‹ Le néo-manichéisme et la légende chrétienneChapitre 43 sur 185 · PASTOR ET LÉON · texte numérisé non relu

PASTOR ET LÉON

fait toucher du doigt la parenté des deux doctrines. Lorsqu’ils nient la réalité de la chair et de l’incarnation du Christ, les Priscillianistes, dit-il, ne font que se conformer à la doctrine des Manichéens, leurs parents, cognatis suis Manichaeis per omnici consonantes (1). Que l’âme de l’homme soit de substance divine, c’est, dit-il encore, une théorie manichéenne, adoptée par les Priscillianistes: ex Manichaeoriim opinione manantem (2). Lorsqu’ils condamnent le mariage, cura Manichaeorum profanitate concordant (3). Plus loin, saint Léon est plus explicite encore :

Faciunt hoc Priseillianistae, faciunt Manichaei, quorum cum istis tam fœderata sunt corda ut solis nominibus discreti, sacrilegiis autem suis inueniantur uniti : quia etsi uetus Testamentum quod isti se suscipere simulant, MaTiichaei réfutant, ad unum tamen finem utrorumque tendit intentio, cum quod illi abdicando impugnaut isti recipiendo corrumpunt (4).

Manichéens et Priscillianistes renversent également l’autorité de l’Ancien Testament, ceux-là le rejettent en bloc, ceux-ci le ruinent en détail en en corrompant le sens.

Saint Léon dit encore que rejeter la réalité de l’ensevelisse-

divinité est innascibilis [7] ; 6. le Christ est convertibilis, patibilis [8] ; 7. la Loi et les Evangiles dérivent de deux dieux distincts [9] ; 8. une seule nature dans le Christ [14] ; 9. rejet de la viande de volailles et de boucherie [18].

D. Léon et Thoribius, seuls , insistent sur 11 points: 1. le Fils de Dieu est dit unigenitus [3] ; 2. jeunes des Noëls et dimanches [1] ; 3. le diable n’est pas créature de Dieu [6] ; 4. la procréation des enfants est l’œuvre des démons [8] ; 5. les fds de la promesse sont l’œuvre du S. Esprit, auteur de leur conception [9] ; 6. la vie incarnée est la punition des âmes pécheresses [10] ; 7. les âmes et les corps sont soumis à certaines puissances [12] ; 8. Les Ecritures sont divisées en 12 sections, chacune étant mise en rapport avec un patriarche [13] ; 9. insistance sur le fatalisme astrologique [14] ; 10. falsification des Ecritures canoniques [15] ; 11. Dictinius [16].

Les hérétiques que vise Pastor ont une culture théologique plus complète, évidemment, que ceux qu'a étudiés Thoribius ; ceux-ci appartenaient, sans doute, à des milieux populaires : les premiers disent le monde où les autres écrivent le diable (indépendant de Dieu) ; les premiers s’intéressent seuls à Y innascibilis [voir la senlentia definitiva ], à Tapollinarisme, à un certain monophysisme ; les seconds s’intéressent fort à l’astrologie, à la génération. — Le sectionnement des Ecritures en 12 parties remonterait-il à Priscillien lui-même (qui sectionna, 011 le sait, en testimonia, les épitres pauliniennes) ?

LE NÉO-MANICHÉISME. SA NATURE

ment et de la résurrection de la chair du Christ, c’est professer une doctrine impie et ad Manichaei Priscillianique doctrinam periinere (1). Il assure enfin que la communion immonde des Manichéens se retrouve chez les Priscillianistes (2).

Saint Léon est qualifié pour parler des Manichéens : il vient d’entendre leur confession à Rome. On jugera sans doute que Thoribius n’est pas moins qualifié pour parler des Priscillianistes : il vient de découvrir leurs erreurs en rentrant dans sa patrie. Il y a lieu de croire saint Léon lorsqu’il affirme la parenté des deux doctrines. Quel intérêt, du reste, aurait-il eu à altérer la vérité ?

J’ajoute trois remarques :

Les Priscillianistes que combattent en 447 -448 Thoribius et saint Léon, s’ils ne professent pas formellement le dualisme, se rallient à une doctrine qui ne s’en éloigne guère: de fait, ils sont dualistes aussi bien que les Manichéens. A les entendre, dit saint Léon,/e diable n'a pas Dieu pour auteur ; il procède du chaos et des ténèbres, eum ex chao el tenebris emersisss quia scilicet NUL- LUM SUI I1ABEA T A UC TORE AI ; il est le principe et la substance du mal,omnis mali ipse sit principium atque substantia (3). Le diable est donc un principe indépendant de Dieu, il est le principe et la substance du mal, il est l’incarnation du chaos et des ténèbres qui régnaient partout, suivant Priscillien, avant que Dieu — entendez le Dieu bon — erit fait la lumière (4). Si ce n’est pas là une théorie dualiste, il faut désespérer d’en trouver jamais une. D’autant que la morale du Priscillianisme, aussi bien que la morale du Manichéisme, est dominée par l’horreur de la matière, principe du mal ; elle est hostile au mariage et condamne l’usage des viandes (5).

(2) P. L. 54, 689, § 16. Quod autem de Manicheorum fœdissimo scelere, hoc etiam de Priscillianistarum incestissima consueludine olim compertum multumque vulgatum est. Qui enim per omnia sunt impietate sensuum pares, non possunt in sacris suis esse dissimiles.

(3) P. L. 54, 683, § 6. Léon répond: fides vera... omnium crealurarum sive spiritualium sive corporalium bonam confit(e)tur substantiam et mali nullam esse substantiam, quia Deus qui universitatis est conditor niliil non bonum fecit. Lnde et diabolus bonus esset si in eo quod factus est permaneret,

(4) Tractatus Y. Cum enim uerbum diuinae uirtutis apparuit dicens fiat lux , uniuersa quae erant intenebrata patuerunt et nocle vesperis ab splendore lucis diuisa... [ed. Schepps. 65]. Priscillien paraît copier la Genèse. Comment l’expliquait-il ?

(5) Philastrius écrit [ heres . 33 (61) et 56 (84). — Marx, p. 32,45]: « Alii sunt in Galliis et Hispaniis et Aquitania veluti abstinentes, qui et Gnosti-

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