‹ Le néo-manichéisme et la légende chrétienneChapitre 34 sur 185 · GAULE · texte numérisé non relu

GAULE

les évêques des Gaules el des Sept provinces (1) se réunirent à Nîmes en concile (2); ils formulèrent divers canons, parmi lesquels quelques-uns visent certainement nos hérétiques.

1. In primis quia multi, de ultimis Orientis partibus venientes, presbyteros et diaconos se esse confingunt, ignota cum suscriptione aposthoba ignorantibus ingerentes, qui dum spem fidelium sumptum stepemque captantur, sanctorum communione speciem(V) simulatae religionis impraemunt : placuit nobis, si qui fuerint ejusmodi, si tamen communis Ecclesiae causa non fuerit, ad ministerium altarii non admittantur.

2. lllud etiam a quibusdam suggestum est, ut contra apostolicam disciplinam incognito usque in hoc tempus in ministerium feminae nescio quo loco leviticum videantur adsumptae; quod quidem, quia indecens est, non admittit ecclesiastica disciplina : et contra rationem facta talis ordinatio destruatur; providendum ne quis sibi hoc ultra praesumat.

6. Ministrorum autem quicumque peregrina quibuscumque necessitatibus petunt, ab episc'opis tantum apostolia suscribantur.

Ni les Manichéens ni les Priscillianistes ne sont nommés dans le texte : il est cependant très vraisemblable que c’est d'eux qu'il est ici question. Les hérétiques qu’on vise sont censés venir de l’Orient; leurs clercs prétendent s’insinuer parmi les fidèles et dans le clergé des Gaules en usant de déloyauté, de pièces fausses, de mensonges : tous les clercs en voyage deviennent suspects; des femmes, qui se disent diaconnesses, se mêlent à ces clercs suspects. De qui peut-il s’agir sinon de ces rénovateurs du « Gnosticisme » oriental, qui se sont fait une arme de la théorie du mensonge pieux et semblent avoir reconnu aux femmes des droits sacerdotaux (3)?

(1) Deux Aquitaines et deux Narbonnaises, Novempopulanie, Viennoise, Alpes Maritimes.

(2) Texte découvert par Roderic en 1748 ; oublié, et de nouveau découvert en 1838 par Knust. Voir Sulpice-Sévère : Dial. II, 25. — Pour plus de détails, voir llefele-Leclercq, Ii, 1, 91-97, à qui j’emprunte le texte que je reproduis.

(3) Hefele-Leclerq, I. 1. 92. — Sur le rôle sacerdotal des femmes dans les Eglises gnostiques, voir Zscharnack : Der Dienst der Frau in den ersten Iahrhunderten der chr. K. 1902. Gôtlingen.

Voir encore, p. 57, 30. n. 2, 3 les textes d’Augustin et de Léon sur les vierges sacrées, les canons 99 et 100 des Statuta Ecclesiae antiqua, le canon 26 du concile d’Orange. — Sur le mensonge pieux parmi les Priscillianistes, voir Augustin : Ep. 237 ad Ceretium, P. L. 33, 1034 [et le contra mendacium, P. L. 40, 517].

Noter encore que les canons 3 et 4 ont peut-être une portée anti-pris-

LE NÉO-MANICHÉISME. SON EXTENSION

A la même époque, Philastrius signale les Manichéens en Gaule, d'une façon dubitative il est vrai (1). Saint Vincent de Lérins parle d’eux en passant (2). On a trouvé à Marseille deux sarcophages qui témoignent, peut-être, de leur influence : l’un représente saint Pierre parlant au chien de Simon ; sur l’autre, Plautilla tend Yorarium à saint Paul (3).

Il faut ajouter que le Priscillianisme a continué longtemps de recruter des fidèles dans cette Gaule où saint Martin a refusé de le condamner. Grégoire de Tours ne connaît d’autre Manichéen que... Ponce Pilate (4); mais il a discuté avec des Priscillianistes; et l’on va voir qu’il s’en trouvait de très haut rang.

cillianiste : ils visent à affermir et garantir l’autorité de l’évêque sur ses clercs propres. On sait les divisions de l’épiscopat dans l’affaire priscillianiste : s. Martin, s. Ambroise, s. Sirice refusaient la communion d’Ithace et des évêques de cour qui avaient condamné Priscillien.

D’après s. Augustin : Ep. 235 ad Ceretium, un certain évêque gaulois appelé Argirius avait défendu le priscillianisme (vers 420-440 ?)Kunstle : A. 162. D’après Zosime, P. L. 20, 664, l’évêque T uentius de Marseille est pricillianiste.

(1) Hispania et quinque provinciis latere dicuntur multosque hac cottidie fallacia captiuare [de haeres, 61. — P. L. 12, 1176 ou Marx, p. 32. Voir §84, p. 45 : on y vise formellement l’Aquitaine].

(2) Neque enim, ut verbi gratia et Manichaeorum utamur exemplis... [Tommasi, éd. Vezzosi, VIII, 135, § 20]. Voir supra p. 30, n.

(S) Bull. arch. crist., 1867.70 ; I.e Blant : Sarcophages chrétiens de la Gaule , 114.

(4) H. F. I, 23. — P. L. 71, 173. — Voir infra les légendes sur Ponce Pilate.

Je ne crois pas qu’il faille voir le Manichéisme dans Yhaeresis immunda Sadducaeorum que soutient un prêtre de Grégoire [H. F. X, 13. — P. L. 71, 540] et que combat la légende des Sept Dormants d’Ephèse [Gl. M. 95. — P. L. 71, 787 et Analecta , XII (1893), 371-387]. Grégoire lui-même nous dit que cette légende lui est racontée par un Syriaque ; et je vois que la résurrection des corps a été combattue par des Eutychiens vers le milieu du Ve et à la fin du VIe siècle. [Jean Diacre : Vila Gregorii, I, 28. — Evagre, IV, 39-40. — Vit a Eutgchii , 33, 37, 41. — Pliotius : Codex, 21. — Theophane.] Il est néanmoins possible que ces idées aient favorisé le Manichéisme et se soient en Gaule quelque peu confondues avec lui : on a déjà vu que Manichéisme et Monophysisme ressentent le même dédain à l’égard de la matière. — Je remarque que la Secta Sadducaeorum est citée et attaquée dans un apocryphe obscur, l’Altercatio Ambrosii contra eos qui animam non confitentur esse facturam aut extraduce esse dicunl : cesset nefandissima secta Sadducaeorum quae resurrectionem negat [Caspari : Kirchenhistorische Anecdota , I, Christiania, 1883, p. 229]. Certaines versions dudit apocryphe, celles qu’utilisait Jean de Séville, s’intéressent également à Priscillien.

Je rappelle ici, à titre de curiosité, une légende cathare de l'époque féodale : le manichéen Fortunat, chassé d’Hippone par saint Augustin, se serait réfugié en Gaule et établi en Champagne à Montwimer, près Vertus, dans le diocèse de Chàlons [Albericus : Chronicon, éd. Leibniz, Leipzig, 1698, tome II des Accessiones historicae. — Voir Schmidt, I, p. 25]. Cette légende est très intéressante en ce qu’elle atteste la croyance à la continuité de la tradition manichéo-cathare du Ve au XIIe siècle.

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