OROSE
Priscillianistes et Manichéens vident de leur sens les formules chrétiennes qu’ils gardent ; ils professent, et ils abolissent, le dogme de la Trinité, partant le dogme de l’Incarnation et le dogme de la déification. Les Priscillianistes n’admettent en Dieu qu’une seule personne, la personne du Christ : Trinitalem autem solo uerbo loqueba{ii)lur , nam unionem absc/ue alla existentia aut proprietate adserens sablato « et » pat rem filium spiritum sanctum banc esse unum Christum doceba(n)t (1). Le Dieu-Christ des Priscillianistes a la toute bonté, mais n’a pas la toute-puissance : nouvelle preuve du dualisme latent de la doctrine.
In quo etiam libro (memoria apostolorum) de principe humidorum et de principi ignis plurima dicta surit, uolens intellegi arte non potentia dei omnia bona agi in hoc mundo. Dicit enim esse uirginem quandam lucem quam deus uolens dare pluuiam hominibus principi humidorum ostendat, qui, dum eam adprehendere cupit, commotus consudet et pluuianl faciat et destitutus ab eo mugitu suo tonitrua concitet (2).
Les Priscillianistes peuvent confesser la Trinité : leur Trinité n’a qu’une seule personne ; elle est aussi faible que bonne : ce n’est pas la Trinité chrétienne. — Les Manichéens conservent l’idée de Trinité, et, comme les Priscillianistes, ils la dénatu-
corum et Manicheorum particulam perniciosissimam aeque secuntur eademque non dubitant praedicare, séparantes persuasionibus coniugia hominum, et escarum abstinentiam promittentes... IIoc autem. ideo faciunt, ut escas paulatim spernentes dicant eas non esse bonas, et ita non a deo hominibus escae causa fuisse concessas, sed a diabolo factas ut adserant, ita sentiunt inque hoc iam creaturam non a deo creatam, sed a diabolo eam factam ut praedicent enituntur perque hoc mendacio multorum animas captivarunt ». Ce texte a été écrit vers 383 ; ce qui nous explique que, nulle part, ne se lise le terme Priscillianistae. Il est certain, pourtant, que c’est d’eux qu’il s’agit : on ne connaît à cette date, dans ces pays, aucun autre mouvement religieux qui rappelle le Manichéisme. — Philastre semble avoir eu des renseignements qui, souvent peut-être, concernent les Manichéens. A partir du chapitre 80, il passe en revue un certain nombre de théories, qui ont leur point de départ dans l’Ancien Testament et qui sont hérétiques : ne les emprunte-t-il pas à des sectes plus ou moins franchement manichéennes ? ,Voir le curieux chapitre 92 ou 120 [Marx, 84] : certains prétendent au nom de David proscrire le mariage ; g 101 ou 129, p. 94, certains nient que David ait rien prophétisé touchant le Christ. Voir infra, p. 125.
(1) Orosii Commonitorium, 2e éd. Schepps, p. 154-155. — Cf. lettre de Léon à Thoribius § 1 [cf. supra, p. 14], Pastor, 2-4, et le verset des trois témoins [cf. infra , p.145].
(2) Orosii Commonitorium , 2e éd. Schepps, p. 154.
LE NÉO-MANICHÉISME. SA NATURE
rent : Mani est, pour eux, une apparition de l’Esprit- Saint (1) qui est diffus dans l’air ambiant ; le Verbe ne s’est pas réellement incarné, mais c'est dans le Soleil qu’il faut adorer sa véritable substance (2) ; le Père réside dans l’inaccessible lumière... La Trinité des Manichéens, comme celle des Priscillianistes, n’a de chrétien que le nom.
Enfin, Priscillianistes et Manichéens prétendent également compléter les écrits canoniques par des écrits apocryphes. On parlera bientôt, avec quelque détail, des apocryphes manichéens. Voici différents textes qui montrent très clairement l’usage que fait Prisciilien de cette littérature suspecte.
Si enim omne quod dicitur in libris canonis quaeritur et plus legisse peccare est, nullum ab his qui in canone constituti sunt prophetam legimus occisum (il parle de Luc, 2, 50-51 et de III Reg. 19, 10), ac si extra aucloritatem canonis nihil uel adsumendum est uel tenendum, non possumus tantum fabulis credere et non historiam scripti factorum probatione retinere... (p. 4"). Paulus dixisse deum ait : beatius est dare magis quam accipere et hoc locutum deum in canone non legimus... (p. 49). Non dubito autem quemquam ex his qui calumnias potius quam fidem diligunt esse dicturum : ultra nihil quaeras ! sufficit te legere quod in canone scribtum est... (p. 53). Quomodo nos diuinas sanctorum respuimus profetationes, et dum oboedimus voluntatibus nostris,his qui deum profetauerint inuidemus relinquentes apostolica praecepta dicentia : spiritus nolite extinguere, profetias nolite repudiare (p. 54). . Numquid damnabilis apud uos apostolus fuit, qui epistulam quae in canone non erat discipulos suos legere permisit (p. 55 ; à propos de Laod.). Si enim omnia quae legunt (haeretici) damnare uolumus, certe quae etiam in canone sunt relata damnamus (p. 56). [Tract. III, De fide et de apocryphis.)
(1) De haeresibas , 46, P. L. 42, 39. — « Sum quidem ego paracletus qui ab Jesu mitti praedictus sum » [Hegemonios, 15. — Beeson, p. 24]. « (Manichaei docent) sub nomine Spiritus Sancti ipsum talium impietatum magistrum adorare Manichaeum » [S. Léon, P. L., 54, 248, G. Serm. 34].
(2) Hegemonios § 59 et 60: « Quando enim uoluit, hune hominem rur-
sus transformauit (fîlius dei) in speciem solis ac vultum... Archelaus : dicis quia deus transformauerit se in hominem vel in solem... » [Beeson, p. 86, 1. 13-14 et p. 87, 1. 24]. Comparer avec la formule d’abjuration : P. G. 1. 465, A. ^AvaOaia.axiÇw voù; xov Xpiaxov Xeyovxaç sivat xov rjXTov xai eù/opEvoüç xw Voir Cumont: Monuments des mystères de Mithra, I,
355 et le texte de s. Léon et celui d’Agobard, cités p. 6, 83.— Noter encore que, pour les Priscillianistes comme pour les Manichéens, lame est née du Dieu bon, c’est une parcelle de sa substance [Orosii Comm., 2. — Schepps, p. 153] ; selon les deux doctrines elle est asservie à un fatalisme astrologique.
PARTICULARITÉS PRISCILLIANISTES
On doit conclure que le Priscillianisme ne se distingue du Néo-Manichéisme que par moins de franchise et moins de logique (1) : tous deux dissimulent dans des livres apocryphes, sous des formules chrétiennes, une doctrine dualiste.
Voici, autant que je puis comprendre, quelle en est l'économie.
(1) Les deux principaux traits caractéristiques de la secte priscillianiste semblent être : 1° au point de vue doctrinal, l’unicité personnelle du Dieu bon. Outre les textes cités, voir la Fides Bachiarii, Hahn3, p. 287 et la Fides Damasi, Hahn, 272. 2° Au point de vue rituel, l’immersion baptismale simple. — Voir Léon à Thoribius, p. 15 ; — libellas de Pastor § 2, 3, 4, p. 24-25 ; — Benoît I, p. 61 ; — Braga, § 1, p. 62 ; — Grégoire de Tours, p. 73; —Paulin d’Aquilée, p. 81.
L’évêque Dictinius, qui embrassa, puis renia le Priscillianisme, vers 400, en avait fait un exposé apologétique très fameux, intitulé Libra (la Balance) et divisé en 12 livres. L'influence de cet ouvrage, perdu, paraît avoir été durable (voir concile de Braga, p. 64). Les plus grands ennemis du Priscillianisme naissant furent Ithacius (sur lequel infra), peut-être le fameux poète Prudence ( Hamarligania , origine du mal; Apothéose , dirigée contre le sabellianisme: Künstle : A'. 170), Bachiarius (Gen. 24 ; Hahn. 286; Kunstle, A, 164 ; P. L. 20, 1025).
Quelle est l’origine des traits qui différencient le Priscillianisme du Néo-Manichéisme? Quelle est l’origine du Priscillianisme?
En premier lieu, il faut noter la personnalité de Priscillien : je renvoie à ce propos aux textes de Schepps et au travail d’Hilgenfeld.
J’attire l’attention sur un fait général, trop négligé peut-être : le luciférianisme espagnol n’a-t-il pas directement frayé les voies au priscillianisme ? Les Lucifériens n’ont-ils pas été conduits par leur polémique anti-arienne à exagérer la notion d’unité divine? Et n’est-ce pas d’une exagération du monothéisme traditionnel que le Priscillianisme dérive? La diffusion du Luciférianisme en Espagne est bien connue : je rappelle le De fide de Grégoire d’Elvire qu'on accusait déjà de sabellianisme (P. L. 62, 467, B : mirari me fateor hoc ita sentiri potuisse quasi nos personam propriam Verbi quod est Filius negaremus), le Libellas Precum de Faustin et Marcellus, les polémiques de toutes sortes auxquelles furent mêlés Osius de Cordoue et Potamius de Lisbonne. — Sur la seconde racine du Priscillianisme primitif (l’ascétisme de quelques moines glissant dans le dualisme plus ou moins consciemment), voir supra , p. 94, n. 3.
Comment se sont exercées sur Priscillien et sur le Priscillianisme les influences dualistes ?
S’il faut en croire Isidore de Séville et Ithace, Priscillien aurait eu un maître manichéen : « Ithacius Hispaniarum episcopus scripsit quemdam librum sub apologetici specie, in quo detestanda Priscill iani dogmata et maleficiorum eius actes libidinesque eius probra demonstrat : ostendens, Marcum quemdam Memphiticum, magicae artis scientissimum, discipulum fuisse Manis et Priscilliani magistrum. [De script, eccles. 15]. — Ce Marcus n’est pas rangé par Hegemonios parmi les disciples de Mani [Acta Archelai , 64, Beeson, 93J. Peut-être est-ce le Marcus de Gaule du deuxième siècle, et l’indication d’Ithace n’a-t-elle aucune portée précise. Quelque Oriental, dualiste, n’a-t-il pas prêché en Espagne [Nîmes. 394. c. 1] comme Fauste en Afrique? L’Ambrosiastre, qui sans doute est un espagnol, connaît le mythe de Saclas ; Priscillien seul est dans le même cas chez ïes Latins. Voir Souter : Ps. — Aug. Quaest. CXXVII , p. 21 et XXII.
LE NÉO-MANICHÉISME. SA NATURE
Le monde céleste est divisé en deux camps ennemis : la lumière et les ténèbres. Le Dieu de la lumière, principe de vie, tout bon par sa nature, — on l’appelle peut-être le Père, — soutient un rude combat contre les princes des ténèbres, dont le chef est le Diable, naturellement et nécessairement mauvais. De la substance du Père procèdent des êtres, anges, vertus ou éons, aussi bons qu’elle ; mais les démons sont souvent parvenus à s’en emparer, à les emprisonner dans une sphère ; et le Père n’a d’autre ressource, pour les libérer, que de tromper les esprits mauvais : ses anges leur apparaissent sous forme de vierges charmantes ou de jeunes adolescents, les enflamment de désirs, et par là délivrent la substance vitale, c’est-à-dire la parcelle divine qu’ils lient dans leurs membres (1) ; le fragment de Dieu qui n’est pas délivré demeure avec le Diable pour être damné avec lui.
Notre univers, image du monde céleste (2), est le théâtre d’une lutte semblable : c’est une sphère analogue à la sphère d’en haut ; une part de l’être divin y est emprisonnée dans la matière diabolique, dans les plantes, dans les animaux, dans les hommes, par le fait des démons. Le parallélisme des deux mondes est même précisé : sur chacune des douze parties de l’âme, veille un ange bienfaisant, comme chacun des douze membres du corps est enchaîné par un astre. L’âme est un fragment de Dieu introduit par un ange appelé l’Esprit-Saint dans le sein maternel. Et l’homme libérera, quant à lui, Dieu prisonnier. Par le jeûne et la continence, il refusera d’abord d’asservir, en soi, de nouveau, le divin qui est enchaîné dans les animaux ou les végétaux ou la semence ; le suicide de l’homme empêche de se perpétuer la servitude de Dieu. Il saura y travailler d’autre manière encore : comme la manducation des chairs sépare le divin du diabolique, comme le désir du mâle laisse échapper le flux vital, parcelle de Dieu, l'homme saura, à l’imitation du Père, avancer sa libération par des rites onanistes et des communions sputatoires (3). Et, comme le Dieu prisonnier de la sphère céleste,
(1) Voir la formule augustinienne d’abjuration, § 1, 2, 6, 7, 17, p. 45 ; — sermons de S. Léon, p. 2-6 ; — lettre de Léon à Thoribius, § 6, p. 17 ; — libellus de Pastor, § 9, 10, 1, p. 25 ; — sermons de Césaire, p. 46 ; — texte de Pomerius, p. 52; — concile de Braga, canon, p. 62 ; — profession de foi de Gerbert, p. 89.
(2) Ascension d'Isaïe (éthiopien), VII, 10 : « Il y a sur terre la similitude de ce qu’il y a dans le firmament. » [Basset, p. 32.]
(3) Ge dernier fait — communions au cours desquelles les élus crachent les espèces, après les avoir mastiquées — n’est attesté, à ma connais-
l’essence de la doctrine
n’est pas délivré tout entier, ainsi en sera-t-il du Dieu asservi de ce monde : une partie des hommes sera damnée, c’est-à-dire que leurs corps seront damnés et, avec eux, leur âme demeurée prisonnière (s’ils en ont une) ; des autres hommes l’âme divine rejoindra le Père (1). Naturellement il ne saurait être question d’une résurrection des corps.
Celte métaphysique rend nécessaire une refonte de l’histoire et de la théologie bibliques et chrétiennes. L’opposition des deux Testaments reflète et continue le conflit des deux Dieux ;
sance, par aucun texte. La réalité en parait requise par l’harmonie interne du'système. Les communions entre élus sont attestées par la formule augustinienne d’abjuration [article 3], voir supra, p. 45. Oui sait si les communions sacrilèges signalées par Léon I et Gélase ne s’expliquent pas par ce fait que le Manichéen pouvait garder quelques instants le pain sacré dans la bouche et le cracher peu après, — au lieu qu’il ne pouvait aussi facilement simuler l’absorption du vin [voir p. 9 et 39] ? Voir les textes de Léon, p. 2, de Valentinien, p. 11, et d’Augustin, p. 7.
Au moment d’imprimer, je trouve, dans les canons du concile antipriscillianiste de Saragosse, ce texte qui fortifie singulièrement ma thèse : « Eucharistiae gratiam si quis probatur acceptam in ecclesia non (con) sumpsisse, anathema sit in perpetuum. Ab universis episcopis dictum est : Placet » [canon III, Mansi, III, 631]. Et cette prescription est répétée par le concile de Tolède de 100, canon 11 : « Si quis autem acceptam a sacerdote eucharistiam non sumpserit, velut sacrilegus propellatur » [Mansi, III, 1000 D.]. [Noter que les Cathares pieux refusaient obstinément l’hostie. — Jean Guiraud : YAlbigéisme au treizième siècle , préface du cartulaire de N.-D. de Prouille, 1907, Paris, p. xci.J
Il y avait, semble-t-il, sept jours de jeûne par mois [Kessler, dans Herzog-Hauck, XII3, 212.
(1) Le Soleil et la Lune jouent un rôle, ainsi peut-ctre que la magie, lors de ce voyage rédempteur des âmes : ce sont les navires qui les transportent du monde au ciel. Sans doute sont-elles munies de mots de passe, comme les morts égyptiens dans la théologie d’Osiris. — Parfois le Soleil apparaît comme le séjour du Père : plus souvent il a peut-être été identifié avec Jésus [voir p. 6, 83-84, 117]. On sait quel rôle capital jouait le Soleil dans les religions païennes.
Sur la nature et l’histoire de la création, voir formule augustinienne, § 3, 4, 5 (Adam, fds d’Atlas, est la synthèse de toutes les progénitures démoniaques, qu’a au préalable absorbées le Dieu mauvais avant d’engendrer Atlas. Comparer le mythe de Saclas, 14 ; — concile de Braga, § 5, 13, 11, 12, 4, 14, p. 62 ; — Pastor, § 17, p. 24 ; — sermons de Léon, p. 2-6; Léon à Thoribius, § 7, 8, p. 15; — sermons de Césaire, p. 46; — lettre de Vigile, p. 61 ; — Agobard, p. 83 ; — Gerbert, p. 89 ; — Grégoire de Tours, p. 73.
Il semble que toute la mythologie cosmogonique du proto-manichéisme ait été un peu oubliée. (Voir infra, p. 106, n. 2.)
Sur l’âme fragment de Dieu, voir P. L., 42, 1207 [cf. P. L. 42, 1199], [Voir encore les déclarations des Pélagiens et notamment de Célestius : concile de Diospolis dans saint Augustin : De gestis Pelagii, 18-20 ; Hefele- Leclercq, II, I, 182. Noter que les Pélagiens enseignent que l’homme peut ne pas pécher.]
LE NÉO-MANICHÉISME. SA NATURE
Iahvé est une puissance de Satan, dont ses prophètes étaient les hérauts : l'Église catholique romaine continue leur œuvre diabolique. Jésus n’a revêtu aucun corps : il a trompé les puissmces du mal, qui ont cru le crucifier, comme elles avaient cru l’enchaîner dans une chair d’homme : c’est pourquoi il convient, et de fêter le vendredi saint, anniversaire d’une défaite du Diable, et de jeûner les Noëls et dimanches pour épurer et sauver la croyance chrétienne. Car Jésus est vraiment une des puissances ou une des vertus émanées du Père ; il a déjoué les manœuvres de Jean-Baptiste, l’envoyé de Satan, et celles de cet autre infernal prophète qui lui ressemblait, à lui Jésus, et qui a été crucifié ; il a révélé aux hommes, après Adam, Seth, Abraham, l’énigme du monde; Mani, le Paraclet dont il annonçait la venue, a confirmé son œuvre (1) ; l’Église doit la continuer et la couronner par la délivrance de Dieu.
Et l’on croit mieux comprendre ainsi la valeur des polémiques qui s’élevaient alors touchant l’ascétisme et touchant le martyre. Puisque le « suicide cosmique (2) » apparaît déjà comme l'idéal humain, l’ascétisme qui y achemine devient la vertu maîtresse : et qu’en importent les formes s'il remplit son objet et empêche la vie de renaître ? — Si Jésus, d’autre part, n’a pas vraiment souffert le martyre sur la croix, quel sens attribuer à la folie de ceux qui le veulent subir? Dangereuse est leur exaltation, puisqu’elle favorise cette erreur que la chair est capable d’héroïsme et que le corps même est donc en droit d'aspirer à la vie divine; et combien sot leur culte, faut-il ajouter, si le martyr est nécessité par les astres et s'il n’est pas de moyen pour lui d’échapper au supplice (3) ?
(1) Voir p. 100. Distinguaient-ils l’Esprit Principal du Paraclet, comme les Cathares ? La formule augustinienne montre qu’Adimante est parfois regardé comme le Paraclet.
(2) Aucun texte, à ma connaissance, n’invite à penser qu’ils aient organisé un suicide rituel ( endura cathare). Ont-ils recommandé la castration ? Voir lettre de Gélase, § 17, Thiel, p. 372.
(3) Voir G. M. R., I, 334-337. Ajouter que, pour les Gnostiques déjà, le martyre est une sottise [Clément Al. : Strom, IV, 4 ; S. Irénée : Adu. Ilaer ., I, 24, 6 ; III, 18, 5] : la polémique manichéenne doit continuer la polémique gnostique. — Quant à l’origine littéraire des polémiques, ajouter aux écrits de Tertullien, qu'on a dits, les textes analogues : la mère d’Origène doit cacher ses vêtements pour l’empêcher d’aller se dénoncer; Denys d’ Alexandrie proteste contre ses libérateurs ; en revanche Marc d’Aréthuse et le moine Ililarion fuient ou tâchent de fuir. — Voir infra André, p. 321 \Contra Faustum , XX, 21. P. L., 42, 381, et De Trinitate , 13, P. L., 17, 525, C. D. — Quant aux légendes qui prêchent la virginité, peutêtre trouvera-t-on dans les manuscrits quelques versions curieuses.