‹ Le néo-manichéisme et la légende chrétienneChapitre 22 sur 185 · LA POLÉMIQUE DE CESAIRE · texte numérisé non relu

LA POLÉMIQUE DE CESAIRE

Césaire reproche ensuite aux Manichéens d’attribuer au Dieu mauvais la création du monde ; et c’est pourquoi il la rapporte au Christ, aussi bien que la rédemption de l’humanité.

Ouid faciemus... in illo metuendo judicii die cum,tremente mundo, Dominus... consederit... (et) coeperit... dicere : Ego te, o homo, de limo manibus meis feci, ego terrenis artubus infudi spiritum, ego tibi imaginem nostram similitudinemque conferre dignatus sum(4).

Il leur reproche encore de considérer le corps, et, en général, la matière , comme l’œuvre du Dieu mauvais ; et c’est pourquoi il insiste sur la résurrection du corps, et se refuse à condamner le mariage.

Quod in Christi gloriosa resurrectione audisti completum, hoc in te omnino in futuro judicio crede esse complendum, ut carnis tuæ resurrectio te reparet in aeternum. Nisi enim credideris reparandum te esse post mortem, ad praemium vitae aeternae pervenire non poteris : si autem credideris aeternis gaudiis insereris (2). — Nemo... de resurrectione desperet, in qua Christianorum spestota consistit. Crédité, fratres, apostolo praedicanti: et nihil de praedicatione dubi tantes ad diem judicii vos praeparate... Non possumus de resurrectione dubitare, quam se facturum esse promisit (Deus), qui et omnipotens est et mentiri nescit (3).

Il leur reproche enfin de détruire la liberté de l’homme, de prétendre qu’elle est enchaînée par le destin, de soutenir que la chute de Satan n’a pas eu pour cause sa libre volonté.

Dicit homini serpens ille per mathematicos et Manichaeos ne confiteatur homo peccatum. Per mathematicos sic loquitur: stellae sic sunt positae, necesse est ut faciat homo peccatum... Item per quosdam Manichaeos ita suggerit : Non tu peccas,gens tenebrarum peccat; tu non habes peccatum... ; erigit eum in superbiam ut putet quia non peccat. Non est hoc tollere sed geminare peccatum. Item multi sic confessionem peccati fugiuntut ipsum Satanam accusent, se nihil mali fecisse dicant... Ego ml feci, diabolus fecit (4).

(1) P. L. 39, 2207, § 4. — Cf. Statuta , § 5. Le fait a été indiqué par Lejay:

R. H. L. R., X, 154. Cf. les Capitula s. Augustini rédigés par Césaire pour Félix IV, 529, Mansi, VIII, 722, 15, 16 et 19 : l’homme, corps et àme, est l’œuvre de Dieu. [Cf. p. 295 un mouvement analogue dans le Descensus ad infer os.

(2) P. L. 39, 2191, § 4. — Cf. 2186, g 5 et les Cap. S. Aug ., 17.

(3) P. L. 39, 1961, j 1. — Sur la licéité du mariage. Cf. P. L. 39, 1981, § 1.

(4) P. L. 39, 2213, \ 2-3. — Cf. 1737-1739 et 2183, § 6. Les mathematici sontils proprement des Priscillianistes [Arnold, Caesarius , p. 126 n. 509 ; — Lejay, R. H. L. R.. 1905, 448-449].

50 le néo-manichéisme a l’époque ostrogothique

Des préoccupations analogues animent deux ouvrages gaulois de ce temps : celui que rédigea Gennadius, cet autre qu’écrivit un rhéteur d’Afrique établi à Arles.

Le De Ecclesiasticis dogmatibus (1), que les manuscrits attribuent souvent à Augustin et qui semble bien être de Gennade, est un symbole développé de la foi chrétienne : mais il ne se présente pas sous la même forme « historiciste » que le de fide ccitholicci du pseudo-Boèce : c’est à un point de vue « statique » qu’il envisage l’œuvre divine ; et son caractère disciplinaire est très apparent. Il faut ajouter qu’il vise les deux hérésies classiques de ce temps, Arianisme et Priscillianisme ; et qu’il insiste longuement et précisément sur les erreurs néo-manichéennes.

Contre les erreurs contradictoires de l’Arianisme et du Priscillianisme il définit le dogme catholique de la Trinité :

Credimus unum esse Deum, P. et F. et S. S... ; Sp. S. ex Deo P. et ex Deo F. procédons.... — Non confusa in una persona Trinitas, ut Sabellius dicit, neque separata aut divisa in natura divinitas, ut Arius blasphemat : sed alter in persona P., alter in persona F., aller in persona S. S. ; unus natura in sca Trinitate Deus P. et F. et S. S. — Non P. carnem assumpsit, sed F. tantum...; neque sic est natus ex Yirgine ut deitas initium nascendo... acceperit [3]. — Nihil creatum aut serviens in Trinitate [4]. — Homoousios Patri Filius..., P. et F... Spiritus S. [5],

Mais c’est surtout du Manichéisme que s’occupe Fauteur :

a) Credimus unum esse Deum... [1]. — Nihil pervasione aut surreptione insertum (Trinitati), ut Manichæus (affirmât) [4]. — Nihil incorporeum nisi solum Deum [11] ;

(1) P. L., 42, 1214. — Le texte est ajuste titre attribué à Gennade. Morin, Revue bénédicline, 1907, 445. — Turner, Journal théol. stud., 1905, 78. Il a été écrit vers 470-490. Patient de Lyon, -f 491, a cité le chapitre XXL Meginhard de Fulda y a puisé. Voir Caspari, Kirchenshistorische Anecdota ; 251-274. — On possède une version longue, en 88 chapitres, P. L. 58, 979, qui utilise les canons d’Orange de 529 ; comparer les canons 38-52 des Dogmata à ceux du Concile [Mansi, VIII, 712]. La version courte aurait passé, semble-t-il, par deux états (52, 54 chapitres). Le traité de Gennadius (14-20) a servi à rédiger une seconde version des fameux Capitula d’Orange, Helele-Leclercq, II, 2, 1386 (?)

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