DEUX ÉCRITS ANONYMES
saint, Paul. L’auteur cite Cassiodore (1) et, à sa suite, il se réfère aux passiones sanctorum (2); l’attention qu’il prête au Pélagianisme, à Helvidius et à Jovinien décèle un moine augustinien (3) ; il légitime le mariage, comme Césaire, par la procréation des enfants (4); enfin, tout en visant les erreurs ariennes (5), il souligne soigneusement les idées qui contrarient les thèses manichéennes.
A propos du début de l’Épître aux Romains, il écrit :
fait et par le recours à une chronique quelconque. Et chacun sait que de hasards sont intervenus dans les voyages des manuscrits. — Pour Zimmer, l’auteur est un réviseur catholique de Pelage.
(1) P. L. 68, 717, C. Reverentia secundum Cassiodori accipitur... [Voir P. L. 70, 250, B. C.]
(2) P. L. 68, 719. Injungenda est ei pœnitentia. .. sicut in passionibus sanctorum legimus...
(8) P. L. 68, 510, 513. A. B. ; 514, B. ; 521, C. On cite souvent Prosper d’Aquitaine et s. Jérôme.
(4) P. L. 68, 519, D. 520. Cum qxore licite... una caro efficitur... Lex... propter filios nubere permittit, non propter luxuriam. In hoc se etiam animalihus détériorés faciunt hommes quod, cum nec praegnatis parcunt. ostendunt se homines uxores non propter filios accepisse...
(5) P. L. 509, B. C. Christian Dei virtutem et Dei sapienticim... Si Christus Dei virtus, ergo sempiterna, sempiternus igitur Christus... Quod haeretici non intelligentes Patrem imperfectum blasphémant, dum dicunt fuisse Patrem aliquando sine Filio : ergo fuit sine virtute, sine verbo, sine sapientia... [Y a-t-il un souvenir indirect du pseudo-concile damasien]... — 510, B. Qui factus est sapientia nobis. Contra Arianos facit locus iste, qui dicunt Patrem fuisse aliquando sine Filio... — 514, B. Nota quia hic Spiritual Sanctum Deum dicit... — 719, C. D. Instrui debet qui baptizandus est, si tamen ad aetatem intelligibilem pervenit : hoc est ut creclat Dominum J. C. genitum ex Deo Pâtre ante omnia saecula natum de Virgine in fine temporum... ; omnipotentem Deum Trinitatem habere in personis, unitatem in substantia. Posteaquam omnia ista confessus fuerit se credere, debet confiteri peccata sua, sicque injungenda est ei pœnitentia aut XL, aut XX, aut etiam VII dierum, sicut in passionibus sanctorum legimus; ac debet deinde baptizari abrenuntians diabolo 'et omnibus pompis ejus omnibusque operibus. Baptizatus vero debet plenius instrui de diuinitate, ut credat Patrem ingenitum, Filium genitum, Spiritum Sanctum nec geni tum nec ingenitum, sed ab utroque procedentem [Noter ici une influence espagnole, qui favoriserait l’origine lérinienne].
Je me demande si l’on ne peut pas rapprocher la citation des passiones sanctorum de l’histoire de Victorin-Séverin [G. M. R., III, 268-280].
Haussleiter veut, p. 27, n. 58, qu’il cite Isidore de Séville, V, 38 (sous le nom d’Ovide) : le mot saeculum vient de sequi [Comparer P. L. 118, 901, C. avec P. L. 82, 223 A.]. Je me demande si la coïncidence ne s’explique pas plutôt par l’usage d’une source commune : je rattacherais plus volontiers le texte au VIe siècle qu’au IXe. Mais je ne crois pas qu’on puisse se prononcer positivement tant qu’on ne connaîtra pas mieux Sedulius Scottus [voir Hellmann : Sed. Sc. 1906, Münich]. [Voir dans notre texte le Commentaire de Héb. 7, 25 et 9, 11, et Sabatier: Bibl. Sacr. lat. versiones antiq., III (1751), 919 ; et noter que Sedulius a commenté les prologues priscillianistes des évangiles.]
LE NÉO-MANICHÉISME. SON EXTENSION
Totus locus iste contra Manicliaeos facit qui alium Deum prophetarum, alium dicunt Novi Testamenti (1).
Et je note les passages suivants dans le commentaire de la Première à Timothée :
Contra Manicheos ad Romanos ait : lex quidem sancta et mandatum sanctum (2)... — Contra Manichaeos, quia de traditore erat dicturus, ideo hominem tantummodo nominavit (3)... — In hypocrisi loquntur qui, cum fornicari non timeant, tam casti volunt videri ut etiam nuptias damnent, et tam abstinentes ut creaturam Dei parce manducantem judicent, cum ipsi cornmessationibus vacent... (4).
Ne semble-t-il pas que, lorsqu’il parle ainsi, l’anonyme entende viser des hérétiques vivant autour de lui, et peut-être sous ses yeux?
La présence des Manichéens en Gaule est attestée dès la fin du quatrième siècle par un document fort important. En 3q4,
(3) P. L. 68, 663, B. C. Mais je note que, un peu plus bas [663-664], au contraire de ce qu’on attend, pas un mot ne semble viser les Manichéens.
(4) P. L. 68, 666, A. B. — Voir encore P. L. 68, 466 B. 510 B. 545 A, 630 B. — Y a-t-il eu des églises manichéennes dans la vallée du Danube et dans les pays de la péninsule des Balkans, parmi les populations de langue latine ? Le fait est vraisemblable pour qui se rappelle l’importance des églises cathares de Dalmatie et de Bosnie, et l’établissement de peuplades pauliciennes dans les Balkans par l’empire byzantin, et les rapports particuliers de l’Illyricum avec Rome. J’ajoute que, à la fin du IVe et au début du Ve siècle, Niceta de Remesiana semble très bien connaître les Manichéens (on sait que Remesiana s’appelle aujourd’hui Bêla Palanka, entre Nich et Pirot) ; Niceta vise les Manichéens lorsqu’il écrit : « sed nec ilia fidelem animam scandalizant, quibus Dominus esurisse, dormisse, lacrimasse refertur... » ( de ratione fidei , § 6, p. 15. Burn), ou : « uere incarnatum, non putative, sicut quidam erronei haeretici, erubescentes mysterium Dei, in phantasmata dicunt factam Domini incarnationem quasi non uere fuerit quod uidebatur... » [de symbolo, § 4, p. 42) ; noter qu’il nomme les Manichéens § 10, p. 48, eodem libro , et qu'il est le seul auteur connu qui cite l' Inquisitio Abrahae « ubi cantasse ipsa animalia et fontes et elementa finguntur » ( de bono psalmodiae , § 3, p. 70-71. Burn. Voir Priscillien, Schepps, 46 ; le Testament d’Abraham publié par James 1892, et la note de Burn, ibidem).