‹ Le néo-manichéisme et la légende chrétienneChapitre 37 sur 185 · TEXTES ESPAGNOLS · texte numérisé non relu

TEXTES ESPAGNOLS

D’autres textes espagnols montrent, du reste, que, à la fin du sixième et au cours du septième siècle, le péril priscdlianiste et manichéen n'a pas entièrement disparu: si les conciles de Tolède de 589 et de 633 visent d’abord et surtout l’Arianisme, certains traits témoignent de la persistance du Priscillianisme (1). Le suc-

(1) « Quicumque in Pâtre et Filio et Spiritu sancto, et personas non distinguit et unius Dei unitatis substantiam non cognoscit, anathema sit » [C. Toletan, 589, can. 4. — Mansi, IX, 985]. Voir encore Mansi, IX, 978 G., 979 A., 987 G., et : « Patrem et F. et Sp. S. unius deitatis atque substantiae confitemur, in personarum diversitate Trinitatem credentes, in divinitate unitatem praedicantes, nec personas confundimus, nec substantiam separamus » [Toi. 633 c. 1. — Mansi, X, 615. Voir aussi Labbe, V, 998]. « De baptismi autem sacramento, propter quod in Ilispaniis quidam sacerdotes trinam, quidam simplam mersionem faciunt, a nonnullis schisma esse conspicitur... (... alii alios non baptizatos esse contendunt)... Beatae... memoriae Gregorius romanae ecclesiae pontifex... efflagitante sanctissimo Leandro episcopo.., sic aït : ... reprehensibile esse nullatenus potest infantem in baptismate vel ter, sel semel mergere, quando et in tribus mersionibus personarum Trinitas, et in una potest divinitatis singularitas designari. Sed si nunc usque ab haereticis infans in baptismate tertio mergebatur, fîendum apud vos esse non censeo, ne, dum mersiones numerant, divinitatem dividant. » Quapropter... simplam teneamus baptismi mersionem... Videat in eo (quisquam) mortem et resurrectionem Christi significari... Item videat in eo unitatem divinitatis et Trinitatem personarum ostendi : unitatem dum semel immergimus, Trinitatem dum nomine P. et F. et Sp. S. baptizamus [G. Toletan, 633, can., 6. — Mansi, X, 618-619]. — Ce même concile de Tolède de 633 formule une profession de foi qui oppose les théories traditionnelles du catholicisme à l’encontre des deux hérésies espagnoles, arianisme et priscillianisme. Noter le grand usage qu’on fait du symbole Quicumque et de la fides Damasi. Il n’y a aucune bonne raison de retirer à ce texte, comme fait Künstle, A. 68, sa date ancienne [Il est imprimé dans Hahn, 235].

Isidore formule un symbole de foi qui se garde à la fois de l’arianisme et du priscillianisme, P. L. 83, 817 : il insiste curieusement sur la spontanéité de la rédemption, sur la réalité de la chair de Jésus vivant au ciel et jugeant les hommes, sur la concordance des deux Testaments, la liberté de Dieu, l’unité de Dieu unique créateur de tout ce qui est, § 3, la nature de l’âme humaine et des anges, créatures et non substances de Dieu, la légitimité du mariage, § 4. En revanche, lorsqu’il parle des Priscillianistes et des Manichéens, il ne semble pas savoir qu’ils aient jamais joué aucun rôle en Espagne [ Etymolog ., V, 39 et VIII, 5 ; Chroni co/2, anno 5481. — P. L. 82, 228, A. B. ; 300, C. ; 303, A. ; 83, 1047]. — Son ami Braulion les vise pourtant, Vit a AEmilicini, 2 et 38. P. L. 80, 701,

La Lex Wisigothorum ignore les Priscillianistes aussi bien que les Manichéens ; pourtant le titre II du livre XII traite de omnium hereticorum atque Judeorum cunctis errorum amputatis; la première loi de ce titre annonce les intentions de Receswinthe, fidenler in virtule Dei adgrediar houles eius, insequar emulos , persequar aduersos ; les quinze dernières visent les Juifs, comme aussi toutes celles du titre III. Ghaque fois qu’il s’agit d’hérétiques, on semble viser les Ariens , on n’a aucune raison de croire que les « Juifs » persécutés au VIIe siècle doivent être identifiés avec les

LE NÉO-MANICHÉISME. SON EXTENSION

cesseur de Braulion sur le siège de Saragosse, l’évêque Taio, qui ira en ambassade à Rome au temps du pape Théodore -642-649], paraît viser le Néo-Manichéisme, non pas tant lorsqu’il parle du mariage ou de la virginité (1), que lorsqu’il proclame la pureté

Priscillianistes. L’impression que laisse le code wisigothique est que toutes les hérésies ont disparu. Dans le tome qu’il offre en décembre 053 au huitième concile de Tolède, Receswinthe dit :

« Cum Deus omnipotens omnes ex hac regione radicitus extirpaverit hereses, hoc solum sacrilegii (judaïci) dedecus remansisse dignoscitur [Zeumer, 474, lignes 37-39]. »

Et il écrit ailleurs :

« Flavius Gloriosus Reccessvindus Rex « De omnium heresum erroribus abdicatis. »

« Divine virtutis eternum consilium... a cunctis nostri regimonii finibus et perfidiam dissipavit errantium et dogmatum abdicabit commenta pravorum... Convenit et ea, que in luce fîdei manent, a tenebris contradictionum edicto legali defendere... Nullus itaque... contra sacram et singulariter unam veritatis catholice fidem quascumque noxias disputationes eandem fidem impugnans palam pertinaciter aut constanter vel proférât vel proferre silenter adtemtet. Nullus evangelia sacra convellat. Nullus apostolica instituta decerpat. Nullus antiquorum patrum defensionis huius sacras defînitiones inrumpat. Nullus modernorum disserentium congruentes fidei tractatus spernat. Nullus contra omnem sanctum vere fidei sacramentum aut cogitationes ruminet cordis aut verba patuli proférât oris... Ouecumque persona in cunctis istis vetitis extiterit deprehensa, si quidem ex quacumque religionis potestate vel ordine fuerit, amisso loci et dignitatis honore, perpetuo reatu erit obnoxius, rerum etiam cunctarum amissione multatus. Si vero ex laïcis extiterit, et honore solutus et loco, omni rerum erit possessione nudatus. » [XII, 2, 2, Lex Wisigothorum. — Zeumer, 412-413.]

Les mots haereticus , mcinichaeus, priscillianisla sont absents du manuscrit du Liber Comicus utilisé par d. Morin dans son édition [ Analecla maredsolana , Vol. I, Maredsoli, 1893]. — Au jugement de l’éditeur, d. Férotin, on ne relève aucune trace hérétique dans le Liber Ordinum [ Monu mérita Ecclesiae liturgica, V, p. 12-13, Paris, 1904] : on y trouve des prières pour la réconciliation du donatiste, du juif et de l’arien [p. 104, 105, 107]; pas un mot touchant les Priscillianistes et les Manichéens. Aucune allusion contre eux dans les prières du mariage, p. 433-442.

Il semble donc que le Manichéisme et le Priscillianisme se sont éteints en Espagne vers la fin du VIIe siècle.

Peut-être la conquête arabe leur a-t-elle permis de ressusciter : en 839, l’évêque de Cordoue attaque les Casiens comme parents des Manichéens [Gams : K. G. Spaniens , II, 313].

(1) Quedam ex semetipsis sunt noxia, quaedam vero ex his quae circa ipsa versantur. Ex semet ipsis... peccata atque flagitia ;... ex his quae circa ipsa sunt nocent... copula conjugalis. Bonum est conjugium, sed mala sunt quae circa illud ex hujus mundi cura succrescunt. . . [Puis plus rien qui rappelle le Manichéisme ; ni au chapitre 7 qui touche la virginité] [Sentenliae, III, 7. P. L. 80, 857 B.].

Voir encore :

« Arius très personas in Divinitate suscipiens, très etiam deos credidit ; quem contra Sabellius unurn Deum suscipiens, unam credidit esse per-

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