colligatam. Ignorant enim, miseri... P. L. 65,668.— docétisme : ad Trasimundum. I, 5. Hinc etiam Manichaeus in Deo vero veram carnem formidat credere...; Epist. VIII, 15; Sermo IV, 10. P. L. 65, 229,370,736 (et 715. D).
« Eum verum hominem crede, ut ejus carnem non coelestis, non aeriae, non alterius cujusquam putes esse naturae, sed ejus cujus est omnium hominum caro... », de fide. 15. P. L. 65, 678-679. — Liberté. « Firmissime tene... primos homines... bonos, rectos et sine peccato creatos esse, cum Jibero arbitrio, quo possent si vellent Deo semper... servire, quo arbitrio etiam possent si vellent propria voluntate peccare, eosque non necessitate sed propria voluntate peccasse... », 25, col. 700-701. — Bonté de la chair. « Firmissime tene... omnem creaturam Dei bonam esse et nihilrejiciendum quod cum gratiarum actione percipitur ; et Dei servos qui a carnibus aut vino abstinent, non tamquam immunda quae a Deo facta sunt respuere, sed a fortiori cibo et potu pro sola castigatione corporis abstinere. Nuptias quoque divinitus institutas et benedictas... ; illis qui continentiam non voverunt, nullum esse peccatum, si vel mulier nubat, vel vir uxorem ducat; nec solas primas nuptias a Deo institutas, sed etiam secundas et tertias... » 42, col. 704-705.
l’italie
Si nous passons en Italie, voici ce que rapporte le Liber Pontificalis : « sous le pontificat de Gélase [492-496], on trouva des Manichéens à Rome ; Gélase les fit exiler et brûla leurs livres, devant les portes de la basilique de Sainte-Marie (1) ». — Le bienheureux Symmaque [498-51 4] « trouva des Manichéens à Rome; il brûla leurs idoles, simulacra, z t leurs livres devant les portes de la basilique constantinienne ; il les exila (2) ». — Hormisdas [5 1 4-523] « trouva des Manichéens qu'il chassa en raison des ravages qu’ils opéraient (???) ; il les exila et il brûla leurs livres devant les portes de la basilique constantinienne (3) ».
Ces textes signalent une situation très analogue à celle qu’on a constatée au temps de saint Léon : mêmes découvertes, mêmes enquêtes, mêmes pénalités; l’historien pontifical, comme Prosper d’Aquitaine, est frappé de l’importance des livres hérétiques qu’on trouve et qu’on brûle. Il mentionne, une fois, des idoles, simulacra (4) ; aucun autre texte n’en parle. Noter les exils prononcés par le pape, c'est-à-dire parle roi goth : les deux pouvoirs sont d'accord.
Il est très certain qu’aujourd’hui, comme au temps de saint Léon, la question manichéenne est brûlante. Les lettres des papes y font allusion. Lorsque Gélase écrit aux évêques de Dar-
(1) « Huius temporibus inventi sunt Manichei in urbe Roma quos exilio deportari praecepit, quorum codices ante fores basilicae sanctae Mariae incendio concremauit. » [L. P., I, 255.] Voir p. 43, n. 3.
Je rapproche de ce texte les lettres de Gélase relatives a l’ordination des évêques [Thiel., I, 379] et à la communion sous les deux espèces [p. 60, n. 4, et 53, n.]. Voir aussi p. 43, n. 3.
(2) « Post haec omnia beatus Svmmachus invenit Manicheos in urbe Roma, quorum omnia simulacra vel codices ante fores basilicae constantinianae incendio concremavit, et eos ipsos exilio religauit. » [L. P.,I, 261.]
(3) « Hic invenit Manicheos, quos etiam discussis cum examinatione plagarum, exilio deportavit ; quorum codices ante fores basilicae constantinianae incendio concremavit. » [L. P., I, 270-271.]
(4) Peut-être était-ce des représentations du Soleil [Le Blant, Comment. Livres saints , 14]. — Cf. d’autre part cette idole « gnostique » trouvée sur les limites des provinces de Salamanque et d’Avila et qu’a signalée J. -F. Riano [Bolelin de la real Academia de la Historia, février 1899, 11,124; Revista de Archivas. . 1899, 1-6; 65-74]. Les peintures manichéennes du Turkestan, lorsqu elles seront connues, éclaireront sans doute le sens de ce mot.
40 LE NÉO-MANICHÉISME A l’ÉPOQUE OSTROGO TIIIQUE
danie, il montre, après saint Léon, que l’Eutychianisme et le Manichéisme se donnent la main, puisque tous deux nient 1 humanité du Christ et, par là, anéantissent le sacrement de notre salut (1). Symmaque s’inspire de la même idée, lorsqu’il exhorte les évêques d’Illyrie à fuir les erreurs jumelles d’Eutychès et de Manichée (2), ou lorsqu’il se défend, contre l’empereur Anastase, d’être un Manichéen (3). Hormisdas exprime le même sentiment lorsqu’il lance à la défense de Chalcédoine les Catholiques de Constantinople : les sectateurs d’Eutychès et de Dioscore sont empestés de Manichéisme, et, bien qu’ils prétendent s’en prendre seulement aux Pères, c’est en réalité l’incarnation de notre Seigneur Jésus-Christ qu’ils attaquent (4).
Voici deux textes, enfin, qui confirment et précisent l’un des passages de l’historien pontifical. La correspondance de Théodoric nous apprend qu’en 5io Boèce dénonce au roi des Ostrogoths les agissements des Manichéens; sur l’ordre du roi, le préfet de la ville Argolicus recherche les hérétiques : parmi ceux qu’il arrête on trouve de très grands personnages, Prétextât et le sénateur Basile. Cette découverte émeut Théodoric : il désigne six conseillers qui feront une enquête approfondie, Sym-
(1) « Gelasius episcopis per Dardaniam. Apud Graecos, quibus multas haereses abundare non dubium est, iam ante annos fere quadraginta et quinque de domini nostri et saluatoris incarnatione nata conquaestio est Eutyche quondam presbytero Constantinopolitano in blasphemias proruente, per quas diceret unam tantummodo id est solam diuinitatis naturam siue substantiam in domino Jesu Christo credere nos debere, susceptae carnis ueritate prorsus abolita, quod utique impium prauumque commentum Marcionistis Manichaeisque coniunctum totum sine dubio salutis nostrae solueret sacramentum, siquidem... [Epistulae... Auellana collectio. Guenther, 220-221.]
(2) « ... Universis episcopis... per Illyricum Dardaniam et utramque Daciam Symmachus » : « declinemus sacrilegum Eutychetis errorem cum Manichaea malitia congruentem. » [Guenther, 492.]
(3) Apologetic. aduers. Anastasium Augustum [Thiel, Epist. rom. pont ., I, 700.] Comme Symmaque ne parle pas de la persécution qu’il a dirigée contre les Manichéens, on doit croire qu’elle est postérieure à la rédaction de cet écrit, c’est-à-dire, au plus tôt, a 506. L’auteur du L. P. a raison de dire post haec omnia. Duchesne, L. P., I, 265, note 14. Voir Pfeilschifter : Der Ostgotenkônig Theoderich der G. und die katholische Kirche. Münster, 1896, p. 116-117.
(4) « Hormisda clero populo... Constantinopoli consistentibus. » « Eos qui sanctam Chalcedonensem synodum... déclinant, quibus possunt uiribus... fugiant, quando ipsi sunt qui Eutychetis et Dioscori Alexandrini uel potius nefanda Manichaeorum contagione polluti uerbo quidem aduersum constituta patrum uidentur habere certamen, rebus autem contra încarnationem domini nostri Jesu Christi euidenter consurgunt. » rGuenther, 553.]
LE SCANDALE DE 5lO, A ROME
maque, Dèce, Volusien, Caelien, Maximien, le comte Arigern, chef de la commission; et ces mesures énergiques déterminent les Manichéens à fuir : Prétextât et Basile gagnent les provinces ; ce dernier est repris et brûlé.
Argolico V. 1. P. U. Theodoricus Rex (51 0-511). « Versari non licet in magicis artibus temporibus Christianis. Magnitudinis itaque tuae relatione comperimus Basilium atque Praetextatnm, artis sinistrae iam diu contagione pollutos, in accusationem tui examinis personarum intentione deductos... Uecernimus ut, quinque senatoribus, id est magnifîcis et patriciis uiris Symmacho Decio Volusiano atque Caeliano nec non illustriuiro Maximiano, hanc causam légitima examinatione pensetis. Et per omnia iuris dictione custodita, si crimen quod intenditur fuerit comprobatum, ipsarum quoque legum districtione plectatur, ut rei abditi atque secreti per hoc uindictae genus a culpis talibus arceantur quos ad leges trahere non potest incerta notifia. De qua re illustri uiro comiti Ari gernopraecepta direximus ut omnium uiolenta defensionesummota, si se occulunt, ad iudicium protrahat impetitos et vobiscum in hac causa residens nec opprimi faciat innoxios nec leges sinat euadere criminosos » (1).
Arigerno V. I. Comiti Theodoricus Rex... « Praefectus igitur urbis sua nobis relatione declaravit Basilium atque Praetextatum magicis artibus inuolutos impeti accusatione multorum... Eos te praecipimus ubicumque repertos ad iudicium quinqueuirale ducere... ut violenta omnium defensione summota hanc causam discuti facias legibus et fîniri... »
Arigern commandait à Rome (2) ; c’était l’homme de confiance de Théodoric. Peut-être faut-il identifier au pape le Symmaque dont il est ici question : le pape avait la confiance du roi (3), et, dans une affaire de ce genre, il était naturel que le roi recourût à lui, — sans lui donner, du reste, la direction de l’enquête. — Mais peut-être faut-il plutôt l’identifier avec Quintus Aurelius Memmius Symmachus, le chef du sénat depuis la mort de Festus et l’auteur d’une histoire romaine aujourd’hui perdue (4)- Maximianus est sans doute le poète de ce nom (5). Je ne puis pas dire
(1) Variarum, IV, 22 [M. G., 123-124].
(2) Hartmann, I, 97.
(3) Théodoric donne à Symmaque une somme prise sur sa cassette afin qu'il restaure ic théâtre de Pompée [Hartmann, I, 177]. L’évêque de Milan Laurentius, qui est très influent sur Théodoric, a résolument soutenu Symmaque [Hartmann, I, 187]. Et noter les exils que mentionne le L. P.
(4) Hartmann, I, 194-195.
(5) Hartmann, I, 194.
42 LE NÉO MANICHÉISME A l’ÉPOQUE OSTROGOTHIQUE
qui est Praetextatus. Mais j’imagine que le Basilius dont les Manichéens ont fait la conquête est ce grand personnage qui s'occupait de dessécher les Marais Pontins (i); qui sait même s’il n’est pas le fds ou le parent de cet autre Basilius qu’Odoacre a nommé préfet de la ville en /J83 (2) : cela expliquerait bien qu’on ne l’eût pas laissé échapper. S’il faut en croire une page curieuse de saint Grégoire, il s’enfuit déguisé en moine ; l’évêque d’Amiterne, Castorius, l’accueillit fort bien et le recommanda à Eq uitius, abbé d’un monastère double de Valérie ; mais le « magicien » jeta un sort sur une religieuse, Equitius le chassa, et, comme il était revenu à Borne, le peuple le brûla (3).
11 faut noter que le mot Manichéisme n’est pas prononcé par Théodoric dans sa lettre à Argolicus : c’est une accusation de magie [ magicis artibus ..., artis sinislrae] qui est dirigée contre les proscrits. Néanmoins, il est très vraisemblable qu’il faut entendre par là le Manichéisme. L’arien Théodoric pouvait difficilement reprocher leur hétérodoxie à ces hérétiques. Le culte des Manichéens, qui est explicitement visé dans les documents du temps de saint Léon, était constitué par des rites magiques, et ce sont ces rites que désignent sans doute les mots ars magica. Les lois impériales autrefois portées contre les Mani-
(1) Hartmann, I, 177, 193.
(2) Hartmann, I, 149.
(3) Eo... tempore quo malefici in hac sunt Romana urbe deprehensi, Basilius, qui in magicis operibus primus fuit, in monachico habitu Valeriam fugiens petiit. Qui ad virum reverentissimum Castorium Amiterninae civitatis episcopum pergens, petiit ab eo ut eum Equitio abbati committeret ac sanandum monasterio iilius commendaret. Tune ad monasterium venit episcopus secumque Basilium monachum deduxit et Equitium Dei famulum rogavit ut eumdem monachum in congregationem susciperet. Quem statim vir sanctus intuens ait : Hune quem mihi commeadas, Pater, ego non video monachum esse, sed diabolum... Susceptus... in monasterio est (Basilius)... Contigit ut in monasterio virginum... una earum quae iuxta carnis huius putredinem speciosa uidebatur, febricitare inciperet..., magnisque... stridoribus clamare : « Modo moritura sum nisi Basilius monachus veniat et ipse mihi per suae curationis studium salutem reddat »... Quo audito, vir sanctus... ait : « Numquid non dixi quod diabolus esset iste, non monachus ? Ite et eum de cella expellite... »... Basilium ex monasterii habitatione repulerunt (fratres)... Qui non post longum tempus in hac romana qrbe, exardescente zelo christiani populi, igné crematus est. [ Dialogi , I, 4. P. L., 77, 165-168.] — Il est certain que ce Basilius est celui-là dont parle Théodoric. Noter que Grégoire le Grand dit tenir cette histoire d’un ami intime de Equitius, l’abbé Fortunat du monastère du Bain-de-Cicéron. Je remarque l'attitude plus qu’équivoque de l’évêque d’Amiterne, Castorius : il va lui-même cacher Basilius dans un monastère de Valérie, — et je me rappelle la finale de la lettre qu’adressait saint Léon aux évêques d’Italie.
LE SCANDALE DE 5lO, A ROME
chéens étaient toujours en vigueur et ces lois , depuis Dioclétien, assimilaient les Manichéens aux magiciens (1). Nous savons par le Liber Pontificalis qu’il y eut une persécution dirigée contre les Manichéens entre 5o6 et 5 1 4 • Les accusés enfin, s’ils n’étaient pas manichéens, devraient être nécessairement des païens, puisque catholicisme et arianisme étaient religions licites : mais nos documents ne prononcent pas les mots paganus ritus ou paganismus, qui se lisent en toutes lettres dans l’édit de Théodoric (2) ; s’ils avaient été coupables de quelque ritus paganus , pourquoi les documents officiels ne le leur auraient-ils pas reproché ? La vérité est que, comme nous le verrons plus clairement par la suite, le Néo-Manichéisme de ce temps résumait en lui toutes les croyances et tous les rites non catholiques qui n’étaient pas purement et strictement païens ; c’était une doctrine secrète, dont les contours étaient assez vagues, une religion de sous le manteau : le législateur Goth se souvenait de Dioclétien et voyait dans ses adhérents des « magiciens » qu’il distinguait mal des Païens, mais qu’il en distinguait pourtant (3).
Nous ne savons pas si, en 5io comme en 444> le pape a écrit aux évêques afin de les mettre au courant des événements de Rome, et les prier de l’imiter : les documents sont muets (4).
(1) Code Grégorien , XIV, 4. De Malefîcis et Manichaeis. Mommsen : Rom. Strafteecht. 576. Pfeilschifter, op. cit., 223-224. [Contra Garollo : Riuista Europea, XII, 575, n. 3.]
(2) § 108. « Si quis pagano ritu sacrificare fuerit deprehensus, arioli etiam atque umbrarii si reperti fuerint, sub justa aestimatione convincti capite puniantur. » Dahn : Das Edichim Theodorici regis. Die Rônige der Germanen, IV [Wurzbourg, 1866], p. 87, sqq. Cf. Pfeilschifter: op. cit ., 219-225.
(3) Edictum Theodorici , § 108. « Malarum artium conscii, id est malefici, nudati rebus omnibus quas habere possunt, honesti perpetuo damnentur exilio, humiliores capite puniendi sunt. » On se rappelle que c’est à l’exil qu’avaient été condamnés les Manichéens arrêtés jusque-là. Rapprocher le terme malarum artium , des mots artes magicae , ars sinistra de la lettre de Théodoric à Argolicus. — Une lettre de Gélase à l’évêque de Bolsène (?) Secundinus [P. L., 59, 146, B, ou Thiel, I, 492] nous apprend qu’un diacre Paul avait accusé une honesta femina d 'ars magica : Secundinus doit enquêter et tirer l’affaire au clair. J’imagine qu’ici encore c’est de Manichéisme qu’il s’agit.
(4) Dans une de ses lettres à Césaire, Hormisdas parle du Manichéisme [11 septembre 515. — M. G. Epistulae merou. et Karolini aevi, I (1892), éd.
Mais le fait est vraisemblable : on voit la Gaule imiter Rome ; et je note que cette province, la Gaule du Sud, a été conquise par Théodoric (1), et que son évêque Césaire est en rapports très particuliers avec le pape (2), qui le nomme son vicaire. Sans qu’on puisse rien affirmer, il est donc probable qu’il y a un lien entre l’attitude de Césaire et l’attitude de la papauté.
Dès l’abord, toutefois, notons une différence. On ne voit pas que Césaire ait persécuté les hérétiques, qu’il les ait fait tuer ou exiler. Ce 11’est pas que ses idées lui eussent défendu de le faire : Césaire était trop fidèle augustinien (3) pour avoir de ces scrupules. Il était lui-même suspect ; il fut lui-même exilé.
Gundlach, p. 431. Mais c’est pour répéter que le Manichéisme est parent de l’Eutychianisme : nous connaissons cette idée. « Euthices, carnis negans veritatem et duas naturas in una persona non praedicans, ut Manicheam fantasiam ecclesiis Christi, quae aclmodum putauit, insereret simili ratione damnatur. »
(1) Kurth, Clovis [Tours, 1896], 461-480.
(2) Dilectissimo fratri Caesario Symmachus. Oui veneranda patrum statuta custodit... 11 juin 514 [M. G., Èpist. mer., I (1892). Gundlach, p. 40-42]. Noter l’histoire du concile d'Orange, 529 : des 25 Capitula que lui propose Césaire, Félix IV biffe ceux qui sont antimanichéens [Lejay : R. H. L. R. 1905, 255]. Si Césaire les lui a proposés, n’est-ce pas qu’ils se sont déjà entretenus ensemble du Manichéisme ? — Cf. Duchesne, Fastes épiscopaux , I, 131.
(3) Augustini Epist. 44 et 51 ; Contra Epist. Parmeniani, I, 8-13 ; II, 10, 19-20, 79-86. — Cf. J. Martin, Saint Augustin [Paris, 1901], 373. — Césaire règle la situation ecclésiastique des convertis.
Je rattache, — avec quelque hésitation, — à saint Césaire un texte très précieux : c’est la formule d’abjuration imposée à chaque Manichéen qui passe au Catholicisme. Le texte a été trouvé par Sirmond dans un manuscrit de Lyon, qui le rattache à saint Augustin, et le met en rapport avec l’abjuration d’un certain Prosper, en 526 [Concilia Galliae, I, Lutetiae, 1629,209].
Cum anathematizaverint eamdemhaeresimManichaeorum secundum formam infra scriptam, libellumque dederit unusquisque eorum confessionis et poenitentiae suae atque anathematis eorum petens in ecclesia vel catechumeni vel poenitentis locum,si libellus ejus episcopo placuerit eumque susceperit, det ei epistolam cum die et consule ut nullam de superiore tempore molestiam vel de publicis legibus vel de disciplina ecclesiastica patiatur. — Et post ipsum diem si aliquibus indiciis Manichaeus apparuerit, sentiat justitiae severitatem quae talibus rebus adhibenda est, id est ut ab ejus consortio vel amicitia vel quacunque societate christiani se abstineant secundum apostolicam disciplinam (auctoritatem). Commendentur autem qui epistolas ab episcopo acceperint religiosis catholicis vicinis, vel cohabitatoribus suis, sive clericis sive laicis, per quorum erga se curam fréquentent audientiam sermonis Dei et quorum testimonio possint innotescere. Nec facile admittantur ad baptismum si catechumeni sint, nec ad reconciliationem si poenitentiae locum acceperint, nisi periculo mortis urgente, vel si eos aliquanto tempore probatos esse cognoverint episcopi per eorum testimonium quibus fuerint commendati.
P’orma ergo, secundum quam debent hanc haeresim qui corriguntur anathematizare, ista est :